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Quand on a 17 ans

mercredi 6 avril 2016, par SIGNIS France

(d’André Téchiné. France 2015, 1h54. Scénario d’André Téchiné et de Céline Sciamma. Sélection officielle Berlinale 2016.)

Lyon, 6 avril 2016 (Bernard Bourgey) – Le film est l’histoire de deux adolescents que l’on suit sur les trois trimestres de l’année scolaire qui mène au baccalauréat, qui vont prendre conscience que le harcèlement permanent entre eux, la provocation et les coups, ne sont que la face contrariée du désir qu’ils ressentent l’un pour l’autre.

Quel jeune homme est donc resté André Téchiné - 73 printemps cette année - pour saisir avec autant d’acuité les émois de l’adolescence ?

Tout sépare Damien (Kacey Mottet Klein) et Thomas dit Tom (Corentin Fila) : la rudesse de la vie en montagne pour Tom, une maison confortable dans la vallée pour Damien, la difficulté pour Tom d’ingurgiter le savoir, l’aptitude aux études pour Damien. Pour que ces deux cabochards dépassent le mutisme ou la violence, chacun étant le souffre-douleur de l’autre, il faudra un catalyseur : ce sera la mère de Damien (Sandrine Kiberlain) qui proposera à son fils d’accueillir Tom le temps de l’hospitalisation de sa mère adoptive. Si elle n’est pas elle-même insensible aux charmes de Tom, elle est aveugle à ce qui se joue entre les deux garçons. Mais cette femme sérieuse dans son travail de médecin rural et en même temps pleine d’une fantaisie qui fluidifie les relations à la maison, se révèlera, quand elle aura compris, une mère bienveillante qui encouragera in fine son fils à "lâcher prise" pour s’aimer lui-même, condition pour aimer les autres. Son séjour chez Damien et sa mère donnera de surcroît à Tom le temps et le confort qu’il n’avait pas dans sa ferme pour travailler son bac et lui révèlera qu’il peut être aussi bon que ses camarades de classe. Pour Damien, cette cohabitation forcée l’encouragera à apprivoiser Tom et à lui exprimer son désir, d’une façon au départ maladroite qui grandira en maturité.

La maturité justement, ils auront à en faire preuve tous les deux, Damien quand son père militaire mourra en mission et qu’il aura à aider sa mère à dépasser la douleur et à vivre son deuil, Tom quand il acceptera à la maternité de prendre dans ses bras, la fille que sa mère adoptive vient de mettre au monde : le fils adopté sera désormais un frère. La mort et la vie les font entrer de plain-pied dans des responsabilités d’adultes qu’ils sont en devenir.

On sent chez Téchiné le plaisir de filmer la nature, avec l’excellent travail du chef opérateur Julien Hirsch. La caméra court de forêts en lacs glacés, des montagnes enneigées des Pyrénées aux fleurs sauvages du printemps, du museau des vaches au bonheur des chiens qui retrouvent leur maître. Il nous attache aux deux ados en s’attardant sur les regards échangés entre Damien et Tom, nous faisant mesurer le long chemin parcouru par nos deux héros qui longtemps se scrutent, s’épient avant de s’ouvrir à la passion amoureuse qui bouillonne en eux.

On peut seulement regretter que le cinéaste, en choisissant d’en avoir fait un militaire au combat quasi absent pour justifier que son fils se cherche des pères de substitution, n’ait pas donné au personnage du père de Damien (Alexis Loret) la même épaisseur humaine et affective qu’aux autres protagonistes de l’histoire et ses obsèques officielles trop soulignées "cassent" un peu le rythme du film.

Mais en ces temps de pessimisme et de morosité, Téchiné nous offre un film sensible et délicat, qui ne tombe jamais dans l’impudeur ou le voyeurisme, un film qui croit en la vie et dont l’optimisme est bien réjouissant !

Bernard Bourgey

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