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Rester vertical

mercredi 24 août 2016, par SIGNIS France

(d’Alain Guiraudie. France, 2016, 1h40. Festival de Cannes 2016, sélection officielle)

Lyon, 24 août 2016 (Magali Van Reeth) – Parce qu’il aborde sans faux-semblant ni hypocrisie des sujets de société sensibles et que les scènes sexuelles sont très explicites, Rester vertical - comme les précédents films d’Alain Guiraudie - n’est pas un film grand public. Les cinéphiles apprécieront la liberté de ton, l’utilisation des espaces naturels, le choix d’acteurs inhabituels et le mélange très personnel de fiction et de naturalisme.

Alain Guiraudie prend la vie à bras le corps. Loin des beaux appartements des grandes villes françaises où évoluent des acteurs renommés, il choisit la Lozère, l’un des départements les moins peuplés du territoire. Les comédiens, Damien Bonnard, India Hair, Raphaël Thiéry et Christian Bouillette, sont des acteurs qu’on voit très peu au cinéma et qui sont tous excellents. Les personnages du film sont, comme les gens ordinaires, limités dans leur liberté d’action par des problèmes financiers. Ils sont dans la vraie vie. Jean-Louis est un paysan qui trime entre ses petits champs de céréales et ses moutons, qu’il doit protéger contre les loups. Marie est une mère célibataire revenue vivre chez son père avec ses deux enfants. Léo essaie d’écrire un scénario mais il manque de constance et de talent. Et Marcel est un vieil homosexuel acariâtre dont le seul plaisir facilement accessible est d’écouter de la musique rock à fond...

Le réalisateur donne une vision très crue du monde. Oui, les paysages des causses sont splendides, dans la lumière grise ou mordorée. Mais les loups rôdent et si ça fait rêver les citadins, ça révulse les propriétaires de moutons. Le calme des grands espaces, c’est envoûtant, la vie à la campagne toute simple mais la misère financière, intellectuelle et sexuelle qui va avec, ça déprime. En ville, il faut galérer pour trois sous et les SDF peuvent être très violents avec plus faibles qu’eux. Enfin, les bébés, c’est très mignon mais quand ça pleure trop, ça devient insupportable. Et oui, les corps sont fatigués, cabossés, usés mais le désir est encore vif, chez les homosexuels comme chez les autres.

Le récit qui lie tous ces personnages est sans fioriture. Chacun cherche à se débarrasser de la solitude, les plus jeunes rêvent d’ailleurs, les plus vieux sont las de n’avoir rien trouvé. Ce qui est unique, c’est la façon dont le réalisateur arrive à introduire des moments de pure fiction dans un récit très naturaliste. Parfois, au fond des bois, une fée sylvestre vient consoler et apaiser Léo, une autre fois, il est sauvé par une apparition improbable à l’autre bout de la France. Et puis, il y a un accouchement en direct, un paysan quinquagénaire et bedonnant qui devient objet de désir érotique (ça change des jeunes femmes blondes filiformes) et un personnage mystérieux aux yeux de loup qui n’a aucune envie de faire du cinéma. Et une ahurissante scène de suicide assisté, dont le réalisateur sait lui-même se moquer par journaux interposés... C’est un univers à la fois étrange et familier où nous convie Alain Guiraudie. C’est une vie toute crue, parfois provocante, c’est du cinéma.

C’est dans la très belle dernière scène où Léo, portant un agneau dans les bras rencontre enfin la meute de loups, que le titre du film devient explicite. Il lui faut alors "rester vertical" face au danger. Belle métaphore pour qui, comme les personnages, cherche du sens dans le tumulte de sa vie : rester vertical.

Magali Van Reeth

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