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Rock’n Roll

vendredi 17 février 2017, par SIGNIS France

(de Guillaume Canet. France, 2016, 1h42)

17 février 2017 (Magali Van Reeth) – Avec beaucoup de lucidité et une auto-dérision époustouflante, cette comédie retrace le parcours d’un acteur célèbre qui se rend un jour compte qu’il ne peut plus jouer les "jeunes premiers".

C’est à travers le regard des autres et quelques réflexions anodines que le personnage principal, Guillaume, un acteur à succès jouant son propre rôle, réalise qu’il est un vieux pour les plus jeunes que lui et que sa situation de père de famille le range du côté des "rangés" justement. Il n’est plus "rock’n roll", l’expression même montrant la rupture avec la génération montante. Cette douloureuse prise de conscience va le plonger dans une crise existentielle où il va littéralement vouloir changer de peau et redevenir le jeune homme désirable qu’il était quelques années en arrière.

Guillaume Canet interpréte le rôle principal de cet acteur incapable d’assumer sa maturité. Il le fait aux côtés et avec celle qui est sa compagne dans la vie, l’actrice Marion Cotillard. On est stupéfait de voir jusqu’où ces deux acteurs célèbres poussent l’auto-dérision et malmènent leur image publique. Ils se jouent de la presse populaire avide de ruptures, de détails intimes et de liaisons secrètes. Avec un humour corrosif sur eux-mêmes mais jamais vulgaire, ils ouvrent grande la porte de leur couple... de fiction. Dans un appartement où une collection d’horloges murales et de coucous rythment la fuite incontournable du temps, madame ne parle plus qu’en québecois pour préparer son prochain film et monsieur scrute ses premières rides dans la salle de bain. Chacun à la poursuite de sa quête personnelle, les amoureux ne roucoulent plus.

Il est savoureux que ce soit un couple si célèbre qui s’amuse de cette distorsion de l’image publique, reprenant les clichés jusqu’à l’absurde et ramenant la préparation du dîner familial, au milieu d’un monde de paillettes ! On aura Guillaume en caleçon, Marion en midinette se rêvant Céline Dion, les statuettes des César en pieds de secours pour la table du salon, les producteurs en rage contre l’absence de projet. Quant au désir de rester jeune à tout prix, pas besoin d’être célèbre pour le ressentir. Dans le film, le chirurgien a des allures de sorcier des temps modernes. On ne vend plus son âme au diable - sans doute car il n’y a plus personne pour croire ni à Dieu ni au diable - mais on va chez les magiciens des temps modernes : les coachs, les esthéticiens, les relookeurs, les chirurgiens, les gourous en produits suisses et les nutriologues qui vous redonnent l’apparence d’une jeunesse, moyennant grandes finances.

Lorsque la roue de la célébrité aura beaucoup tourné et que les noms de Guillaume Canet et de Marion Cotillard auront été oublié par la plupart des magazines à scandales, ce film, joyeux, lucide et moins farfelu qu’il n’y parait, restera comme une jolie comédie de remariage, qu’il est aussi.

Magali Van Reeth

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