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Sicario

mercredi 21 octobre 2015, par SIGNIS France

(de Denis Villeneuve, Etats-Unis, 2014, 2h20)

Lyon, 7 octobre 2015 (Antoine Paoli) – Comment introduire de la justice de manière illégale ? Un film policier qui nous plonge dans un univers où la violence est tentaculaire.

La ville Juarez est la zone improbable d’un territoire à la frontière mexicaine, qui fait l’objet d’une guerre où la loi n’a plus sa place. Ce lieu qualifié de "La Bête" est une vraie béance. Une équipe missionnée par le gouvernement américain a pour stratégie de dérégler la belle mécanique de cette bête, de la pousser à la faute, afin de pouvoir constituer un dossier défendable par la justice. Les méthodes de cette équipe ne sont pas légales mais malgré cela, ou plutôt sans trop s’en douter, l’agent Kate Macen (Emily Blunt) l’intègre.

La mise en scène est très évocatrice d’un monde imaginaire quasi virtuel sauf que le réalisme de certaines scènes ne laisse aucun doute, nous sommes dans un lieu où le Mal est chez lui. Certaines scènes en surplomb du paysage, qu’il soit naturel ou urbain, et en particulier celle de la traversée de cette ville par une longue colonne de véhicules, et la traversée de l’autoroute sont exceptionnelles. La cruauté des pratiques du parrain de la drogue font l’ouverture du film, elles sont le fil rouge implicite du film. La violence règne de part et d’autre, c’est-à-dire aussi du côté des forces américaines.

Josh Brolin jouant le chef de cette équipe très spéciale est remarquable dans son jeu de mec un peu lourd alors que sa stratégie est très fine, il trompe son monde. Quant à Benitio del Toro, il porte le masque de la noirceur de la vie jusqu’à la fin. Finalement le seul point faible de ce film est l’actrice Emily Blunt, elle est le vrai faux rôle principal du film, elle est trop belle, trop lisse, aucune marque de la dureté de la vie dans son être comme dans son apparence, et surtout aucun signe de virilité pour une femme qui doit faire face aux pires trafiquants de drogue et doit être témoin des pires horreurs.

La musique sombre de Johan Johansson accompagne ce film, l’atmosphère sonore n’est pas sans évoquer celle de True Detective. Les "gueules" de ce film, curieusement ne font pas trop caricaturales, car elles sont à la dimension de l’enjeu : tout est trop et pourtant nous ne sommes pas dans l’excès. C’est ce que nous dit Matt, le chef d’équipe, ce qui se passe là c’est ce qui s’étend, c’est l’avenir qui nous attend. Avec ce film Denis Villeneuve entre dans la cour de ces réalisateurs qui veulent pénétrer l’abri de la bête, l’ombilic de notre monde...

Antoine Paoli

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