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Spotlight

mercredi 27 janvier 2016, par SIGNIS France

(Tom McCarthy, Etats-Unis, 2015, 2h08)

Lyon, 27 janvier 2016 (Fanny Magdelaine) - Presque 40 ans après Les Hommes du président (d’Alan J. Pakula) qui retraçait le travail d’investigation des journalistes du Washington Post sur le scandale du Watergate, le film Spotlight met en scène une autre enquête journalistique : celle de la petite cellule d’investigation du Boston Globe, Spotlight, qui a révélé en 2002 le plus grand scandale pédophile au sein de l’Eglise catholique.

Si Spotlight parle du plus grand scandale pédophile au sein du clergé américain, ne nous trompons pas de sujet : c’est bien l’investigation qui est le thème principal du film. Durant plus de 2 heures, on suit le travail besogneux de cette petite équipe menée par Michael Keaton alias Walter "Robby" Robinson ; deux heures qui défilent vite tant le film est rythmé, et pourtant on ne verra aucun coup de feu, aucune scène de sexe et aucune poursuite en voiture dans ce film résolument américain !

Dans une interview donnée à Télérama, le journaliste Walter Robinson, incarné à l’écran par Michael Keaton, s’étonnait d’ailleurs que la manière de travailler des journalistes d’investigation ait pu intéresser Tom McCarthy : "Faire un film avec des gens qui passent des heures derrière leur bureau à lire des documents ou à passer des coups de fil n’est pas très cinématographique." Et bien si ! Spotlight captive, tout en restant sérieux et réaliste et semble parfaitement refléter la manière dont la petite équipe a travaillé et reconstitue bien l’ambiance de ce début de siècle. Le film rend ses lettres de noblesse au journalisme d’investigation. Il montre les méthodes, le travail de fourmi, le temps passé à chercher, couper, vérifier l’information sans oublier les effets pervers du métier : ainsi la rédaction de Spotlight se voit-elle dans l’obligation de repousser la sortie de l’affaire avec les attentats du 11 septembre au grand dam des victimes qui pensent qu’on va à nouveau les oublier…

Pour autant, l’objet du scandale, les 87 prêtres en mission à Boston coupables d’actes pédophiles sur des centaines de jeunes victimes, est évidemment prégnant, il pèse sur l’ambiance du film. "53% de nos lecteurs sont catholiques" souligne un cadre du Boston Globe dans le film pour prévenir de l’impact des révélations. Ces révélations, au terme d’une enquête qui prendra plusieurs mois, auront un grand écho aux Etats-Unis mais aussi dans le monde entier. "Suite aux actions menées en justice, l’Eglise a été contrainte de se réformer, souligne Walter Robinson. Il y a plus de vigilance et une meilleure analyse des profils à risque. Mais tout est loin d’être résolu."

Cet énorme scandale de pédophilie au sein du clergé américain, couvert par la hiérarchie, est bien réel. Accablant l’institution Eglise, il touche et questionne évidemment le spectateur, qu’il soit croyant ou non, le renvoyant à sa propre relation à la religion, la foi, l’enfance. A l’image du journaliste Michael Rezendes (Marck Ruffalo) qui, au terme de l’enquête, entre dans une église où une chorale d’enfants répète des chants de Noël.

Pour réaliser son film, Tom McCarthy a pris son temps : deux ans ont été nécessaires pour échafauder un scénario complet. Le réalisateur s’est totalement investi pour son 5ème long-métrage - sans doute a-t-il pu s’inspirer du rôle qu’il a tenu dans la dernière saison de la série The Wire (Sur écoute), celui d’un journaliste corrompu (!) - de même que les acteurs qu’il a réunis autour de lui, notamment Michael Keaton, Rachel McAdams et Mark Ruffalo. Des comédiens à la hauteur de ce très bon film qui part favori dans la course aux Oscars (28 février), sélectionné 4 fois pour le meilleur film, le meilleur réalisateur, la meilleure actrice dans un second rôle (Rachel Mac Adams) et le meilleur acteur dans un second rôle (Mark Ruffalo).

Fanny Magdelaine

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