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Tempête

vendredi 26 février 2016, par SIGNIS France

(de Samuel Collardey. France, 2015, 1h29. Venise 2015, sélection Orrizonti, prix d’interprétation masculine)

Lyon, 24 février 2016 (Magali Van Reeth) – En Vendée, un marin pêcheur, père de deux adolescents, est écartelé entre sa passion pour l’océan et la vie de sa famille. Quand la fiction incarne le réel...

Tourné avec des personnages qui jouent leur propre rôle, Tempête n’est en rien un documentaire. Pour le réalisateur Samuel Collardey, la fiction est fondamentale dans le cinéma et il ne s’agit pas de retranscrire la vraie vie, telle qu’elle se déroule au quotidien mais, en mettant du romanesque et de la fiction dans le réel, cerner au plus près la réalité et la rendre accessible à tous. C’est donc un film où le récit est mené grâce à la mise en scène, à la photo, à l’écriture et au jeu véritable des acteurs.

Ancré dans le milieu particulier des marins pêcheurs, le film s’ouvre sur l’espace immense de l’océan Atlantique, dans la lumière particulière de la Vendée, si lumineuse et si transparente au fil des saisons. La fragilité des petits bateaux de pêche lancés dans les tempêtes est le rappel d’une aventure pleine de danger. Ces hommes-là sont héroïques et, bien avant Victor Hugo, ont fait rêver les enfants et trembler les femmes. Comme Dominique fait rêver et trembler ses enfants, Maylis 16 ans et Matteo15 ans. Ses retours sont une joie, son absence une rage sourde. Lorsque survient un accident dramatique, leur fragile équilibre vole en éclat et le trio doit faire, dans les larmes, le deuil de l’insouciance et de l’enfance.

Le travail de Dominique l’amène à être souvent absent mais lorsqu’il est là, il est complètement avec ses enfants, quitte à être parfois trop "copain" et pas assez "parent", comme dans la scène où il fait la fête avec les copains de Matteo. Tout bascule avec Maylis, sa grossesse et ce fœtus non-viable qui demande une opération terriblement bouleversante pour la jeune fille. L’absence de Dominique devient vraiment insupportable et ses efforts pour reprendre une vie plus normale ne font qu’aggraver les ruptures familiales. Dominique ne retrouve son éclat dans les yeux de ses enfants qu’en repartant en mer. Alors, le chagrin peut s’exprimer et, à nouveau ensemble, ils trouvent une savoureuse façon de célébrer leur réconciliation et le "baptême" de l’enfant mort.

Au-delà de la mise en scène d’une situation dramatique, Samuel Collardey filme avec délicatesse un milieu populaire. Presque chacun joue son propre rôle, de la mère de Dominique aux commerçants du bourg, tous heureux de montrer leur savoir-faire, leur joie de vivre comme leurs hésitations, leurs maladresses et les fins de mois difficiles. Il y a beaucoup d’émotion à voir ainsi exister cette communauté à l’écran, ces gens qu’on ne connaît pas et qu’on regarde sans les voir lorsqu’on les croise. Le réalisateur trouve toujours le ton juste et la pudeur nécessaire pour ne pas tomber dans l’exhibitionnisme. Tempête reste dans la fiction en mettant de l’art dans la vie de Dominique et de ses enfants.

Magali Van Reeth

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