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The Magdalene Sisters

mercredi 5 février 2003, par SIGNIS France

(de Peter Mullan. Royaume-Uni/Irlande, 2002, 2h00 Lion d’Or à la Mostra de Venise 2002)

Lyon, 5 février 2003 (Magali Van Reeth) - Cette immense bâtisse entourée d’une paisible campagne irlandaise est-elle un couvent, une maison de redressement, une entreprise de nettoyage industriel ou un internat pour jeunes filles ?

Les croix et les uniformes des religieuses indiquent le couvent mais les méthodes qu’elles utilisent, dépourvues de toute compassion, ressemblent plus à un bagne où les femmes sont condamnées à la damnation éternelle ! Nous sommes au début du 20° siècle dans une Irlande très catholique qui refuse le moindre pardon et la plus infime place sociale pour les filles mères et même pour celles qui pourraient le devenir un jour. Alors parents et prêtres s’arrangent pour les mettre à l’écart, dans ces étranges institutions tenus par l’ordre des Magdalene Sisters. Si cette congrégation a choisi le nom Madeleine, considérée comme "la plus grande traînée" de tous les temps, les religieuses qui gèrent ces institutions ont oublié en route le pardon dont Jésus a fait preuve envers elle.

Alors, à travers le destin dramatique de 4 jeunes filles, le réalisateur britannique Peter Mullan, dénonce une autre des failles de cette société européenne. Comme d’autres cinéastes britanniques ont dénoncé les méfaits de la politique ultra libérale de Margaret Tatcher, il montre ce qu’un pouvoir en place (l’Eglise catholique d’Irlande) a voulu trop vite oublier, sans doute pour ne pas avoir à rendre des comptes. Les premières images du générique des Magdalene Sisters montre les noms de quelques unes des 30 000 victimes de cet ordre particulier, dont le dernier établissement a fermé en 1996.

Peter Mullan filme avec efficacité et sobriété la vie quotidienne et insupportable de ces jeunes femmes : travail épuisant, repas frugaux, humiliations, interdictions et aucun espoir de sortie, ni d’évasion, sans argent et vêtues de méchantes robes toutes identiques. Il les capte dans leurs rares moments de joie et nous transmet toute leur détresse. Rejetées par leur famille, la plupart ne sortiront jamais. Peter Mullan, pour renforcer le poids dramatique de son histoire, filme The Magdalene Sisters sans fioriture, avec une caméra redoutablement efficace et sans jamais recourir à la facilité de l’émotion. Il nous offre ainsi un film fort et marquant qui a obtenu le Lion d’or à Venise en 2002.

Magali Van Reeth

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