ACCUEIL >Nos actions >Cinéma >Critiques

The Revenant

jeudi 3 mars 2016, par SIGNIS France

(d’Alejandro Gonzáles Iňárritu. Etats-Unis, 2015, 2h36. Film interdit aux moins de 12 ans)

Lyon, 3 mars 2016 (Antoine Paoli) – Dans des paysages splendides, une histoire de survie et de vengeance puissamment mise en scène et portée par deux acteurs dans une performance exceptionnelle.

Alors qu’il fuit une terrible attaque des Indiens avec quelques survivants, le trappeur Hugues Glass est attaqué par un grizzli qui le blesse grièvement. Ses équipiers le laissent pour mort. Mais Glass est un homme qui ne veut pas mourir, animé par un terrible désir de vengeance. Il retourne à la société des hommes conduit par ce sens de la vie, après avoir traversé de terribles épreuves. Dans le même temps un chef indien part à la recherche de sa fille qui a été enlevé par des trappeurs.

Cette histoire merveilleusement filmée par Iňárritu, se déroule dans le grand nord américain, celui de notre imaginaire, des films de trappeurs. Ces paysages sont tout simplement grandioses, magnifiques, ce qui n’empêche pas des plans sur d’infimes gouttelettes d’une neige qui fond. Mais ce cadre aussi magnifique soit-il est aussi radicalement hostile. Ce film raconte l’inimité grandissante entre deux hommes joués par Leonardo DiCaprio et Tom Hardy, deux acteurs remarquables dont les faces à faces sont intelligemment mis en valeur par Iňárritu ; cette hostilité entre eux monte progressivement tout au long du film et l’on ne sait jamais vraiment quelle en sera le terme final.

Le parcours du héros Glass est extraordinaire au point que l’on peut se demander si cela est vraiment possible. Comment résister à un tel déferlement d’épreuves ? Le jeu d’acteur très physique de DiCaprio est peut-être un élément de réponse à cette question, il rend cela probable.

Il y a ce chef indien qui cherche sa fille, extraordinaire personnage, cet homme âgé qui attaque les trappeurs au début du film, moment intense qui nous fait entrer radicalement dans le mystère de l’hostilité, ce chef nous fait l’effet d’un fantôme vivant hanté par une idée fixe, une sorte de revenant lui aussi, revenant d’un autre monde qui apparaît et disparaît comme par miracle.

Il y aurait beaucoup à écrire sur ce film tant il est riche, en particulier sur le morceau de bravoure, l’attaque d’un grizzli, attaque hallucinante de vérité. Mais nous voudrions conclure sur un point très original, une approche disons christique. Glass connaît de nombreuses hallucinations dues à son état physique, en particulier une scène où il voit les restes d’une église dans un lieu improbable qui devient un vestige coloré où sa femme morte lui parle. Il y a d’autres scènes comme celle-ci, et puis il y a ce dialogue improbable. Fitzgerald parle de Dieu à son ennemi Glass, il lui dit que dans ce monde où il faut survivre, Dieu est bon. La preuve, il lui est apparu incarné dans un écureuil, qu’il a mangé.

Le Dieu écureuil de Fitzgerald est celui de l’homme inique, qui n’en peut plus de mentir, c’est un Dieu à son image, trompeur. Il le nourrit pour le relancer toujours aussi avide. Mais quel est le Dieu de Glass ? N’est-ce pas celui de la vengeance qui lui donne cette force surhumaine pour surmonter tous les obstacles. Ce qui trouble dans cette histoire, c’est la naïveté du capitaine des deux trappeurs représentant en quelque sorte la loi entre ces deux démons. On pourra toujours dire que Glass répond à la méchanceté de Fitzgerald, mais qui est-il ce Glass pour puiser en lui-même tant de haine ? Nous ne le savons pas. Au final Glass est mis en valeur comme celui qui vainc l’hostilité de la nature et de l’homme au prix d’un délire final où il revoit sa femme. Un désir de vengeance réhabilité tel serait la fine pointe de ce film ? On est loin de Nietzsche qui n’est pas un démocrate de la première heure : "l’homme affranchi est l’homme affranchi du désir de vengeance".

Antoine Paoli

Abonnez-vous à notre Newsletter
SIGNIS in the world
Choose your organization in the world.

Adds