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Tomboy (prix SIGNIS BAFICI 2012)

mercredi 20 avril 2011, par SIGNIS France

(de Céline Sciamma, France, 2010, Berlinale 2010, section Panorama)

Lyon, 20 avril 2011 (Magali Van Reeth) - Un film lumineux sur l’enfance met en scène les jeux, les peurs et les troubles de cet âge. Avec une exigence artistique rare et brillamment maitrisée.

Comme le fait justement remarquer Céline Sciamma, la réalisatrice, de nos jours, les films pour enfants, "c’est des histoires d’animaux en 3D". Avec Tomboy, les enfants, les vrais, sont au centre du film, les animaux inexistants et les adultes étant repoussés à la périphérie, presque en hors champ. Il vaut mieux ne pas raconter le film, tant la surprise fait aussi partie des plaisirs du cinéma. On dira juste que l’histoire se déroule quand une famille et ses deux enfants arrivent dans un nouveau logement. Profitant des vacances scolaires, du beau temps et des espaces verts tout proches, les enfants partent à la recherche de nouveaux copains. A la suite d’un enchainement de circonstances fortuites nait un malentendu, comme il en existe beaucoup dans l’enfance. De ces malentendus qui sont un jeu pour les enfants, à moins qu’ils ne tournent au drame. Le film est tout en tension autour de cette ambigüité.

En cinéaste, Céline Sciamma a traité l’histoire du point de vue de l’enfant, soucieuse de trouver la bonne place pour la caméra, à hauteur de son regard, "ni pervers ni nostalgique". Tomboy, dont la trame narrative part du quotidien de l’enfance, est tourné comme un film d’action, exacerbant les tensions et les ambigüités, comme dans un conte. L’appartement familial, où règnent la douceur et la normalité, est baigné d’une lumière chaleureuse, apaisante. A l’extérieur, royaume des enfants, du jeu, de l’imaginaire et de la forêt, d’autres lumières, plus froides, font monter la tension. Pas de musique, dit la réalisatrice : "pour laisser le champ libre aux pulsations de l’enfance, aux cris des enfants, à leurs voix particulières. La musique fait commentaire, toujours ! Et là, c’était tout de suite le monde des adultes, ce que je ne voulais pas."

Les acteurs sont d’une justesse bouleversante. Zoé Heran incarne avec aisance son personnage, déclinant avec naturel la timidité, l’effronterie et la douceur, aussi à l’aise dans les câlins qu’au foot. Avec la jeune Malonn Levana, elles forment une fratrie très complice, tout comme la bande de copains qui joue au foot ou au béret : on sent toujours une véritable cohésion, une bande d’enfants qui existe vraiment. Campés en deux ou trois scènes assez brèves, les parents, Sophie Cattani et Mathieu Demy, donnent à la cellule familiale la lumineuse douceur de l’ordinaire tranquille.

Construit avec beaucoup de rigueur et une réelle intention de faire du cinéma, Tomboy est un enchantement, tant par la forme que sur le fond. Céline Sciamma a construit avec soin la structure du film, pour trouver le rythme le plus juste. Chaque plan, chaque scène est orchestré avec minutie. Chaque détail compte, aussi bien dans le déroulement de l’histoire que dans la construction d’une véritable écriture cinématographique. Jusqu’au final où, par l’intervention des parents, le désordre de cet univers créé par les enfants, cesse comme par un coup de baguette magique, et la réalité reprend ses droits aux portes de l’école.

Enfin, Tomboy pose avec délicatesse la question du genre chez les très jeunes enfants. Aujourd’hui, toutes les petites filles sont habillées de rose à outrance, les cheveux toujours longs, ornés de barrettes à paillettes. Dans un univers où les couches-culottes, les jeux, les vêtements, les livres et même les draps sont sexués dès le berceau, l’enfant perd une part de son innocence en endossant si tôt l’uniforme de l’homme ou de la femme qu’il deviendra. Laura, avec ses cheveux courts et son maillot de bain sans haut, qui joue à être un garçon, fait preuve d’une salutaire subversion dans le conformisme ambiant !

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