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Toto et ses sœurs (prix œcuménique Leipzig 2014)

mercredi 13 janvier 2016, par SIGNIS France

(d’Alexander Nanau. Roumanie, 2014, 1h33. Prix œcuménique au Festival de Leipzig 2014)

Lyon, 13 janvier 2016 (Pierre Quelin) - Présenté comme un documentaire, Toto et ses sœurs nous fait participer, au plus près, à la vie misérable de trois enfants et adolescents roumains, qui semblent inexorablement condamnés à une existence sans espoir, même si quelques moments d’optimisme viennent adoucir ce noir constat.

"Toto et ses sœurs" pourrait être le titre d’une comptine, ou d’une belle histoire que l’on raconte aux enfants sages, le soir, pour les aider à s’endormir. C’est tout au contraire celui d’un film d’une profonde noirceur et d’un grand pessimisme, ponctué de quelques moments de lumière et d’espoir qui semblent avoir beaucoup de difficultés à s’imposer, face à des ténèbres presqu’infranchissables.

Nous sommes en Roumanie, dans une cité de Bucarest où vivent, on devrait dire survivent, le petit Totonel, 10 ans environ, vite appelé Toto, et ses deux sœurs, un peu plus âgées que lui. Une cité sordide aux rues jonchées de détritus, et aux murs où apparaissent des tags de croix gammées que personne ne semble chercher à effacer…… L’appartement, ou ce qui en tient lieu, est dans un état de saleté épouvantable, régulièrement squatté par toute une faune de toxicomanes qui viennent y fumer et s’y piquer sous les yeux à la fois curieux et indifférents de Toto.

On découvre vite qu’Ana, la sœur aînée, est elle-même toxicomane et séropositive. Dans cet appartement, pas d’eau courante, une installation électrique de fortune, et la faim plus souvent qu’à son tour. L’autre sœur, Andreea est l’un des personnages les plus positifs du film, jouant véritablement le rôle de mère de substitution, puisque la vraie mère est absente, purgeant une peine de 7 ans de prison pour trafic de drogue. Quant au père, absent lui aussi, ses filles ne se souviennent même pas de son nom.

Les quelques moments lumineux du film sont représentés par les relations de Toto et de sa sœur Andreea : moments de tendresse où l’on se blottit l’un contre l’autre, où l’on joue dans une épaisse couche de neige…... Mais aussi, lumières d’espoir avec le temps passé hors de l’appartement, pour apprendre à lire avec des enseignants doux et attentifs, pour prendre part à une joyeuse fête d’anniversaire, ou pour participer à un concours de danse hip-hop, et remporter, avec une fierté non dissimulée, un brillant Deuxième Prix !

En signant un film qui apparaît parfaitement scénarisé, mais qui a souvent les couleurs et le ton du documentaire (Les enfants "jouent" leur vraie vie avec un réalisme sidérant), le réalisateur Alexander Nanau se range dans la lignée du cinéma roumain de ces dernières années, qui nous a donné nombres de films parfaitement originaux, et très réussis. Cinéma qui dresse le plus souvent, un tableau extrêmement sombre et pessimiste de la société roumaine contemporaine. Les images en format scope sont très belles, avec une caméra très mobile qui suit les personnages de très près, tout en gardant une certaine distance morale, le réalisateur semblant se refuser à tout jugement.

La toute dernière séquence, qui présente les retrouvailles de Toto, d’Andreea et de leur mère tout juste sortie de prison, est absolument glaçante. Elle contribue à valider la noirceur d’ensemble du récit, et semble éteindre inexorablement les quelques moments de bonheur et d’optimisme qui ponctuaient et illuminaient tout de même, et par instants, ce très beau film.

Toto et ses sœurs a reçu le prix du Jury œcuménique, lors du Festival du Cinéma de Leipzig en 2014.

Pierre Quelin

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