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Une Famille à louer

jeudi 20 août 2015, par SIGNIS France

(de Jean-Pierre Améris. France, 2015, 1h36)

Lyon, 19 août 2015 (Magali Van Reeth) - Avec Benoît Poelvoorde et Virginie Efira, cette comédie, version conte de fées, célèbre les valeurs de la famille, parfois décomposée, souvent recomposée pour le grand bonheur de chacun de ses membres.

N’hésitant pas à changer de genre après L’Homme qui rit (2012) ou Marie Heurtin (2014), le nouveau film de Jean-Pierre Améris est une comédie. Si le récit est celui d’une comédie romantique, puisqu’il est question d’une rencontre amoureuse, c’est aussi un conte de fées puisqu’elle met en présence un riche monsieur et une pauvre jeune femme. Paul-André, aussi riche que seul et déprimé, décide d’essayer la vie de famille, avant de s’engager vraiment et propose à Violette, mère célibataire et au chômage, de "louer" sa famille.

C’est un conte de fées résolument contemporain. La famille que va louer Paul-André est une famille construite sur des ruptures et des assemblages, et les deux enfants sont de pères et de couleurs différentes. Et ils ont leur mot à dire sur cette nouvelle idylle de leur mère. Julie, adolescente intransigeante avec la complexité des adultes, et Auguste, petit garçon monté sur ressort, vont tester ce nouveau couple jusqu’à l’explosion. Il y a aussi des sorcières (la belle-mère) et des méchants, le frère qui exploite honteusement sa sœur parce qu’en famille, on se serre les coudes...

La mise en scène renforce constamment le côté conte de fées. L’immense palais désertique où dépérit Paul-André est la villa Poiret, conçue par l’architecte Robert Mallet-Stevens au début du 20ème siècle en région parisienne. Dans une ambiance toujours grise et sinistre, Paul-André, bien évidemment habillé de noir, entretient sa mélancolie naturelle et sa maniaquerie dans des pièces aussi vides qu’aseptisées. C’est sinistre, mais aucune laideur dans ce bâtiment. Chez Violette, mère célibataire au chômage et endettée, la maison est petite, de guingois, tout est coloré - surtout les vêtements qu’elle porte - et tout est beau ici aussi, même le désordre.

Les acteurs semblent eux-mêmes ravis d’être dans ce conte. Virginie Efira est une Violette craquante, pas très classe avec ses talons trop hauts et son maquillage bien visible, mais joyeuse, optimiste et si crédible dans son appréhension au moment de passer en caisse dans un supermarché. Face à elle, Benoît Poelvoorde en introverti, timide et toujours mal à l’aise, est lui aussi parfaitement dans son personnage. Calixte Broisin-Doutaz et Pauline Serieyz qui jouent les deux enfants le font avec beaucoup de naturel, même dans les scènes difficiles de disputes.

Car des disputes, il y en a beaucoup : entre la mère et la fille, entre le frère et la sœur, entre les vieux et les jeunes, à table ou dans la voiture, au petit-déjeuner ou au moment de se coucher. Dans une vraie famille, "on se gueule dessus", ce que découvre avec étonnement Paul-André, lui qui venait d’une famille où on ne s’aimait pas assez pour s’engueuler ou se dire "je t’aime"... C’est cette affection si particulière et si déroutante que célèbre Jean-Pierre Améris avec Une Famille à louer.

Magali Van Reeth

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