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Vendeur

mercredi 4 mai 2016, par SIGNIS France

(de Sylvain Desclous. France, 2015, 1h29)

Lyon, 4 mai 2016 (Magali Van Reeth) – Serge mène une vie où il faut sans arrêt séduire et prendre la route, où rien de stable ne peut se construire. Jusqu’au jour où son fils lui tend un miroir. Dans un univers très original, un film délicat pour décrire un monde qui ne l’est pas.

Ce film de Sylvain Desclous est une immersion dans un univers rarement vu au cinéma mais dont la dimension romanesque est fascinante. Serge est un quinquagénaire qui présente bien, il est représentant de commerce. Toute la journée, il travaille dans ces grands centres commerciaux, à la périphérie des villes. Des univers toujours neufs, sans histoire, conçus pour attirer les clients et leur faire dépenser de l’argent. Serge vend des cuisines équipées et il aspire littéralement les clients : il faut séduire, charmer, convaincre, pousser à l’achat. Il le fait depuis des années, de façon très professionnelle, c’est le meilleur vendeur de l’entreprise. Puis le soir dans des hôtels sans charme, Serge affronte la solitude de la nuit à l’aide de repas trop riches, d’alcool et de compagnie féminine qu’il faut aussi payer.

Un jour, il reprend contact avec son fils Gérald, récemment au chômage et qui lui demande d’intégrer son groupe de vendeurs. Serge voit bien que son fils n’est pas fait pour cela et il le regarde avec un certain mépris. Peu à peu pourtant, leurs relations vont évoluer et ce qu’on prenait au départ pour de la jalousie va finalement être un sentiment bien plus subtil et complexe. Car dans ce milieu-là, on n’exprime pas ses sentiments, par pudeur ou manque d’entrainement.

Avec une mise en scène élégante, Sylvain Desclous construit, dans un univers factice et violent, un film subtil et profond. Le récit déroule, sous une apparente fluidité, la complexité des sentiments des personnages, leur confrontation quasi muette et leur imperceptible cheminement. La caméra met du romanesque dans ces zones périphériques où la lumière de la nuit transforme en fête la laideur mercantile, le vide sans fin des routes avalées pendant des heures pour aller d’un centre commercial à une zone de chalandise. La solitude, la fuite en avant de ces vendeurs dont les exigences professionnelles saccagent la vie personnelle et familiale, deviennent palpables à l’écran.

Les deux acteurs principaux, Gilbert Melki (Serge) et Pio Marmaï (Gérald) forment un duo magnifique car ils doivent exprimer corporellement tout ce que leurs personnages ne peuvent pas dire avec des mots. Le personnage de Gérald se transforme peu à peu, de jeune homme mal à l’aise en vendeur redoutable (avec un clin d’œil savoureux au métier de comédien) alors que celui de Serge alterne la superbe du mensonge avec le dégoût profond de soi-même, avant le sursaut final.

Vendeur est une histoire de transmission mais, à l’inverse de ce qu’on voit d’habitude, ici le personnage principal se bat pour ne pas transmettre à son fils ce qu’il est devenu ! Devant le miroir que lui tend Gérald, Serge réalise qu’il ne s’aime pas et fait tout pour que son fils ne se retrouve pas dans la même situation. Belle preuve d’amour chez un homme qui en semblait tout à fait dépourvu et que le spectateur avait sans doute trop vite jugé comme superficiel et égoïste.

Magali Van Reeth

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