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Viva

jeudi 7 juillet 2016, par SIGNIS France

(de Paddy Breathnach. Irlande/Cuba, 2015, 1h40)

Lyon, 7 juillet 2016 (Magali Van Reeth) – Comment accepter d’être un homosexuel dans une société très machiste et repliée sur elle-même ? Avec pudeur, ce film fait le portrait d’un jeune Cubain qui cherche le respect dans le regard de son père.

Dans ce quartier populaire de La Havane, tout le monde sait que Jésus est un bon garçon. Le jeune homme vit seul depuis la mort de sa mère et son père n’est qu’une absence lointaine. Il est homosexuel, on se moque plus ou moins gentiment de lui. Il vit dans un univers très machiste où la boxe et les muscles luisants permettent des rêves de gloire et de voyage hors du huis-clos étouffant de l’île. Mais où chaque soir les cabarets de travestis font salle comble, avec des spectacles où les costumes scintillants et les chansons d’amour font tourner les têtes, l’alcool et l’argent.

Irlandais, le réalisateur Paddy Breathnach est visiblement tombé sous le charme de La Havane et de l’ambiance de ses quartiers les plus populaires, à l’ombre des touristes. La ville est superbement filmée, dans des teintes étouffées où le gris de la mer fait écho à la grisaille des murs défraichis. C’est aussi avec beaucoup de douceur que le réalisateur filme les aspects les plus difficiles de cette histoire. La misère des appartements et du cabaret est évoquée sans insistance : la peinture s’écaille sur les murs, les casseroles sonnent creux comme les ventres, les loges des artistes sont des cabinets de toilettes et les bijoux sont de pacotille. On apprécie que la prostitution soit évoquée avec pudeur et justesse. C’est la pauvreté qui pousse Jésus à chercher des clients et il le fait avec dégoût, sans aucun plaisir. Ce film montre clairement que vendre son corps est une fatalité extrême, d’une violence insoutenable et Paddy Breathnach le met en scène sans aucun voyeurisme.

Pour gagner sa vie, Jésus préfère chanter déguisé en femme dans les cabarets plutôt que de se prostituer. Mais l’arrivée inopinée de son père dans son appartement va bousculer son quotidien et l’obliger à trouver sa place, celle où il sera en accord avec lui-même, respecté dans le regard des autres. Y compris de ce père, violent, alcoolique et fou de rage de réaliser que son fils est un pédé... Ce sont deux acteurs cubains qui tiennent les rôles principaux, et ils sont excellents. Le célèbre Jorge Perugorria qui joue le père mais aussi le jeune Hector Medina Valdés qui sait rendre à merveille la dualité de Jésus, le jeune homme doux qui glisse dans les rues du quartier en rendant des services à tout le monde, et cette chanteuse assurée qui jette sa mélancolie suave au public.

Viva, le nom de scène de Jésus, est l’histoire d’un jeune homme différent qui, dans le regard de ce père arrivé trop tard, cherche le respect et l’amour qui feront de lui un homme à sa place, un adulte ayant choisi son chemin. Une relation difficile et poignante, comme souvent entre un père et son fils. On peut regretter que le film se termine de façon un peu trop mélodramatique, par une scène digne d’un joli roman-photo mais sans doute le réalisateur, sincèrement attaché à ses personnages, avait du mal à les laisser en plan, au bord de la misère et d’une vie trop sombre. Puisque Viva célèbre la gentillesse d’un homme doux et bon dans un milieu très agressif, pourquoi ne pas croire à la victoire de la compassion sur la violence ? Heureux les doux car ils posséderont la terre

Viva a été présenté en 2015 au Festival international du cinéma latino-américain de La Havane à Cuba.

Magali Van Reeth

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