ACCUEIL >Nos actions >Cinéma >Critiques

Watatu (prix SIGNIS Zanzibar 2016)

jeudi 25 août 2016, par SIGNIS France

(Nick Reding, Kenya, 2015, 1h12. Prix SIGNIS au Festival de Zanzibar 2016)

Lyon, 25 août 2016 (Magali Van Reeth) - C’est un film en deux parties. La première, classique, déroule l’histoire d’un drame. La seconde, tout à fait inhabituelle dans le cinéma commercial, montre les réactions du public, à qui on demande comment les personnages auraient pu modifier le scénario.

A Mombasa au Kenya, les nouveaux locataires d’un petit immeuble croisent leurs voisins de palier. Jack et Salim se reconnaissent immédiatement avec joie : ils sont amis d’enfance. Jack est devenu policier et, avec sa jeune femme et sa belle-mère, ils sont chrétiens et originaires de Nairobi. Salim est musulman, comme toute sa famille et originaire de la côte. Il doit s’occuper de son neveu, tenté par les groupes extrémistes.

Alors que les sociétés occidentales sont secouées par le terrorisme et les questions religieuses, il est précieux de voir comment ces questions sont traitées dans une région de l’Afrique où le terrorisme et les conflits inter-ethniques sont très présents. A plusieurs reprises, le Kenya a été la cible d’attaques terroristes, y compris dans des lieux de cultes. Les auteurs, comme en Europe, sont souvent des jeunes gens sans emploi ni avenir, tenté par l’héroïsme nihiliste de la lutte armée, et bien éloignés des véritables fondements de la religion et de la culture traditionnelle.

Avec une très belle photo et d’excellents acteurs (Ali Maltso, Benson Obiva, Said Muhsin), Nick Reding met en scène le récit implacable qui montre l’escalade de la violence et conduit à la mort d’un innocent. Mais il n’oublie ni l’humour ni le quotidien. Au passage, on saisit la réalité de Mombasa, tantôt ville joyeuse où les couples de la classe moyenne ressemblent à tous les couples du monde, tantôt ville en chantier entre décharges à ciel ouvert et misère urbaine. Comme partout, la radicalisation des jeunes est un drame pour les familles.

Puis, à la fin du film commence une autre aventure : les comédiens, habillés dans leurs costumes pour être bien reconnus, demandent aux spectateurs qui viennent de voir le film, comment le drame aurait pu être évité... Le micro circule et les réactions sont nombreuses. Des scènes se rejouent avec un tout autre scénario et un spectateur devient comédien et défend, avec une belle énergie, son point de vue. C’est savoureux ! C’est un véritable exercice d’éducation aux médias et de démocratie participative.

Nick Reding réalise un film audacieux, soucieux du public qui le verra : c’est une démarche unique. Certes, il arrive souvent que des débats soient organisés après une projection. Mais dans le cadre commercial, c’est d’abord une opération de promotion où le public félicite les acteurs et le réalisateurs. Dans un cadre plus associatif, comme les ciné-clubs ou groupes cinéphiles, la parole est aussi libre et recherchée que dans Watatu mais peu de réalisateurs filment ces débats et aucun ne les présente aux spectateurs en l’incluant dans la durée film.

Au Festival international du film de Zanzibar, Watatu a obtenu le prix SIGNIS.

Magali Van Reeth

Abonnez-vous à notre Newsletter
SIGNIS in the world
Choose your organization in the world.

Adds