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The Price of Love : prix SIGNIS au festival Lumières d’Afrique 2015

mardi 17 novembre 2015, par SIGNIS France

Besançon, 14 novembre 2015 (SIGNIS) - La 15ème édition du Festival Lumières d’Afrique de Besançon s’est achevé avec la traditionnelle remise des prix.

Dans la sélection des longs-métrages en compétition, Le jury international SIGNIS décerne son prix à The Price of Love (Le Prix de l’amour) d’Hermon Hailay (Ethiopie, 2014, 1h40) :

Teddy, un conducteur de taxi prend la défense d’une jeune prostituée et s’attire ainsi des ennuis. Il est soutenu par un prêtre de l’Eglise éthiopienne agissant au nom de sa mère disparue, ancienne prostituée. Découvrant la force de l’amour maternel et aidé par le sacrifice de celle dont il est amoureux, Teddy parvient à dépasser les souffrances de son enfance. Dans ce film bien maîtrisé, la réalisatrice Hermon Hailay montre avec subtilité les sentiments entre les personnages et l’avènement d’un adulte responsable.

Dans la compétition des documentaires le jury a décerné une mention spéciale à Tsika Jiaby (Madagascar, 2015, 26 mn) :

Grâce au don d’un terrain par un vieil homme, l’édification d’une école est rendue possible par l’effort de toute la communauté villageoise ("tsika jiaby" : "tous ensemble"). Laurent Pancacini raconte la réalisation de ce projet destiné à offrir aux jeunes le choix de leur futur.

Le jury international SIGNIS était composé de :

Christine Imbert (France)

Didace Habineza Rwanda)

Philippe Rocher (France)

Une semaine de cinéma d’Afrique

Pour sa 15e édition, le festival Lumières d’Afrique de Besançon a proposé de voir et revoir films déjà primés, C’est eux les chiens (2013), Le Secret de Chanda (2010), Les Chevaux de Dieu (2012), Timbuktu (2014). Il a aussi rendu hommage à Omar Sharif au travers d’Hassan et Morkos (2009) et Rock the Casbah (2012). Lors de la clôture, il y a eu la projection du Fatima (2015) de Philippe Faucon et lors d’autres séances spéciales H’na Barra (Nous, dehors, 2014) de Bahïa Bencheikh-Effeggoun et Meriem Achour Bouakkaz et Africa United (2011) de Debs Gardner-Paterson.

Pour marquer le cent vingtième anniversaire de l’invention du cinéma par les frères Lumière, natifs de Besançon, le festival a projeté une centaine de films Lumière, dont La sortie des usines Lumière et L’arroseur arrosé vus en mars 1895 lors de la première séance publique organisée à Paris. L’ambition cinématographique de Louis Lumière s’est manifestée au travers des opérateurs envoyés au quatre coins du monde et dont les films ont été une manière de « rendre le monde au monde », selon la belle formule de Bertrand Tavernier.

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Le jury SIGNIS 2015

Dans les documentaires proposés hors compétition, Rwanda, la vie après. Paroles de mères (2014) de Benoît Dervaux et André Versaille a suscité une vive émotion face aux paroles de six femmes tutsies dont les viols suivis d’une grossesse les font vivre désormais avec des enfants nés de la violence. Si le Festival proposait aussi une sélection « Afri-Mômes » pour le Jeune public, avec notamment Adama (2015) de Simon Rouby et L’enfant lion (1993) de Patrick Grandperret, les sélections proposées étaient offertes comme un regard sur l’Afrique différent de celui, trop souvent répété par les médias, qu’assombrit l’horreur du terrorisme. Dans la compétition des films documentaires, Bla Cinima (2014) de Lamine Ammar-Khodja, balade pour quêter des avis sur la rénovation d’une salle de cinéma à Alger, La Forêt sacrée (2012) de Camille Sarret cherchant à faire évoluer le regard sur l’excision en Côte d’Ivoire, Tsika Jiaby (2015) de Laurent Pancacini, un effort de solidarité communautaire pour la construction d’une école à Madagascar, ont spécialement retenus l’attention. Le premier a obtenu le Grand Prix Eden, le seconde le Prix spécial 15ème anniversaire tandis que le dernier a été distingué par le Jury Signis.

D’autres œuvres témoignaient de la diversité des questions aujourd’hui posées au continent africain : Le Secret des lyas (2014) de Cyrill Noyalet traite de la persistance du vaudou au Bénin ; Picci Toubab, l’oiseau des blancs (2014) de Pierre-Yves Le Dû explique la complexité de la protection du faucon crécerellette au Sénégal ; Rwanda, du chaos au miracle (2014), par Sonia Rolland, dresse un bilan du Rwanda vingt ans après le génocide, Barakeden, les petites bonnes de Bamako (2015) d’Adeline Gonin filme l’effort de solidarité revendicative de jeunes femmes maliennes venues de la campagne pour améliorer leur trousseau, et que Choucha (2015), de Sophie Bachelier et Djibril Diallo, révèle les épreuves et l’espoir de migrer des hommes enfermés en Tunisie au camp de Choucha ; Le Piment sur les lèvres (2015), réalisé par Laurène Lapeytre, fait connaître l’action politique du rappeur Valsero pour contrer au Cameroun l’hégémonie du pouvoir.

Dans la sélection des courts métrages de fiction, où l’actualité est aussi présente, Kwaku (2014) d’Anthony Ntu, Prix du Jury de la diaspora africaine de Besançon, a fait l’unanimité en montrant la détermination de ce jeune garçon pour venir en aide à sa grand-mère. La Maison mauve (2015) de Selim Gribâa évoque la demande surprenante faite à un chômeur tunisien en recherche d’emploi, a obtenu une mention spéciale.

Parmi les longs métrages, dont Lalla Fadhma N’Soumer (2014), de Belkacem Hadjadj, à l’esthétique recherchée, ceux en compétition étaient pour beaucoup des films non encore distribués ainsi qu’il est de tradition dans le festival. Il faut ainsi noter la primeur du film de la réalisatrice éthiopienne Hermon Hailay, Price of Love (Le Prix de l’amour, 2014), première œuvre venue d’Ethiopie présentée à Besançon. Distingué par le Prix Signis, il raconte la tragique histoire d’amour d’un conducteur de taxi d’Addis Abbeba s’opposant à un proxénète d’un réseau de prostitution vers les pays arabes du Golfe. Le sacrifice au nom de l’amour permet l’avènement d’un adulte responsable. L’Œil du cyclone (2014) de Sékou Traoré, qui a obtenu le Prix du Public, alerte sur les conséquences à long terme de l’embrigadement des enfants soldats. Dazzling Mirage (Éblouissant mirage) est un film très bien réalisé dans la veine du « nollywood » du Nigéria qui traite des difficultés d’une jeune femme atteinte de drépanocytose (anémie).

La séance d’ouverture du festival a proposé un film tout aussi efficace, Sans regret (2015) de Jacques Trabi qui décrit le parcours d’un père de famille ivoirien sommé de choisir entre honnêteté et criminalité dans un pays gangréné par la corruption. Dakar trottoirs réalisé par Hubert Laba Ndao, amours compliqués d’un jeune homme et d’une jeune femme pris dans l’univers de la drogue et des trafics qu’elle suscite. Mbeubeuss de Nicolas Sawalo Cissé est un film original, mi conte mi documentaire, à partir de la grande décharge de Dakar et au travers d’elle la question environnementale. El Ott (le chat) d’Ibrahim El Batout montre la violence suscitée par le trafic d’organes en Egypte. Plus politiques, les trois films centrés sur le Maghreb, J’ai cinquante ans de Djamel Azizi, A peine j’ouvre les yeux de Leila Bouzid, Prix du Jury jeunes, et Le Veau d’or d’Hassan Legzou évoquent les conséquences douloureuses de l’histoire algérienne sur trois générations, le poids sur la jeunesse de Tunisie du régime de Ben Ali et l’étouffement de celle du Maroc au temps d’Hassan II.

Plus que jamais le cinéma des Lumière offre l’occasion de voir l’Afrique actuelle. Si des sujets renvoient aux sombres desseins et agissements d’une certaine humanité, ils n’empêchent pas de voir nombre d’actions généreuses et solidaires qui sont autant de lumières portées par des hommes et des femmes sur le grand continent.

Philippe Rocher
SIGNIS France

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