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Après les attentats de Paris, l’importance de l’éducation aux médias et à l’information

mercredi 16 décembre 2015, par SIGNIS

Paris, Bruxelles, 16 décembre 2015 (SIGNIS/Divina Frau-Meigs/The Conversation). En 2015, la France a été touchée par des attentats meurtriers. Ceux-ci placent l’éducation aux médias et à l’information (EMI), ses compétences et ses valeurs, au cœur des enjeux de démocratie. En effet, le traitement médiatique exceptionnel des attaques demande un accompagnement pédagogique.

Les attentats nous incitent à considérer enfin Internet comme un média à part entière, dont les usages doivent être renforcés non pas tant pour susciter des vocations à la programmation que pour comprendre les relations de pouvoir, les intérêts et les valeurs qui le régissent.

Maîtriser les cultures de l’information

La question de la liberté d’expression et de publication tout comme celle de la vie privée et de la propriété des données se pose désormais de façon cruciale, en relation à l’importance prise par les réseaux sociaux et les plateformes numériques lors de tels événements majeurs.

Les élèves ont besoin d’un ensemble de compétences remises à jour et étendues pour maîtriser les cultures de l’information. Ces compétences relèvent d’apprentissages permettant de comprendre les dispositifs d’actualité, de vérifier et authentifier les sources des documents en ligne, de s’interroger sur l’agenda des opérateurs et les contraintes des plates-formes, de décrypter l’intention des messages pour en distinguer les fonctions (propagande, publicité…) et de surveiller le destin de leurs données.

Dans ce contexte, l’EMI – qui promeut l’esprit critique, la créativité, la citoyenneté, la communication interculturelle et la résolution de conflits par la prise en main des médias – est au cœur des compétences attendues des élèves du XXIe siècle afin de s’assurer que les acquis démocratiques du XXe siècle opèrent leur transition à l’ère numérique.

Mettre en place un véritable parcours EMI

Il serait notamment important d’installer une continuité pédagogique de la maternelle au supérieur, mais les programmes peinent à faire de la place au nouveau socle commun de connaissances, compétences et de culture alors que le numérique permet la dé-linéarisation des programmes et contenus.

Afin d’être efficace, il est aussi nécessaire d’établir une continuité éducative dans et hors l’école, car l’EMI présente le potentiel d’engager tous les acteurs autour de l’enfant (parents, associations, médias, municipalités…) et de réconcilier l’école avec son environnement de proximité. Mais, souvent, les établissements restent encore très repliés sur eux-mêmes, alors que le numérique permet de faciliter l’accès à ces partenaires précieux pour la citoyenneté et l’employabilité.

D’autres outils doivent également nous permettre d’assurer une circulation continue entre médias analogiques et médias numériques ou de mettre en place des formations par le biais des MOOCs, ces « cours massivement ouverts en ligne » dont un certain nombre existent en EMI.

Il faut enfin faire progresser la recherche sur les usages des jeunes, notamment sur les réseaux sociaux (soupçonnés de radicalisation) tout comme celle sur les pédagogies innovantes et leur efficacité.

Mais cette recherche n’est pas financée, ce qui laisse nos élus dégager des politiques publiques sans s’appuyer sur des travaux validés alors que le numérique permet des travaux très pointus en utilisant des théories et méthodologies nouvelles comme celles de l’analyse des réseaux sociaux, encore trop peu pratiquée en France.

Confiance

Recréer de la confiance entre les citoyens et leurs médias relève d’un défi nouveau pour les médias, mais aussi pour l’EMI. Ce défi ne pourra se passer d’un débat citoyen sur la Gouvernance d’Internet, et notamment sur le destin des données qui sont un enjeu pour l’école et pour la recherche autant que pour les individus.

Les incohérences entre les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), leurs valeurs et leurs intérêts et celles de la France (vie privée, sécurité, protection des données personnelles, discours de haine et de racisme, incitation au terrorisme…) impactent tant l’intégrité de l’école que des médias et du numérique.
C’est la leçon principale qu’il nous faut tirer des attentats meurtriers de cette année, pour qu’ils ne se soient pas produits en vain, et surtout pour aider nos jeunes à s’emparer des cultures de l’information afin d’aiguiser leur désir d’avenir.

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