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« Tous menteurs », comment faire face au conspirationnisme ?

jeudi 21 janvier 2016, par SIGNIS

Paris, Bruxelles, 21 janvier 2016 (La Croix/Agathe Charnet/SIGNIS). Le journal La Croix s’est penché sur la « théorie du complot », et les moyens de lutter contre toutes les fausses informations que l’on trouve sur Internet, particulièrement sur les réseaux sociaux. En effet, depuis les récents attentats, les enseignants, pouvoirs publics et journalistes tentent de trouver des solutions afin de montrer aux jeunes comment ne pas tomber dans le panneau de la désinformation.

Sophie Mazet, professeur d’anglais en Seine-Saint-Denis, n’a pas attendu les tragiques événements de l’année 2015 pour prendre conscience de l’emprise exercée par les théories du complot – la lecture alternative et biaisée d’un événement – sur ses jeunes élèves. En 2010 déjà, elle a mis en place des cours où elle exerce les lycéens à l’esprit critique et démantèle minutieusement l’argumentaire pseudo-scientifique des conspirationnistes.

De plus en plus de thèses conspirationnistes sont créées, mais surtout, c’est de plus en plus facile de les partager. Elles se retrouvent donc mélangées aux « vraies » informations. En effet, les gens cherchent de plus en plus à « concurrencer les journalistes dans la découverte de la vérité sur un événement donné ». Désireux d’appréhender par eux-mêmes le monde qui les entoure, « ils vont fournir une explication aux maux de la société, une représentation du pouvoir qui leur permet de se rassurer symboliquement », détaille Julien Giry, docteur en science politique.

Mais si regarder une vidéo remettant en cause la présence de l’homme sur la Lune ne fait pas forcément de l’internaute un dangereux fanatique, le conspirationnisme tend à forger ce qu’Hervé Brusini, directeur chargé du numérique à France Télévisions, nomme « une spirale mortifère de la vérité », une « culture de la suspicion » amenant l’individu à s’enfermer dans l’échec et le désir de vengeance.

Révolté par « le déferlement de haine » quotidiennement généré par la « complosphère », Thomas Huchon, journaliste au sein de la webtélé Spicee, s’est lancé dans une expérience des plus insolites. Reprenant la sémantique et les codes « des conspis » – questions rhétoriques, montage percutant et musique hollywoodienne – il a mis au point une vidéo explicitant un complot inventé de toutes pièces. Les internautes ont mordu à l’hameçon et « CUBA/sida  : LA VÉRITÉ SOUS BLOCUS » a été visionnée 9 350 fois en trois semaines. Sa démarche a fait l’objet d’un documentaire, Conspi Hunter. Animée par « l’idée de jouer un rôle social » dans l’éducation aux médias, l’équipe de Spicee concocte par ailleurs des modules d’intervention en milieu scolaire.

La sensibilisation des « digital natives », ces enfants qui ont grandi dans un monde numérique, aux dangers de la complosphère, est également une « priorité » pour Pascale Montrol, qui est à la tête de la direction du numérique pour l’éducation (DNE) au sein de l’éducation nationale.

Le ministère soutient notamment le programme « Les clés des médias » lancé par France Télévisions et France Inter à la suite du 7 janvier 2015. Accessibles en ligne, de courtes vidéos initient le jeune public, aux enjeux du décryptage médiatique.

Pour lutter contre ceux qui considèrent les journalistes comme « les gardiens du système », les médias se doivent de (re) gagner la confiance de leur audience. « Il faut repartir de zéro, réexpliquer ce qu’est l’acte journalistique, exhorte Hervé Brusini de France Télévisions. Le journalisme perd de son magistère, il est convoqué à un devoir de clarification. »

Pour Hervé Brusini, le succès de Martin Weil dans « Le petit journal » de Canal ou de « L’œil du 20 heures » de France 2 réside sur la personnification des reporters, qui décrivent face à la caméra les coulisses de leurs enquêtes.

Emmanuelle Daviet, chef du service société à France Inter, coordonne depuis la rentrée 2015 « l’aventure citoyenne InterClass » qui initie une année durant cinq classes de collégiens aux enjeux de la radio.

L’échange entre les journalistes volontaires et les élèves s’avèrent des plus fructueux : « Peu après les attentats du 13 novembre, un des élèves a assuré qu’un des kamikazes était mineur, se souvient Emmanuelle Daviet. Mais quand il a précisé qu’il tenait son information d’un tweet, la classe entière lui est tombée dessus  : “Un tweet n’est pas une source fiable »

Une répartie « impensable » quelques mois auparavant et une preuve salutaire que l’esprit critique s’affûte, arme de défense indispensable face à un monde en connexion permanente.

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