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« Les religions font la une » : retour sur les 21es Journées François de Sales

jeudi 2 février 2017, par SIGNIS

Paris, 2 février 2017 (La Croix/Isabelle De Gaulmyn). Les journalistes et acteurs des médias chrétiens se sont retrouvés à Annecy pour analyser comment les religions sont devenues un enjeu à la fois politique et de société en France. Isabelle De Gaulmyn, du journal La Croix, revient sur cette rencontre autour du thème « Les religions font la une ».

De l’assassinat du P. Jacques Hamel aux conjonctures politiques sur un prétendu « vote catholique », sans oublier les débats autour de la laïcité au cœur de l’été et jusque sur les plages : rarement sans doute, les religions n’ont fait autant la « une » de l’actualité que pendant cette année 2016. Et jamais il n’aura été autant demandé aux journalistes spécialistes du religieux de décryptages, d’analyses ou d’explications.

Ce retour du religieux survient dans un pays où l’ignorance sur ces sujets est immense. Comme l’a rappelé l’historien Jean-Luc Pouthier, c’est en France que l’on compte le plus de personnes se déclarant athées ou non croyantes. Surtout, en un siècle, constate-t-il, où « Dieu a été évacué du paysage culturel national ». L’ignorance débouche sur la confusion et la peur. « Il faut s’y faire, constate Anne Ponce, directrice de l’hebdomadaire Pèlerin. En France, la religion est considérée comme quelque chose de dangereux. » Ce qui n’empêche pas la presse, dans le même temps, de multiplier les sujets autour des spiritualités vues comme mode de développement personnel.

Cette méconnaissance concerne en premier lieu la classe politique, qui refuse d’envisager l’existence d’une « spiritualité politique », a analysé Jean Birnbaum, reprenant l’expression utilisée par Michel Foucault en Iran durant la révolution islamiste.

Pour le journaliste du Monde, auteur d’Un silence religieux. La gauche face au djihadisme (1), les hommes politiques ne considèrent la religion que comme une idéologie, sans prendre au sérieux ce qu’elle dit du rapport au monde : « La foi religieuse n’est jamais appréhendée de manière autonome, comme force motrice de l’action des hommes. (…) Au mieux, lorsqu’ils parlent de religion, les politiques en font une sorte de prétexte, comme un voile qui masquerait la réalité, qui, elle, ne peut être qu’économique ou sociologique. » D’où leur incapacité ensuite, à poser le bon diagnostic.

Dans cette société qui refoule Dieu, il n’est pas toujours facile pour les croyants de trouver la juste posture de citoyen. Les chrétiens, a rappelé la philosophe Émilie Tardivel, ont une longue tradition d’engagement dans la cité, et n’ont pas de difficulté à vivre leur appartenance politique tout en affirmant leur foi.

Si la loi civile vient heurter les convictions religieuses, la tradition chrétienne reconnaît la possibilité d’un « écart », d’un compromis passé au nom du « bien commun ». Encore faut-il que la question éthique ne soit pas oubliée. Et c’est ce qui fait problème depuis quelques années : pour les lois « sociétales », mariage pour tous, mais aussi euthanasie, procréation artificielle, etc., « tout se passe comme si le législateur voulait gommer tout enjeu éthique ».

Face à cette évolution complexe, la tentation est grande pour les catholiques, de se renfermer sur leurs certitudes, et de refuser le pluralisme, regrette Émilie Tardivel : « Comme si la foi chrétienne était une foi patrimoniale, qu’il faudrait conserver, et préserver, et non une force qui doit nous porter ! »

Dans ce contexte, conclut Jean Birnbaum, le plaidoyer qu’adressait aux chrétiens militants, à la veille de Mai 68, le philosophe Paul Ricœur, n’en prend que plus de sens (2) : « Nous sommes responsables de maintenir un but lointain pour les hommes, appelons-le un idéal, en un sens moral, et une espérance, en un sens religieux. » écrivait-il alors.

Dans une société qui prétend effacer Dieu, et refuse toute perspective tendant vers un au-delà, c’est bien, in fine, la question de l’espérance qui est posée. Et en cette période électorale, il revient peut-être justement aux chrétiens de savoir la remettre au centre des débats.


(1) Seuil, 240 p., 17 €.

(2) Plaidoyer pour l’utopie ecclésiale, de Paul Ricœur, texte établi par Olivier Abel, Labor et Fides, 160 p., 18 €.

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