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La nonne qui voulait évangéliser Twitter

mercredi 15 février 2017, par SIGNIS

Managua, 15 février 2017 (Le Monde). Pour la sœur nicaraguayenne Xiskya Valladares, l’Eglise doit porter la parole de Dieu partout, y compris sur les réseaux sociaux.

« Acclamons la parole de Dieu, mais pas n’importe comment ». C’est le message de la sœur Xiskya Valladares, 33 900 abonnés sur Twitter, dans son guide des  Bonnes pratiques pour évangéliser sur Twitter (Ed. San Pablo, non traduit).

Pour sa thèse, elle a analysé l’utilisation du réseau social par les organisations catholiques espagnoles durant les cent premiers jours du pape François. Bilan  : «  Négatif  ». «  La plupart d’entre ¬elles retransmettaient sur le Net ce qu’elles ont toujours fait sur papier, sans mettre à profit les caractéristiques des réseaux ¬sociaux  : l’interactivité, l’usage de vidéos, de photos…  » Selon son travail, seules seize des institutions catholiques présentes sur Internet ont réellement de l’influence, et celles-ci sont toutes animées par des laïcs.

Xiskya Valladares, 47 ans, diplômée en philologie et en journalisme, a découvert un peu par hasard, en 2011, les ¬réseaux sociaux, et la possibilité d’y «  porter la bonne parole  ». A l’époque, le quotidien El Mundo la charge de réaliser des ¬petits reportages vidéo, postés sur Internet, afin de raconter les Journées mondiales de la jeunesse à Madrid. «  Quand les JMJ ont pris fin, j’ai envoyé une dernière vidéo où je me suis filmée. Les gens qui me suivaient sur Twitter ne savaient pas que j’étais une religieuse. Passé l’effet de surprise, beaucoup m’ont demandé de continuer à écrire sur le Net. ¬Selon eux, il fallait plus de sœurs sur Twitter…  », raconte-t-elle.

En 2012, elle cofonde un réseau de missionnaires du Net, baptisé iMisión, qui organise chaque année un congrès à Madrid pour «  créer des synergies  ». Le Vatican s’intéresse à eux et les met en contact avec le Réseau informatique de l’Eglise d’Amérique latine (RIIAL), qui travaille depuis 1987 à l’utilisation des nouvelles technologies dans l’évangélisation. Pour attirer l’attention de son prochain, inutile de prodiguer sermons, prêches ou extraits de l’Evangile. «  Le prosélytisme ne fonctionne pas, assure la religieuse. Il faut générer des contenus intéressants, créer une proximité, offrir de l’écoute, de l’accueil…  » A l’université catholique de Majorque, où elle est professeure en écriture journalistique, Xiskya Valladares va bientôt donner des cours de community manager, pour apprendre à faire vivre un groupe sur les réseaux sociaux.

Sur son compte Twitter, elle retweete bien sûr les messages du pape François, mais elle commente aussi l’actualité en pensant aux valeurs qu’elle veut transmettre. Et ce, qu’elle parle des réfugiés, du chômage des jeunes ou bien qu’elle poste une photo de ses genoux coincés contre le siège dans l’avion, pour s’indigner des profits à tout prix… Le plus difficile, selon elle, ce sont les «  trolls  », qui cherchent la provocation. «  Nous ne sommes pas toujours très bien reçus sur Twitter, et il faut -savoir quand couper le dialogue avec l’autre. Quand viennent les insultes, je n’hésite pas à mettre la personne “en silence”. Et si ce sont des menaces, je la bloque.  »

Pour elle, l’Eglise joue son avenir sur les réseaux ¬sociaux. «   Les églises se vident, les congrégations religieuses perdent des membres… Si on ne va pas chercher les gens, ils ne vont pas venir à nous, assure-t-elle. Le pape a dit que l’Eglise doit sortir. Nous devons aller là où sont les gens, et ils sont sur les réseaux sociaux. Il faut y transmettre les valeurs chrétiennes, les incarner, et montrer que l’Evangile défend la justice sociale et la paix à ceux qui ne le connaissent pas. Beaucoup n’auront aucun autre contact avec l’Eglise que celui-là…  » Aujourd’hui, Xiskya Valladares prépare un nouveau livre à propos de l’évangélisation sur Instagram.

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