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Nouvelle série documentaire sur Jésus et l’Islam.

mercredi 9 décembre 2015, par SIGNIS

Bruxelles, Paris, 9 décembre 2015 (SIGNIS/La Croix/Anne-Bénédicte Hoffner). En 1997, la série documentaire en douze parties Corpus Christi réalisée par Jérôme Prieur et Gérard Mordillat, avait présenté d’autres lectures de la Bible, différente de « la » traditionnelle.

En fait, la série était basée sur des réflexions et analyses théologiques et historiques sur Jésus de Nazareth par 27 chercheurs laïcs et théologiens de confessions diverses. C’était la première fois que des centaines de milliers de spectateurs suivaient des documentaires, animés par des théologiens, comme un thriller. Chaque émission était une vraie révélation. La demande pour en apprendre plus sur le début du Christianisme, Jésus, les apôtres et la Bible était tellement grande que la série d’ARTE, initialement de cinq épisodes, a été complétée de sept autres lors de sa diffusion sur la chaîne française France 5.

Alors qu’en France, et dans le monde occidental en général, une perception négative de l’Islam se propage actuellement, ARTE sort une nouvelle série documentaire, à nouveau produite par Prieur et Mordillat. Ils explorent cette fois-ci la genèse de l’Islam, à travers la figure de Jésus dans le Coran.

Cette nouvelle série sur Jésus et l’Islam se base sur plusieurs questions. Pourquoi Jésus occupe-t-il une place exceptionnelle dans le Coran ? Pourquoi le Coran affirme-t-il, dans la sourate 4, que Jésus n’a été crucifié qu’« en apparence »  ? Pourquoi le messie des chrétiens, considérés par eux comme Fils de Dieu, est-il si souvent présenté comme « fils de Marie »  ? Le prophète Mohammed était-il analphabète comme l’affirme la Tradition musulmane  ? Et comment expliquer la présence de termes issus du syriaque, de l’araméen ou même du grec dans le Coran  ?

Les auteurs enquêtent sur les origines et la genèse de l’Islam auprès de 26 chercheurs du monde entier. Pour accompagner ces programmes Arte présente sur son site web une sélection de documentaires autour de l’Islam et du Christianisme, disponibles gratuitement en streaming du 8 décembre 2015 au 7 février ici.

La journaliste Anne-Bénédicte Hoffner a publié un entretien avec P. Emmanuel Pisani, directeur de l’Institut de science et de théologie des religions de Paris et professeur d’islamologie, à propos de la série de Mordillat et Prieur dans le journal français La Croix. Pour Pisani leur série met en évidence le lien entre l’émergence de l’Islam et les disputes entre chrétiens au VIIe siècle.

A-B Hoffner  : Que penser de la méthode utilisée cette fois encore par les réalisateurs, à savoir la juxtaposition d’entretiens menés avec des spécialistes  ?

P. Emmanuel Pisani  : Le discours est construit à partir d’interviews d’orientalistes, tous reconnus. Une voix off tisse les liens entre les auteurs et problématise, mais on ne voit pas les savants débattre entre eux et argumenter. On perçoit différentes hypothèses, mais faute de formalisation explicite, l’articulation des propos est parfois difficile, surtout pour ceux qui ne sont pas familiers de la recherche contemporaine sur l’islam. Un exemple  : la série pose la question de savoir si le Coran est issu du milieu judéo-chrétien. En arrière-fond se trouve la question des influences qu’aurait connues Mohammed dans l’élaboration du texte coranique. Souligner ces influences ne revient-il pas à nier le spécifique du texte coranique  ? La problématique transparaît dans des prises de position divergentes.

A-B Hoffner  : Les chercheurs musulmans se différencient-ils, dans leur discours, des chercheurs non musulmans  ?

E. P.  : Il est remarquable de constater que le traitement de la question judéo-chrétienne ne dépend pas du tout de la foi des chercheurs. Les hypothèses se confrontent au-delà d’une position croyante.

Hoffner  : Est-il pertinent d’aborder le Coran et l’islam par le biais de Jésus  ?

E. P.  : Je le crois, pour plusieurs raisons. D’une part, Jésus, comme prophète, y occupe une place à part  : il est le seul prophète qui a été conçu sans père mais directement du souffle de Dieu. D’autre part, le Coran est constamment traversé par la question de Jésus. Mais cette question est un départ, peut-être aussi un prétexte pour présenter les recherches et avancées de la recherche scientifique sur les fondations de l’islam. Ainsi, on montre que les particularités linguistiques du Coran et l’usage de mots syriaques ou araméens cadrent mal avec l’idée que le Coran a été révélé dans un arabe clair.

A-B Hoffner : Quelle idée principale ressort  ?

E. P.  : Beaucoup de questions sont abordées, toujours passionnantes, mais au terme des sept épisodes se trouve nettement affirmée l’idée que l’islam émerge comme réponse aux querelles théologiques sur la nature divine ou humaine de Jésus. Dans le brouhaha et les disputes christologiques, le Coran semble apparaître comme une réponse théologique pour rassembler tous les croyants. L’histoire montre que son auteur n’y est pas parvenu mais expliciter et montrer cette intention n’est pas sans conséquences pour une réévaluation positive du regard que les chrétiens peuvent poser sur ce texte

Plus d’informations sur cette série ici.

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