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Cinéma - Festivals
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Festival de San Sebastian 2008 : Controverses, famille et valeurs

San Sebastian, 27 septembre 2008 (Guido Convents/SIGNIS) - Le festival international du cinéma à San Sebastian est l’événement cinématographique le plus important d’Espagne. Il a également une renommée mondiale et se classe dans la catégorie de Cannes, Venise, Berlin, Mar del Plata, etc. Le festival propose un vrai carrefour des cultures, avec l’accent sur le monde hispanophone, même si chaque année des films asiatiques s’y font également remarquer. La section compétitive contient toujours des œuvres de grands réalisateurs ou qui mettent en scène de grandes stars.

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Le portrait peu reluisant de l’Opus Dei dans "Camino" a choqué certains spectateurs

A côté de la compétition, de nombreuses sections contribuent à la découverte des meilleures œuvres de l’année - rassemblées dans la section Zabaltegi -, à la présentation des nouveaux films espagnols, basques et latino-américains et à une meilleure connaissance de l’histoire du cinéma à travers des rétrospectives. Cette année on trouvait non seulement des films de Terence Davis et de Mario Monicelli mais aussi un bon échantillon du cinéma noir japonais. Parmi les films de la rétrospective, on trouvait quelques oeuvres primées par des jurys catholiques notamment I compagni de Monicelli (Mar del Plata en 1964) et The Terence Davis Trilogy (Locarno en 1984). Il faut dire que Davies a été profondément meurtri par son éducation catholique, une éducation honnie qui semble être à la source de tous ses rejets, haines et malheurs.

Films controversés

Parmi les films qui ont suscités des réactions houleuses se trouvait Camino . Ce film espagnol de Javier Fesser est basé sur l’histoire vraie d’une jeune fille atteinte du cancer qui est confrontée au même moment à l’amour et à la mort. Décédée en 1985 à Pampelune - berceau de l’Opus Dei -, l’adolescente est actuellement en cours de béatification. Le film se plonge dans sa vie réelle et dramatique, mais aussi dans son monde fantasmé. Beaucoup de critiques renvoient à ce dernier élément pour dire que le film est une exagération dans son évocation de l’Opus Dei et détourne les faits réels. Le personnage principal est la jeune fille, Camino. Elle tombe amoureuse d’un jeune garçon que tout le monde appelle Coco mais dont le vrai nom est Jesus. Plus tard, dans son agonie, elle proclamera sans relâche son amour pour "Jesus" et le réclamera à ses côtés. Les gens pieux de son entourage (dont beaucoup font partie de l’Opus Dei) interprètent ce comportement comme l’exemple d’une foi très profonde en Dieu.

Au début du film on retrouve Camino avec sa famille ; elle est heureuse. Ses parents sont des croyants qui lui offrent une éducation religieuse. Sa mère et sa tante sont très dévouées à l’Opus Dei. Dans l’attitude du père, on voit qu’il trouve la dévotion de sa femme exagérée. Sa fille aînée a déjà rejoint un groupe de l’Opus Dei. L’histoire montre que les dirigeants de ce groupe font tout pour détacher la fille de sa famille, pourtant fervents catholiques et de sa petite sœur malade. On découvre aussi que la fille a tourné le dos au monde parce qu’elle a été déçue dans ses sentiments amoureux vis-à-vis d’un jeune homme, et que la mère a joué un rôle malhonnête dans cette relation. Ce portrait peu reluisant de l’Opus Dei a évidemment fait couler beaucoup d’encre en Espagne. Le réalisateur a souligné qu’il a voulu faire un film le plus objectif possible et proposer une radiographie fidèle de l’Opus Dei, tout en défendant le respect de la diversité d’opinions, loin du thriller Da Vinci Code qui mettait en scène un tueur fanatique de l’Opus. Ce qui est sûr c’est de nombreux spectateurs ont été émus par l’histoire de Camino mais aussi choqués de voir comment certains religieux pratiquent leur croyance. Certains accusent le réalisateur de vouloir nuire expressément l’Opus Dei et à l’Eglise catholique.

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Dans "Maman est chez le coiffeur", une famille est confrontée à la révolution sexuelle des années 60

Au moment où le Pays Basque était bouleversé par des attentats de l’ETA, le film Tiro en la Cabeza de Jaime Rosales a été programmé par le festival. Avant la projection, la direction a divulgué un communiqué dénonçant la violence de l’ETA. Le titre "Tire dans la tête" est très important pour la tension dramatique du film : Le spectateur sait que quelqu’un va mourir. Dès les premières scènes on découvre un homme, soit en plan éloigné soit en très gros plan. La caméra observe cet homme dans sa cuisine, chez des amis, rencontrant une femme avec qui il fait l’amour,... Soudain il découvre que deux hommes l’observent. C’est la police. Il dégaine son pistolet et les tue, puis s’enfuit avec ses complices. Certains spectateurs ont crié au scandale parce que le film présente des terroristes comme des êtres humains normaux. D’autres n’ont apparemment rien compris au style et au genre du film, ou n’ont pas aimé la forme. Pour encore d’autres, ce film est bon exemple du fait que les terroristes sont souvent des personnes qui vivent une vie normale, ce qui les rend encore plus dangereux. Le style narratif employé est apparemment très en vogue puisque d’autres films présentés au festival l’utilisaient.

Cinéma et famille

Le cinéma puise beaucoup de ses histoires dans la vie familiale. Aruitemo, Aruitemo (Still Walking) de Hirokazu Kore-eda est une chronique familiale qui dépeint subtilement les relations entre différentes générations. Le fils rend visite à ses parents avec sa nouvelle femme, qui est divorcée. La mère désapprouve cette relation, mais pas ouvertement. Entre elle et son mari, il y existe aussi une tension non déclarée. Alternant entre les moments dramatiques et humoristiques, le film dresse le portrait d’une famille parfaite en apparence, mais montre qu’en réalité, une telle famille n’existe pas et que ses membres se tolèrent ou s’aiment sous des formes différentes.

Maman est chez le coiffeur de la Canadienne Léa Pool est de la même veine. Le récit se situe au Canada en 1966 où une famille catholique qui nage dans le bonheur est confrontée à la révolution sexuelle qui s’annonce dans le monde occidental. C’est ainsi que la mère découvre à travers sa fille aînée que son mari a une relation homosexuelle. Elle quitte sa famille pour aller travailler à Londres. Pour sauvegarder les apparences, les enfants répondent aux questions des voisins en prétendant que leur mère est chez le coiffeur. C’est l’histoire d’un moment décisif dans l’existence de cette famille, mais aussi dans la vie de la fille aînée qui, à quinze ans, développe sa personnalité et, en l’absence de sa mère, doit faire face à de nouveaux problèmes comme une adulte.

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"La boîte de Pandore" est un film sur les valeurs familiales qui a remporté le Prix du Jury officiel

L’argentin Daniel Burman jette un regard sur un homme, un écrivain, qui est confronté à une crise personnelle (midlife crisis) au moment où sa fille adolescente sort pour la première fois toute une nuit. A la fin d’un film où le rêve occupe une grande place, il reprend sa vie, et efface ses derniers doutes qu’il avait sur sa vie d’homme marié. Le titre du film El Nidio Vacio (Le nid vide) renvoie au moment où les enfants quittent le domicile familial et où les parents se retrouvent à nouveaux seuls, face à face.

La réalisatrice turque Yesim Ustaoglu est probablement la première cinéaste de son pays à parler d’une femme atteinte d’Alzheimer et de la réaction de ses enfants et petits-enfants. Pandoranin Kutusu (La boîte de Pandore) est un film d’une grande subtilité qui dépeint aussi la Turquie moderne dans laquelle les structures familiales d’antan s’effritent. L’histoire débute quand les enfants apprennent que leur mère vivant à la campagne a été retrouvée dans les montagnes, presque morte. A la fin du film on comprend qu’elle veut mourir. La réalisatrice montre que sa présence au milieu de ses enfants renoue les liens familiaux et est aussi importante pour ses petits-enfants qui découvrent à travers elle des valeurs familiales oubliées.

Rashid Masharawi est un cinéaste palestinien. Dans Eid Milad Laila , il relate l’histoire d’une famille à Ramallah (Palestine). Le père est un juge qui a quitté son travail à l’étranger pour revenir dans son pays et aider son peuple. Mais ce pays, corrompu, ne s’intéresse pas à lui. Contre vents et marées, il garde son idéal et ne devient pas cynique. Il est ainsi estimé par tout le monde. Masharawi raconte une journée de travail de cet homme, qui est devenu chauffeur de taxi, le jour de l’anniversaire de sa fille. Après une journée chaotique et épuisante qui donne à voir différents aspects de la vie quotidienne en Palestine, le ‘juge chauffeur’ trouve encore le temps et l’inclination de fêter l’anniversaire de sa fille. Un film sur la politique actuelle en Palestine mais aussi sur un homme qui croit à la vie et à ses idéaux.

Valeurs humaines

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"Frozen River" a remporté le Prix SIGNIS

Le prix SIGNIS a été attribué à Frozen River , un film américain de Courtney Hunt. Il met à nouveau l’accent sur la famille à un moment de crise. Une jeune femme, Ray, rêve de vivre avec son mari et ses enfants dans une belle maison, mais ce rêve s’évapore au moment où le mari la quitte en emportant leur argent. Pour gagner sa vie, elle se lance alors dans le trafic des êtres humains en compagnie d’une jeune femme indienne (Mohawk), Lila. Le film va plus loin que le thème de l’immigration, pour aborder la notion de "l’autre" à travers la confrontation entre la femme blanche et la femme indienne, la rencontre avec la culture des migrants (musulmans), ou la question de la loi et de la justice. La loi des blancs est différente de la loi indienne. Pour cette dernière, les frontières entre les Etats-Unis et le Canada n’existent pas. Au fur et à mesure, la relation entre les deux femmes évolue. Ray utilise d’abord Lila pour arriver à ses fins ; à la fin du film, elle se sacrifie pour elle. Enfin le film touche aussi au thème de la maternité en mettant en scène des femmes avec peu de moyens qui veulent une meilleure situation pour leurs enfants, mais qui se heurtent aux obstacles que la société dresse contre elles.

Aide à la postproduction des films en Afrique et en Amérique Latine

Depuis plusieurs années, SIGNIS participe à San Sebastian aux ateliers professionnels Cine en Construcción et, plus récemment, Cine en Movimiento. Cette participation témoigne de l’importance accordée par SIGNIS à la découverte de nouveaux talents dans le monde du cinéma du Sud. SIGNIS collabore depuis de nombreuses années à Cine en Construcción, concours pour la postproduction des films d’Amérique latine co-organisé par les festivals de San Sebastian et Toulouse. Ses contacts dans le cinéma africain permettent aussi d’aider à la diffusion certains films de la section Cine en Movimiento (concours pour la postproduction de films africains).

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"La Nana" participait à la section "Cine en Construcción"

Dans le cadre de Cine en Movimiento, trois des quatre films présentés ont reçu des prix à la postproduction : Le temps des Camarades de Mohamed Chriftribak (Maroc), Chou Sar ? de De Gaulle Eid (Liban/France/Palestine) et Pomegranates and Myrrh , de la Palestinienne Najwa Najjar. Le premier parle d’un moment clé dans la société marocaine, l’arrivée du fondamentalisme dans les universités du pays au début des années 90. C’est l’un des premiers films qui traite de cette problématique et explique en partie la situation actuelle. Le deuxième film parle de l’assassinat de la famille du cinéaste au Liban en 1980. Le réalisateur, un survivant du massacre, qui vit maintenant en Corse avec ses proches a été tourmenté par des questions sans réponses : pourquoi ces atrocités souvent commises par des voisins dans le même village ? Ces interrogations le poussent à revenir dans ce village d’Edbel où les voisins qui ont massacré sa famille vivent actuellement en paix. Ils sont en effet protégés par l’amnistie générale de 1993, effaçant tous les crimes perpétrés durant la guerre civile libanaise. Ce n’est pas un film de vengeance mais une quête pour la compréhension. Un film courageux, qui mérite d’être terminé et diffusé sur les écrans du monde. Pomegranates and Myrrh est l’oeuvre d’une jeune réalisatrice palestinienne qui vit à Ramallah. Son film parle d’une danseuse, une femme libre qui est mariée avec un homme emprisonné. Elle essaie de faire sa vie, emportée par son désir de danser et de renverser les tabous sociaux et familiaux autour de son rôle de femme de prisonnier, au moment où l’occupation israélienne fait rage.

Dans la section Cine en Construcción, le film chilien La Nana de Sebastian Silva a laissé une très bonne impression. Cette histoire d’une domestique, aigre et introvertie, travaillant chez une famille de la haute société mérite d’être vue par le grand public. Signe des temps, de plus en plus de films d’Amérique centrale participent à Cine en Construcción. L’année passée, le film costaricain El Rey del Cha Cha avait reçu le Prix SIGNIS-Cine en Construction et cette année, le Nicaragua était présent avec le film La Yuma de Florence Jaugey. La Yuma s’intéresse à une femme qui veut devenir "boxeur" pour échapper à la pauvreté et à la violence de son quartier. Le prix à la postproduction de cette section a été décerné au film mexicain Norteado de Rigoberto Perezcano, qui traite de manière impressionnante le phénomène de l’immigration entre le Mexique et les Etats-Unis.

SIGNIS

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