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Cinéma - Critiques
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  352. Le mariage de Tuya
  353. La môme
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  355. Agua
  356. La Nativité
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  360. Indigènes
  361. Buenos Aires 1977 (Crónica de una Fuga)
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  363. C.R.A.Z.Y.

Hunger

(de Steve McQueen, Royaume-Uni, 2008, sélection Festival de Cannes 2008, Un Certain Regard, prix de la Caméra d’Or)

Lyon, 26 novembre 2008 (Magali Van Reeth) - A travers le destin de Bobby Sands et l’évocation des combats en Irlande du Nord, un film qui utilise avec talent le cinéma pour dire la souffrance et la lutte jusque dans la chair.

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"Le corps comme champ de bataille politique."

Ce film est un premier long métrage mais il n’est pas pour autant l’œuvre d’un tout jeune homme. Pas plus qu’il n’y a de rapport entre le célèbre acteur américain et ce réalisateur britannique ! Steve McQueen est un peintre reconnu qui a beaucoup exploré le thème de la guerre, ce qui lui vaut aujourd’hui le titre honorifique d’ "artiste de guerre". Mais ce premier essai au cinéma est une étonnante réussite. Etonnante parce que le sujet et le traitement du film sont extrêmement éprouvants pour le spectateur moyen mais que le côté créatif de l’œuvre est indéniable.

L’action se passe en Irlande du nord au début des années 1980, lorsque les militants incarcérés de l’Armée révolutionnaire irlandaise revendiquent le statut de prisonniers politiques. Pour faire pression sur le gouvernement de madame Thatcher (dont on entend la voix à plusieurs reprises dans le film), ils font grève de l’hygiène et de l’habillement. Refusant de porter des vêtements pénitentiaires, ils restent nus sous une couverture. Refusant tout hygiène, leurs cellules sont dans un état épouvantable. Et parce que cela ne suffit pas, leur mouvement décide de passer à la grève de la faim et Bobby Sands mourra le premier après 66 jours sans alimentation.

Hunger est découpé en trois parties. Dans la première, presque sans parole, on découvre la violence engendrée par ces prises de positions extrêmes. Violence carcérale ordinaire mais aussi ce qu’impose de vivre dans les détritus, les vers, les poux, les excréments et la nudité permanente. Puis la deuxième partie est un moment extraordinaire de cinéma, un long plan fixe de 22 minutes où deux acteurs se font face dans un parloir et discutent de cet engagement extrême. Un militant passionné et irréductible, Bobby Sands, et un prêtre catholique, proche des milieux contestataires irlandais mais essayant d’apaiser cette violence meurtrière. En direct, la discussion se déroule sous nos yeux, chacun exposant ses arguments et le réalisateur donnant aux spectateurs l’espace nécessaire où il pourra lui-même trouver des repères pour son propre cheminement. Steve McQueen : Au départ, je ne voulais aucun dialogue, je voulais qu’on ressente l’atmosphère qui régnait là-bas à cette époque. Et puis, je me suis dit qu’après ce long moment sans dialogue, il faudrait une avalanche de dialogues. Un affrontement, un débat, un peu comme une finale haletante de Wimbledon entre Jimmy Connors et John McEnroe ou un duel Frazer-Ali. Dans Hunger cela correspond à la scène entre Bobby Sands et le prêtre. Certains pensent que Bobby avait tort (c’était un terroriste) et d’autres estiment qu’il avait raison (c’était un martyr) et je voulais que le spectateur puisse peser le pour et le contre." Enfin, la troisième partie, à nouveau presque sans dialogue, est la lente agonie de Bobby Sands.

Au delà du sujet lui-même, Steve McQueen fait entrer au cinéma un univers carcéral et un engagement politique qui est avant tout celui du corps, avec tout ce qu’il produit (sang, larmes, pus, excréments, salive), la chair comme arme de combat : "La conception du corps comme champ de bataille politique est une notion des plus actuelles. Il s’agit de l’acte de désespoir ultime car le corps humain est la dernière ressource de la contestation. On utilise ce qu’on a à sa disposition, pour le meilleur et pour le pire."

A travers ce film, Steve McQueen avait surtout envie de parler de son pays, la Grande-Bretagne : "J’ai fait des films au Congo, je suis allé en Irak, j’y étais en tant qu’ "artiste de guerre" mais ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe tout près de chez moi. Nous avons réalisé un film de réflexion qui parle de nos choix et de notre passé, de notre regard sur nous-mêmes en tant que nation, de ce que nous avons fait. Du coup, j’espère que les discussions qui suivront la projection du film porteront sur notre identité."

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Le réalisateur Steve McQueen

Hunger est un film marquant de part ses qualités artistiques mais aussi par la force et la violence de son sujet. Distingué lors du dernier Festival de Cannes par le prix de la Caméra d’or qui récompense le meilleur premier film, toutes sélections confondues, il est interdit aux moins de 12 ans et n’est pas recommandé aux personnes sensibles.

Magali Van Reeth

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