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Cinéma - Critiques
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  349. Delirious
  350. Persepolis
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  352. Jesus Camp
  353. Golden Door
  354. Le mariage de Tuya
  355. La môme
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  357. Agua
  358. La Nativité
  359. The Road to Guantanamo
  360. Le vent se lève
  361. Ô Jerusalem
  362. Indigènes
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  365. C.R.A.Z.Y.

Puisque nous sommes nés

(de Jean-Pierre Duret et Andréa Santana, France, 2008. Documentaire. Festival de Venise 2008, section Horizons)

Lyon, 4 février 2009 (Magali Van Reeth) - Un documentaire au ton inhabituel, où la caméra se fait oublier pour donner un portrait juste et touchant de deux jeunes adolescents habitant le Nordeste brésilien.

(JPEG)
"Je n’ai rien, je n’ai que ma vie".

Puisque nous sommes nés est un documentaire étonnant tant par sa forme que par son propos. Le titre annonce non seulement une exigence de qualité mais aussi le souci de questionner le sens d’une vie humaine. Les réalisateurs, Jean-Pierre Duret et Andréa Santana se placent différemment dans la cohorte des documentaires dénonçant les failles de notre monde contemporain. Puisque nous sommes nés est le fruit de leur collaboration - il est français, elle est brésilienne - sur la vie de deux jeunes adolescents dans le Nordeste du Brésil, une région très pauvre aux paysages arides. L’image est soignée et la bande son est un des personnages du film tant elle retransmet une part importante de la réalité du lieu. Dès la première scène où on voit de jeunes enfants jouant au bord de l’autoroute, dans le vrombissement incessant et puissant des camions, le spectateur sent qu’il va vivre quelque chose de nouveau, de saisissant. Nego et Cocada sont pauvres, leurs parents sont débordés, morts ou absents. Comme tous les ados du monde, ils vont traîner hors de chez eux et rêver d’un avenir qui ne peut être que meilleur. Attirés par la station service de l’autoroute comme des insectes par la lumière des lampadaires, ils passent des heures à essayer de grappiller un reste de repas gratuit, d’approcher les camionneurs et leurs fabuleuses machines ou de décrocher un petit boulot. Frôlement de deux mondes filmé comme une chorégraphie contemporaine.

Pour les réalisateurs, Jean-Pierre Duret et Andréa Santana, ce film n’est pas le portrait misérabiliste ou angélique de la pauvreté et de la violence au Brésil. En revanche, "il nous raconte une histoire universelle, celle de deux enfants qui cherchent à trouver leur place dans un monde d’adultes. Ils savent que là où ils sont nés, il n’y a pas d’avenir possible. Cette quête d’identité a pour décor le Brésil déshérité du Nordeste, mais elle pourrait se situer partout ailleurs, dans n’importe quel pays. Ce qui est surprenant et touchant chez Nego et Cocada, c’est l’énergie qu’ils mettent à échapper à leur destin. Ils veulent savoir ce qu’ils sont et faire quelque chose de leur vie." Et c’est là où le film est remarquable. Construit sans voix off, sans explication, comme si la caméra était devenue invisible, il révèle la personnalité profonde des protagonistes, les rêves de Nego et Cocada, leur lucidité si incroyable qu’elle fait mal à entendre. Entre eux, ils parlent comme on a rarement entendu des jeunes parler devant une caméra, sans jouer, avec une touchante sincérité, comme si nous n’existions pas. Les réalisateurs parlent joliment de leur film comme "un film à l’affût, un film de guetteur". "Nous sommes là, à deux, nous ne faisons jamais d’interview. La caméra voudrait elle aussi chausser ses semelles de vent et ne jamais rien prouver mais éprouver, ne jamais s’arrêter de ressentir en fouillant les visages, en scrutant les yeux, comme dans les westerns de Sergio Leone. La preuve de confiance est dans cette intimité où ils s’abandonnent parfois. Ce qui bouillonne en eux est l’empreinte d’une humanité qui nous est commune, qui nous relie à eux, qui nous est indispensable. Cris de colère, klaxons, appels modulés des chevriers, sabots des chevaux, beuglements des camions, des animaux, respiration bruyante et arythmique d’une vache malade, babil du dernier-né dans les bras de sa mère, mots saturés des hauts parleurs, le son, lui aussi, joue sa partition en profondeur. Les lieux sont habités et partagés par les hommes et les bêtes, au sein d’un même univers où chacun se débrouille comme il peut. Le hors champ sonore dit déjà l’essentiel et nous aide à démultiplier toutes ces sensations, trop nombreuses pour que le cadre limité de la caméra puisse les contenir."(JPEG)

Le résultat de ces 6 mois de tournage, dans la station-service et ses abords est un film merveilleux et dur à la fois. Dans le quotidien de Nego, Cocada et de leurs voisins, on partage leur désespoir, on ressent leur souffrance mais avec eux, on est prêt à rêver à l’avenir, lorsque un beau camion bleu nous emportera au bout du monde et peut être même plus loin encore. Puisque nous sommes nés célèbre le destin unique de chaque enfant et redonne à la vie tout son sens. Même chahutée par la misère et vêtue des maillots de football de joueurs aux salaires indécents, la vie de Nego ou de Cocada devient inestimable par ces mots qu’ils nous donnent, par cette dignité que le film leur accorde. Ils s’interrogent sur le sens de leur vie, la douleur du deuil, la faim qui les tenaille souvent mais aussi sur ce qui est bien et sur ce qui est mal. Belle leçon d’espérance et de foi dans la vie pour nous qui en manquons si souvent !

(JPEG)
"Là où ils sont nés, il n’y a pas d’avenir possible."

Ce film est aussi soutenu par Rcf, le réseau des radios chrétiennes francophones.

Magali Van Reeth

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