- 4ème Festival du film du diocèse de Lille
- "À films ouverts" : Le Festival qui explore la diversité
- Il vit et il crut : Semaine chrétienne du cinéma à Saint-Lô
- ... Souriez, je vous prie.
- Festival de Cottbus 2012 : "Dans la brume", l’existence entachée par la culpabilité
- Lumières d’Afrique à Besançon
- Festival de Cannes 2012 : Grands maîtres et jeune génération
- Jury œcuménique au Festival de Cannes
- 3ème Festival du film du diocèse de Lille
- Ah ! La famille...
- A Films Ouverts 2012, festival pour l’interculturalité contre le racisme
- Aimer... au Festival chrétien du cinéma de Montpellier
- "Miracle" à San Sebastian 2011
- Karlovy Vary 2011 : Première conférence sur la spiritualité et le cinéma
- Festival du film d’Erevan 2011 : Goûter à "l’Abricot d’or"
- Las Palmas 2011 : Fragments d’un monde indéchiffrable
- Etre et agir
- Cinéma et réconciliation
- 6ème édition du festival contre le racisme "A Films Ouverts"
- Là où est ton trésor...
- 11ème Festival Cinéma Méditerranéen de Bruxelles
- 10ème édition du festival Lumières d’Afrique
- L’Apocalypse au coeur du festival Cinespi 2010
- Annecy, le 50ème
- EcranApart 2010 à Luxembourg : "Not just Music !"
- Festival de Las Palmas 2010 : "La Donation" et "Lola" récompensés
- Le Jury oecuménique de Cannes annoncé
- Cinéma et réconciliation
- ’A Film Ouverts’ : Le Festival qui explore la diversité
- Farj 2010 : Un jury interreligieux à Téhéran
- Montpellier, 13ème Festival chrétien du cinéma
- Le retour du documentaire africain à Dok Leipzig 2009
- Religion Today 2009 : Festival international de cinéma et religion
- La vie en temps de guerre ou miracle à Venise 2009
- Cannes 2009 : Le grand bal des célébrités
- Kaléidoscope : premier festival chrétien du film court francophone à Poitiers
- 7ème édition du festival EcranApart : "Les femmes, artisanes de la paix et du vivre ensemble"
- Festival de Toulouse 2009, l’année de l’Argentine
- Festival du Film Contre le Racisme 2009 : Le cinéma comme vecteur du dialogue interculturel
- Radu Mihaileanu présidera le Jury oecuménique 2009 à Cannes
- Berlin 2009 : Le cinéma a encore des choses à dire
- 12ème Festival chrétien du cinéma à Montpellier
- Amiens 2008 : Un festival avec des traits d’humanité qui rapprochent le Nord et "les" Sud
- Festival de San Sebastian 2008 : Controverses, famille et valeurs
- Festival Dockanema à Maputo : cinéma documentaire et mémoire
- OCIC/SIGNIS : Soixante ans à Venise
- Festival chrétien de cinéma en Alsace
- Karlovy Vary 2008 : Les femmes au premier plan
- 2ème Festival Iñigo pour les jeunes cinéastes aux JMJ 2008
- Picha : Un nouvel élan pour le cinéma au Congo
- Religion Today 2008 et SIGNIS : le cinéma au service du dialogue entre les religions
- Le Jury oecuménique au Festival de Cannes annoncé
- Festival international Cinéastes & Spiritualité (Cinespi) à Louvain-la-Neuve
- Festival des droits de l’homme : "Sensibiliser à la nécessité du combat pour les droits humains"
- 6ème édition de EcranApart sur le thème "Grandir en Afrique"
- 2ème Festival du court métrage Inigo : appel à projets
- Facing Children donne une place aux enfants dans le cinéma
- Un festival pour la paix dans une zone de guerre : Le SKIFF à Goma (RDC)
- Deuxième édition du festival ‘Facing Children’ en Roumanie
- "Religion Today" 2007, le festival du cinéma interreligieux
- 55ème édition du Festival de la Centrale Catholique de cinéma au Caire
- Douzième édition du Festival du film africain à Leuven
- La face humaine de la mort à l’écran : Cinéma et spiritualité à la Berlinale 2007
- 10ème Festival cinéma et spiritualité "Tertio Millenio"
- Festroia 2006 : la touche humaine dans le cinéma
- Festival de Hong Kong 2006 : Regards sur l’injustice social
Cannes 2009 : Le grand bal des célébrités
Montréal, 15 juin 2009 (Claudette Lambert) - Chaque année, des milliers de personnes convergent vers Cannes avec fébrilité pour assister au plus prestigieux festival de cinéma du monde, pour ce grand bal des célébrités. Chaque soir, des centaines de curieux se massent aux abords de la grande allée où de luxueuses limousines déposent sur le tapis rouge les grandes stars du cinéma, venues de partout pour gravir les marches de la gloire. Journalistes, photographes et "vendeurs du temple" profitent de cette manne qui passe en robe somptueuse et bel habit noir.
Pour nous cependant, membres du Jury œcuménique, c’est dans la percée lumineuse qui s’ouvre dans les salles de projection que se déroule le véritable festival. C’est là que se joue la partie, que la vie s’arrête pendant une dizaine de jours et que le monde s’anime sur grand écran. Nous retenons notre souffle, le spectacle peut commencer.
Une sélection officielle marquée par des images d’une violence inouïe
Le film Kinatay du cinéaste Brillante Mendoza des Philippines nous a plongés dans l’angoisse avec une efficacité redoutable. Pendant un interminable trajet de nuit dans les rues de Manille, nous accompagnons un jeune étudiant en criminologie, recruté par son ancien camarade de classe pour travailler au service d’un gang local. Une mission spéciale qui le conduira aux limites de lui-même. Les images floues et sombres filmées par une caméra en mouvement suggèrent plus qu’elles ne révèlent. Au début du moins. Mais nous finissons par comprendre que le pire nous attend. Ce jeune homme est désormais piégé ; il a perdu pour toujours son innocence. Kinatay a remporté le prix de la meilleure mise en scène.
Un prophète , de Jacques Audiard, nous présente aussi un tout jeune homme de 19 ans, Malik, condamé à six ans de prison. Un personnage en quête d’amour et de reconnaissance qui aurait pu réintégrer la société s’il avait rencontré les bonnes personnes au bon moment. Malheureusement, il tombe sous la coupe d’un groupe de prisonniers corses qui fait régner sa loi dans la prison. Il apprend vite. Au fil des missions, il s’endurcit et gagne la confiance des Corses, mais l’étau se resserre sur lui. Ce film où la violence n’est pas gratuite, mais dictée par la culture du milieu carcéral, a reçu le Grand Prix du Festival de Cannes 2009. Il nous rappelle que la frontière est bien mince entre l’amour et la vengeance. Une fois engagé dans le cercle du mal, on n’en sort plus.
Antichrist de Lars Von Trier a provoqué beaucoup de réactions. Il met en scène un couple en deuil qui se retire à Eden, un chalet isolé en forêt, où ils tentent de réparer leur cœur brisé et leur mariage en difficulté. Mais les choses ne font qu’empirer et la douleur qui les habite les pousse à la destruction. Folie ? Misogynie ? La femme est-elle encore et toujours la source du mal ? Faut-il la brûler sur le bûcher pour sauver le monde ? Le message du film est ambigu. Certaines images de mutilations physiques sont tellement insupportables qu’on souhaite les effacer de notre mémoire pour toujours. Surtout si on est une femme ! Charlotte Gainsbourg a cependant donné à cette mère qui sombre dans la folie une intensité rare qui lui a valu le prix de l’interprétation féminine.
Succès populaire assuré
Inglourious Basterds de Quentin Tarantino connaîtra sans doute beaucoup de succès auprès d’un large public. Tous les ingrédients sont réunis. Cette épique mission d’espionnage visant à éliminer les hauts dignitaires du Troisième Reich commence par une scène de trahison émouvante, admirablement filmée. Mais le lieutenant Aldo Rane (Brad Pitt) et le colonel Hans Landa (Chrisoph Waltz) nous entraînent rapidement dans une escalade de violence alors que de tous les côtés, on torture et tue sans scrupule. Parfois avec humour, toujours avec cruauté. Mais c’est la guerre, et tout semble permis... Le cinéma a ce pouvoir de perturber notre jugement et de modifier notre seuil de tolérance au mal. La légèreté avec laquelle sont commis certains crimes banalise la tragédie de la guerre. Cela dit, ce film vaut le détour ne serait-ce que pour la performance de Christoph Waltz qui a reçu le prix de l’interprétation masculine pour son jeu absolument remarquable !
Taking Woodstock de Ang Lee nous fait pénétrer dans les coulisses de l’événement qui a changé le monde en 69. Un rendez-vous manqué avec ce mémorable festival ? Pas vraiment puisque le réalisateur a délibérément choisi de nous garder à la lisière du spectacle pour mieux recréer visuellement la philosophie de l’époque et décrire le contexte dans lequel ce mouvement de masse a pris forme ainsi que l’esprit des divers groupes qui l’ont nourri. Embarqués dans les préparatifs de Woodstock, Elliot Tiber et ses parents juifs immigrés se remettent en question. Au-delà de l’aspect comique du film, le réalisateur offre à une nouvelle génération l’histoire d’une libération et de l’explosion d’un sentiment d’espoir qui a mis en route des milliers de jeunes portés par un enthousiasme à déplacer des montagnes. Il explore la famille et les rapports entre générations. Étonnamment, c’est Vilma, une créature complexe, un travesti affecté à la sécurité du motel El Monaco, qui deviendra la figure libératrice permettant à Elliot d’accepter son identité gay et d’établir un véritable lien avec son père. Pendant ces trois jours de paix et de musique, le monde aura changé.
Personnages en quête d’eux-mêmes
Looking for Eric de Ken Loach, avec la participation d’Eric Cantona, a reçu le Prix du Jury œcuménique pour "sa grande qualité artistique et son approche humoristique, optimiste et humaniste de la société contemporaine en pleines crises". Un postier de Manchester traverse une mauvaise passe. Ses collègues font tout pour lui redonner le sourire, mais rien n’y fait. Un soir, il s’adresse à son idole, Eric Cantona, qui, du poster sur le mur de sa chambre, semble l’observer avec un œil malicieux. "Ce film exalte des valeurs mises à mal de nos jours comme l’amitié, la solidarité, le sens de la famille, le dialogue..." Il nous laisse le goût du bonheur et de la complicité qui ouvre les impasses et dénoue les situations figées.
Fish Tank d’Andréa Arnold trace le portrait d’une adolescente délinquante, audacieuse, pour qui la danse est un exutoire. Elle y découvre une façon de s’exprimer, un rapport différent au monde et à son corps. Trahie par ses amis, par sa mère qui n’a pas plus de maturité qu’elle, et par son beau-père qui pourtant semble comprendre son langage, elle est piégée de toutes parts. Malgré tout, elle trouvera une issue pour grandir. Le talent de cette jeune comédienne sans expérience nous a tous éblouis. Avec subtilité, elle rend crédible un personnage attachant, complexe et plein de contradictions.
Et finalement, ce joli petit film dont on n’a pas beaucoup parlé, À l’origine , de Xavier Giannoli, raconte l’histoire d’un escroc si sympathique qu’on a du mal à le juger. Il réussit à se faire passer pour un chef de chantier responsable de la construction d’un tronçon d’autoroute. Rien de moins ! Jusqu’où ira-t-il pour sauver ses victimes et se sauver lui-même de son mensonge ? Amusante histoire tirée d’un fait divers qui a sans doute été un véritable cauchemar pour des dizaines d’ouvriers.
Quelques déceptions
Les herbes folles d’Alain Renais nous a un peu laissés sur notre appétit malgré le charme irrésistible de Sabine Azéma et la finesse qui pétille dans son regard. Le Festival de Cannes a rendu cette année un hommage à Monsieur Renais qui a donné au cinéma de véritables chefs-d’œuvre.
Étreintes brisées d’Almodovar n’aura sans doute pas comblé les attentes créées par son autre film, Volver . Pénélope Cruz, plutôt séduisante, ne nous convainc pas toujours de sa passion dévorante. Les histoires s’emboîtent comme des poupées russes, mais les détours sont, la plupart du temps, prévisibles. Ce film nous réserve pourtant des moments délicieux et quelques images d’une beauté formelle éblouissante.
À voir et à revoir...
Le ruban blanc de Michael Haneke nous a fait vivre un grand moment de cinéma. L’histoire se passe dans un village de l’Allemagne du Nord protestante, à la veille de la Première Guerre mondiale. Le pasteur, le médecin, le baron, l’instituteur, des paysans et de nombreux enfants vivent dans cette petite communauté où tout semble tranquille. Pourtant, d’étranges accidents surviennent et prennent peu à peu le caractère d’un rituel punitif. Qui se cache derrière tout cela ? Ce film a reçu non seulement la Palme d’or, mais le Jury œcuménique lui a également décerné une Mention spéciale en ces termes : "Cette œuvre profonde, d’une magnifique rigueur formelle et cinématographique, nous a tous bouleversés en nous incitant à la plus grande vigilance devant les symptômes de notre violence personnelle qui creuse aussi le lit de la violence sociale et politique". Certainement à voir et à revoir !
Grand séducteur, miroir déformant mais combien révélateur, le cinéma, avec ce langage qui lui est propre, s’infiltre en nous et souvent nous aveugle. Il parle de l’être humain et des sociétés qui l’engendrent. Il parle aussi de nos doutes, de nos peurs, de nos lâchetés, de nos grandeurs. Il nous questionne inlassablement et de manière intransigeante. Il dérange nos repères les plus sûrs, les plus profonds. Voilà pourquoi "l’équipe" du Jury œcuménique a été si précieuse. Ensemble, il nous a été plus facile d’affiner notre regard. Un travail honnête, patient et courageux nous a aidés à saisir la vie qui palpite entre l’ombre et la lumière.
Claudette Lambert Chargée de projet pour Communications et Société, Montréal Membre du Jury œcuménique, Cannes 2009






