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Cinéma - Critiques
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  71. Le Grand soir
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  166. Le Dernier voyage de Tanya
  167. Le Président
  168. Home for Christmas
  169. Le Secret de Chanda
  170. Mon Pote
  171. Un mois de cinéma (Novembre 2010)
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  174. Potiche
  175. Nostalgie de la lumière
  176. La Princesse de Montpensier
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  178. La Vénus noire
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  180. Amenez les enfants au cinéma !
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  236. Micmacs à tire-larigot
  237. Le Ruban blanc
  238. Mademoiselle Chambon
  239. Mères et filles
  240. Mary et Max
  241. L’Affaire Farewell
  242. London River
  243. L’Armée du crime
  244. A propos d’Elly
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  246. Un Prophète
  247. Le Temps qu’il reste
  248. La Camara oscura
  249. Là-haut
  250. Adieu Gary
  251. Après l’océan
  252. Le Hérisson
  253. Whatever Works
  254. Fais-moi plaisir !
  255. Amerikka
  256. Jaffa
  257. Looking for Eric
  258. Etreintes brisées
  259. Anges et démons
  260. La Femme sans tête
  261. Soeur Sourire
  262. Still Walking
  263. Adoration
  264. Un été italien
  265. Ne me libérez pas... je m’en charge
  266. Tokyo Sonata
  267. Chrigu, chronique d’une vie éclairée
  268. Welcome
  269. Bellamy
  270. Boy A
  271. Brendan et le secret de Kells
  272. Puisque nous sommes nés
  273. Pour un instant, la liberté
  274. Walkyrie
  275. Slumdog millionaire
  276. Les Trois singes
  277. Frozen River
  278. Il Divo
  279. Louise-Michel
  280. Les plages d’Agnès
  281. Mascarades
  282. Mia et le Migou
  283. Hunger
  284. Aide toi, le ciel t’aidera
  285. Musée haut, musée bas
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  292. Premières neiges
  293. Entre les murs
  294. C’est dur d’être aimé par des cons
  295. Dans la ville de Sylvia
  296. Cherry Blossoms
  297. Comme les autres
  298. Be Happy
  299. La famille, de retour dans le cinéma français
  300. Versailles
  301. Un millier d’années de bonnes prières
  302. Le premier jour du reste de ta vie
  303. Lake Tahoe
  304. Le bruit des gens autour
  305. Les sept jours
  306. Valse avec Bachir
  307. Phénomènes
  308. La soledad
  309. Un conte de Noël
  310. Et puis les touristes
  311. Des temps et des vents
  312. Deux jours à tuer
  313. Les citronniers
  314. In Memoria di me
  315. Désengagement
  316. Lady Jane
  317. Disco
  318. La Zona, propriété privée
  319. Dans la vie
  320. Il y a longtemps que je t’aime
  321. Les toilettes du pape
  322. L’heure d’été
  323. Algérie, histoires à ne pas dire
  324. Le cahier
  325. Paris
  326. La jeune fille et les loups
  327. Juno
  328. Le Bannissement
  329. Elle s’appelle Sabine
  330. Promets-moi
  331. Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme
  332. 4 minutes
  333. L’île
  334. It’s a free World
  335. XXY
  336. La visite de la fanfare
  337. La graine et le mulet
  338. Le renard et l’enfant
  339. Le Chaos
  340. "La boussole d’or" : communiqué officiel de SIGNIS
  341. Dans la vallée d’Elah
  342. Lumière silencieuse
  343. My Blueberry Nights
  344. Les toits de Paris
  345. De l’autre côté
  346. Secret Sunshine
  347. L’ennemi intime
  348. 4 mois, 3 semaines et 2 jours
  349. Ben X
  350. Harry Potter et l’ordre du Phénix
  351. Delirious
  352. Persepolis
  353. Still life
  354. Jesus Camp
  355. Golden Door
  356. Le mariage de Tuya
  357. La môme
  358. Le grand silence
  359. Agua
  360. La Nativité
  361. The Road to Guantanamo
  362. Le vent se lève
  363. Ô Jerusalem
  364. Indigènes
  365. Buenos Aires 1977 (Crónica de una Fuga)
  366. Le destin (El destino)
  367. C.R.A.Z.Y.

Théorème

(de Pier Paolo Pasolini, Italie, 1968. Prix de l’Ocic et prix d’interprétation féminine à la Mostra de Venise 1968.)

Lyon, 27 janvier 2010 (Magali Van Reeth) - Plus de 40 ans après une sortie tumultueuse à la Mostra de Venise, ce chef-d’œuvre de Pasolini pose encore avec acuité la question du sacré et du mystère, au cinéma comme dans la vie.

(JPEG) Film déroutant où un étrange jeune homme sème un trouble profond - et sexuel - dans une famille de la grande bourgeoisie industrielle de Milan. Pasolini, le réalisateur, dit que ce visiteur, annoncé par un facteur au prénom d’ange, est Dieu. Un Dieu qui trouble physiquement tous les membres de cette famille et les transforme durablement. Trouble né d’un désir physique intense pour ce jeune homme si beau, au regard bleu et calme, au sourire lumineux. Il porte des vêtements clairs, ne parle pas mais sait apaiser les désirs physiques les plus inexplicables. Un être aimable et désirable dont le départ laisse dévastés tous ceux qui l’ont touché.

Ecrivain, poète et réalisateur, Pasolini pousse avec Théorème le cinéma dans les terres de l’art abstrait. Le début du film est une suite de scènes, sans lien narratif apparent entre elles et de formes et d’ambiances tout à fait différentes (et chacune remarquable), annonçant ainsi dès le début que ça ne va pas être facile ni pour les personnages, ni pour les spectateurs... Réalisant ainsi une belle communion de part et d’autre de l’écran de sorte que, lorsque le visiteur annonce son départ au milieu du film, nous sommes nous aussi interloqués et déçus. Comment remplir ce vide ?

Il y a de nombreuses références religieuses dans Théorème. Il y a surtout de la provocation à ne parler de désir que dans sa dimension sexuelle, de dépouillement que dans sa dimension politique, de création artistique que dans sa dimension schizophrène. Provocation qui porte la marque d’une époque : le film sort en septembre 1968 et les idées neuves de mai 68, tout comme les coupes de pantalon et de cheveux, sont fortement datées.

(JPEG)
"Ce qui heurte, c’est la transgression, ce mélange entre le divin et l’abject."

Le film a beaucoup choqué à sa sortie, malgré le prix de l’Ocic (Office catholique international du cinéma, ancêtre de Signis), et s’il est encore interdit aux moins de 16 ans, les scènes qui peuvent gêner sont plus suggestives que démonstratives. Elles paraîtront même très pudiques au regard de ce que la télévision a montré depuis. Lorsque deux corps succombent au désir, la caméra regarde ailleurs. La sensualité, la luxure et la passion sont évoquées autrement qu’avec un déballage de nudité. On reste surpris de voir le personnage de la mère se relever d’une partie de jambes en l’air dans un fossé de campagne sans le moindre désordre à sa permanente et sans un accroc à la mousseline de soie de son tailleur couture. Et si finalement, on voit un sein, c’est très brièvement. Ce qui heurte encore, c’est la transgression, ce mélange entre le divin et l’abject.

Ne me touche pas ! dit le Christ à celles qui s’approchent de lui, incrédules, le jour de sa résurrection. Ici, tous les personnages brûlent d’un désir fou d’être touché par cet être mystérieux, par son regard, sa main, sa bouche, son corps et sa lumière. Ils seront tous dévastés d’avoir été touchés puis privés de cette sensation. Le bouleversement, le vide qui les saisit alors est inouï. Emmuré dans la folie, enterré vivant, artiste maudit ou hurlant dans le vide du désert, tous quittent le cours ordinaire de leur vie. Ce renoncement, à la limite de la folie, est tout aussi inexpliqué et incompréhensible que l’attirance première, la violence du désir. En proie à une fièvre (d’amour ?), ils s’élèvent au-dessus des habitations, se jettent dans les tentations de la chair, se déshabillent dans le hall de la gare de Milan sous le regard indifférent des passants.

(JPEG)
"Les interprétations sont multiples."

40 ans plus tard, Théorème ne choque sans doute plus grand monde mais déroute toujours le spectateur. Comment déchiffrer ce flot d’images où, sous une technique parfaitement maîtrisée, souffle une liberté, une création peu ordinaire, même aujourd’hui ? On sent un foisonnement artistique dont on ne comprend pas toutes les subtilités. De même, si les références religieuses sont évidentes, elles restent énigmatiques. Les questions nous assaillent, les interprétations sont multiples.

Le film, qui ne ressemble à aucun autre, porte en lui un immense désir de toucher l’Homme et sa capacité à questionner le sens de la vie. Le sacré côtoie le monstrueux, le politique et le religieux se heurtent aux besoins fondamentaux de l’être humain. Théorème nous dépasse, comme nous dépasse le mystère divin et artistique.

Magali Van Reeth

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