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Jean Debongnie (1914-2010) : l’ami du film est mort

Bruxelles, 25 février 2010 (Jean Marie Delsaute/Guido Convents) - Ancien directeur des Amis du Film et de la Télévision, collaborateur du CCAC (membre de l’OCIC en Belgique), critique de cinéma, journaliste, professeur de cinéma, Jean Debongnie s’est éteint le 15 janvier 2010.

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Jean Debongnie interviewe François Truffaut

Jean Debongnie est né en 1914 à Berchem-Ste-Agathe, Belgique, second d’une fratrie de 9 enfants. Après ses études, à la demande de son père, Jean prend en main l’Université Cinématographique Belge (UCB) que son père avait reçu en dédommagement d’un client qui ne parvenait pas à honorer ses factures. Elle disposait d’un important stock de films didactiques et organisait via des cercles locaux des séances de formation sur les sujets les plus divers. Il s’agit surtout des documentaires éducatifs sur des sujets les plus divers. D’autre part Jean s’exerçait à l’écriture et bientôt Je revendique ces crimes trouve un éditeur. C’est également l’époque où Jean fréquenta le "Foyer des Artistes" qui se réunissait dans les locaux des Pères Dominicains à Bruxelles. C’est également avant la guerre qu’il est attiré par le groupe des "Compagnons de St François".

A la déclaration de guerre en 1940, Debongnie passe en France avec quelques connaissances et compagnons d’infortune. Pendant la guerre 40-45, Jean est occupé au Ministère de l’Intérieur au Département des Sépultures Militaires. Cet emploi lui laisse l’opportunité de rédiger quelques scénarii dont quelques uns purent être édités : quelques courtes histoires de faits de résistance et au lendemain de la guerre un roman : L’école buissonnière. C’est également à ce moment qu’il édita Bavardons cinéma, un ouvrage illustré d’une centaine de pages. C’était l’ancêtre de la grammaire du cinéma qui fut éditée, des années plus tard, par quelques confrères.

Vers 1944, il accueille sa sœur Marguerite qui se retrouve seule pour élever ses 3 enfants. C’est ainsi qu’il devint, de facto, le père adoptif des trois enfants. Au lendemain de la guerre il participe, dans la vallée de la Semois, à la réalisation d’un film aux côtés de l’abbé André Cornil (qui devient dans les années cinquante le père du cinéma colonial belge). En 1945 on le retrouve avec l’abbé Cornil comme co-scénariste du film Terroristes ou adversaires invisibles de Jean Gatti. Il s’agit d’une production de la maison A7A fondée par l’abbé Cornil à Tournai pour réaliser des films éducatifs. Pendant ce temps il poursuit cahin-caha l’activité de l’UCB. C’est à ce moment qu’il trouve à s’employer à la DOCIP (Centre de documentation cinématographique de la presse fondé par le père dominicain Félix Morlion en 1930 et dirigé depuis 1945 -1954 par Joz Van Liempt), une des activités et structures du CCAC (Centre Culturel d’Action Cinématographique). Il devient ainsi critique des films proposés dans les salles de cinéma en Belgique. Cela lui permet de collaborer ainsi à de nombreux journaux et hebdomadaires. Parallèlement, il assurait aussi la critique théâtrale pour quelques journaux bruxellois et de province. C’est bien entendu au CCAC qu’il rencontre l’abbé Paul Warlomont du diocèse de Tournai et une longue amitié commença. Ainsi il entre en contact avec l’action catholique du cinéma en Belgique. Warlomont est connu pour ses publications comme La littérature religieuse à l’usage des laïques (1943), Cinéma et Action Catholique. Réflexions en vue d’une action concertée (1952), Face aux deux écrans (1954) et Radio, presse, écrans : leur influence conjuguée sur notre monde et l’apostolat des chrétiens (1956).

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Animateur apprécié des Jeunesses Cinématographiques en 1957

Jean Debongnie était conscient qu’il manquait en Belgique une revue spécialisée sur le cinéma mais ayant une vision chrétienne. C’est à ce moment qu’il fonda l’hebdomadaire Tout-Ciné. Bien vite une conclusion s’impose à lui : la fréquence de parution n’était pas adaptée à la Belgique. Le passage à un mensuel était tout indiqué. Ce fut en 1953 Les Amis du Film qui lorsque la télévision entra dans tous les foyers se mua en Les Amis du Film et de la Télévision. Il dirigea le magazine du numéro 2 en 1953 jusqu’au numéro 354 en 1982. Ce mensuel eut effectivement 354 numéros. Il publiait avec ses collaborateurs comme Roger Stengel, Franz Weyergans, Paul Davay, Théodore Louis, Francis Bolen et Philippe Reynaert des critiques de chaque film qui sortait en salles et chaque film qui passait à la télévision. La particularité des Amis du Film était, entre autres, la publication, dans un feuillet détachable, des cotes morales que le CCAC attribuait aux films et qui permettaient aux spectateurs de mieux choisir les films et les programmes de télévision. C’est durant cette période que se développèrent les "ciné-forum". Il s’agissait de projections de films précédées d’une courte présentation de l’oeuvre et suivies d’une discussion menée par un animateur passionné de cinéma. Il avait été chargé de diriger le groupe des animateurs.

Dans les années cinquante et soixante, Jean Debongnie est un animateur fort apprécié de débats pour cinéphiles au collège Saint Michel à Bruxelles et d’autres clubs de cinéma. Il a ainsi fait découvrir toute une génération des films classiques, le néo-réalisme, etc. Frappé par l’impact du cinéma sur la jeunesse, il organisa pendant de nombreuses années le "Concours des jeunesses cinématographiques". Les jeunes étaient conviés à défendre leurs chances par un exposé public sur un thème imposé après la vision d’un film "mystère" dont le titre n’était connu que de l’organisateur.

Pour faire jeu égal avec les autres publications sur le cinéma, la participation aux grands festivals du film était une nécessité. C’est ainsi qu’il se rendait régulièrement à Cannes, Venise et Berlin. Il eut même la surprise d’être invité au festival du film à Moscou en 1958, Karlovy Vary en 1964, Thessalonique en 1972 et Buenos-Aires... Comme le CCAC était le membre belge de l’OCIC, il a été invité à de multiples reprises à siéger au jury international catholique (OCIC) et œcuménique. En 1957, il a été membre du jury OCIC à Cannes qui a primé le film de Robert Bresson Un condamné à mort s’est échappé et donné deux mentions à Celui qui doit mourir (Jules Dassin) et Le Notti di Cabiria de Féderico Fellini. Dans les années suivantes il a participé à des jurys de l’OCIC non seulement à Cannes (1960, 1963, 1964, 1965 et 1967) mais aussi à Berlin (1959), Venise (1980), Carthage (1980), Montréal (1982) et San Sebastian (1984). En 1980 il était membre du jury œcuménique qui a primé Stalker de Andreï Tarkovsky et Constans de Krszysztof Zanussi à Cannes. Parmi ses innombrables articles il a publié dans sa revue Amis du Film et de la Télévision sur Rossellini (n°55, 1960), Jean Luc Godard (n°116, 1966), L’Evangile selon Saint-Matthieu (le Prix OCIC à Venise, n°101, 1964) Robert Bresson (n°298, 1981), avec Jean Leirens sur le film Jésus de Nazareth (n°260, 1978). En tant que francophone, il participa aussi à nombre de festivals organisés par le FIFEF (Festival International du Film et d’Echanges Francophones) comme à la Nouvelle-Orléans, Tunis et Dakar. Il mettait ces pérégrinations à profit pour prolonger quelque peu ses déplacements et rapportait ainsi de la matière journalistique sur les pays et régions découverts et proposait ainsi des articles à des journaux et périodiques belges (Le groupe de presse Vers l’Avenir, La Libre Belgique, Moustique,...).

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Giuletta Masina, Federico Fellini et Jean Debongnie (à droite) au Festival de Moscou en 1959

L’I.A.D. (Institut des Arts de Diffusion) lui proposa pendant plus de dix ans un poste de professeur dans cette jeune institution. Il y développa un cours d’analyse cinématographique. Plus tard il accéda à la Présidence de la Commission de Sélection du Cinéma de la Communauté française. Le rôle de cette commission était de soumettre au Ministre compétent des propositions de subsides à des projets de films dans le but de favoriser le développement du cinéma au sein de la Communauté française de Belgique. Lorsque sa vie professionnelle pris fin, il s’intéressa activement aux mouvements charismatiques du Renouveau. Pendant des années il assura la publication des brochures du Groupe de prière Siloé à Uccle. C’est à cette époque qu’il prit l’habitude de rédiger ses Lettres à une filleule. En regroupant ces lettres il proposa à ses connaissances des "plaquettes" comme il disait. Il participait à de multiples rencontres et retraites organisées par les différents mouvements charismatiques tant belges que français. Il se lia ainsi d’amitié avec le Père Philippe Verhaegen.

Mais en conclusion, laissons à un de ses confrères professionnels le soin de le décrire : "Il est des êtres si indifférents à leur personne et à leur prestige, qui mettent un tel zèle à passer inaperçu que l’on en viendrait presque à les oublier pour ne plus voir que l’entreprise qu’ils servent dans l’ombre, avec une ténacité sans défaut et derrière laquelle ils ont fini, en quelque sorte par disparaître. Il n’est pas un cinéphile belge qui ne connaisse la revue spécialisée Les Amis du Film et de la Télévision. Bien peu cependant savent, ou se rappellent, qu’elle a pour rédacteur en chef Jean Debongnie, un timide actif qui abrite sous un physique d’étudiant prolongé, à la mise soigneusement débraillée, une personnalité inattaquable faite d’énergie et de tact, d’ouverture aux autres et de réserve, de prudence évangélique et d’audaces.
(Théodore Louis, dans La Libre Belgique, journal belge)

SIGNIS

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