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Cinéma - Critiques
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  89. Un mois de cinéma (janvier 2012)
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  167. Le Secret de Chanda
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  170. Le Nom des gens
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  172. Potiche
  173. Nostalgie de la lumière
  174. La Princesse de Montpensier
  175. Biutiful
  176. La Vénus noire
  177. Un mois de cinéma (Octobre 2010)
  178. Amenez les enfants au cinéma !
  179. Mystères de Lisbonne
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  197. Femmes du Caire
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  203. Ajami
  204. Les Invités de mon père
  205. Tout ce qui brille
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  236. Mademoiselle Chambon
  237. Mères et filles
  238. Mary et Max
  239. L’Affaire Farewell
  240. London River
  241. L’Armée du crime
  242. A propos d’Elly
  243. Non ma fille, tu n’iras pas danser
  244. Un Prophète
  245. Le Temps qu’il reste
  246. La Camara oscura
  247. Là-haut
  248. Adieu Gary
  249. Après l’océan
  250. Le Hérisson
  251. Whatever Works
  252. Fais-moi plaisir !
  253. Amerikka
  254. Jaffa
  255. Looking for Eric
  256. Etreintes brisées
  257. Anges et démons
  258. La Femme sans tête
  259. Soeur Sourire
  260. Still Walking
  261. Adoration
  262. Un été italien
  263. Ne me libérez pas... je m’en charge
  264. Tokyo Sonata
  265. Chrigu, chronique d’une vie éclairée
  266. Welcome
  267. Bellamy
  268. Boy A
  269. Brendan et le secret de Kells
  270. Puisque nous sommes nés
  271. Pour un instant, la liberté
  272. Walkyrie
  273. Slumdog millionaire
  274. Les Trois singes
  275. Frozen River
  276. Il Divo
  277. Louise-Michel
  278. Les plages d’Agnès
  279. Mascarades
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  281. Hunger
  282. Aide toi, le ciel t’aidera
  283. Musée haut, musée bas
  284. Stella
  285. Les bureaux de Dieu
  286. La vie moderne
  287. Un conte d’été polonais
  288. Le crime est notre affaire
  289. La fièvre de l’or
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  291. Entre les murs
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  294. Cherry Blossoms
  295. Comme les autres
  296. Be Happy
  297. La famille, de retour dans le cinéma français
  298. Versailles
  299. Un millier d’années de bonnes prières
  300. Le premier jour du reste de ta vie
  301. Lake Tahoe
  302. Le bruit des gens autour
  303. Les sept jours
  304. Valse avec Bachir
  305. Phénomènes
  306. La soledad
  307. Un conte de Noël
  308. Et puis les touristes
  309. Des temps et des vents
  310. Deux jours à tuer
  311. Les citronniers
  312. In Memoria di me
  313. Désengagement
  314. Lady Jane
  315. Disco
  316. La Zona, propriété privée
  317. Dans la vie
  318. Il y a longtemps que je t’aime
  319. Les toilettes du pape
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  325. Juno
  326. Le Bannissement
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  329. Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme
  330. 4 minutes
  331. L’île
  332. It’s a free World
  333. XXY
  334. La visite de la fanfare
  335. La graine et le mulet
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  337. Le Chaos
  338. "La boussole d’or" : communiqué officiel de SIGNIS
  339. Dans la vallée d’Elah
  340. Lumière silencieuse
  341. My Blueberry Nights
  342. Les toits de Paris
  343. De l’autre côté
  344. Secret Sunshine
  345. L’ennemi intime
  346. 4 mois, 3 semaines et 2 jours
  347. Ben X
  348. Harry Potter et l’ordre du Phénix
  349. Delirious
  350. Persepolis
  351. Still life
  352. Jesus Camp
  353. Golden Door
  354. Le mariage de Tuya
  355. La môme
  356. Le grand silence
  357. Agua
  358. La Nativité
  359. The Road to Guantanamo
  360. Le vent se lève
  361. Ô Jerusalem
  362. Indigènes
  363. Buenos Aires 1977 (Crónica de una Fuga)
  364. Le destin (El destino)
  365. C.R.A.Z.Y.

Un Homme qui crie

(de Mahamat-Saleh Haroun, France, 2010, Festival de Cannes 2010, prix du Jury)

Lyon, 29 septembre 2010 (Michèle Debidour) - Le réalisateur tchadien, distingué pour Daratt, saison sèche (1), nous offre à nouveau un film profond et grave : le cri d’un homme déchiré par sa culpabilité mais aussi un cri contre la guerre et un cri vers Dieu.

(JPEG)
"Le film fait partager avec simplicité le quotidien de ces braves gens à qui leur sort échappe. "

La première scène nous plonge dans le vif des enjeux psychologiques de cette histoire : Adam et son fils Abdel sont maîtres-nageurs dans la piscine d’un grand hôtel de Djaména. Adam que tout le monde appelle Champion en souvenir de ses victoires est-il toujours le meilleur ? Surtout est-il prêt à accepter que son fils de vingt ans le dépasse maintenant ? La piscine est plus qu’un décor original, pour Adam c’est « toute sa vie » : le travail qui lui donne un rôle social, le plaisir du sport qu’il aime et le rappel de sa jeunesse glorieuse. Alors quand l’armée réclame argent ou fils en âge de combattre, la tentation est trop forte : Champion sacrifie Abdel au rêve illusoire d’arrêter la marche du temps. Ensuite il perd goût à la vie et n’a de cesse qu’il retrouve Abdel mortellement blessé et lui avoue, dans un murmure, sa trahison.

Plusieurs thèmes tissent cette tragédie moderne : la relation père-fils entre complicité et rivalité, la douleur de vieillir, la nécessaire dignité du travail et la souffrance des populations qui subissent la guerre.

Le Tchad est en effet déchiré par la guerre civile et Mahamat-Saleh Haroun veut nous en montrer les conséquences tragiques : insécurité, divisions fratricides au sein des quartiers et même des familles. Le film nous fait partager avec simplicité le quotidien de ces braves gens à qui leur sort échappe. Interrogé sur les oeuvres qui l’ont marqué, le réalisateur cite d’abord Rome, ville ouverte comme le film fondateur qui a décidé de sa vocation (2). De fait il adopte la posture du réalisateur néoréaliste dans ses choix techniques et moraux Le cas de conscience d’Adam nous le comprenons autant que l’inquiétude de sa femme qui sent le drame sous-jacent même s’il ne lui dit rien. Ces personnages sont émouvants sans devenir jamais sentimentaux et certaines scènes nous touchent au cœur : les larmes de la fiancée à l’écoute de la cassette enregistrée pour elle par Abdel et le chant poignant qu’elle interprète pour lui envoyer en retour par exemple. Le dénouement, point d’orgue d’émotion pudique, nous montre Adam tenant sur ses genoux son fils mort. Il est cadré de dos au bord du fleuve immense : le temps s’écoule et l’homme brisé ne peut qu’accéder à la dernière volonté, dérisoire, de son fils « j’ai tellement envie de nager ! ».

Rome, ville ouverte nous présentait des figures héroïques : le communiste Manfredi, le curé don Pietro capables de mourir sous la torture sans trahir. Adam-Champion est un anti-héros. La natation était le lieu où il pouvait maîtriser son destin mais il vieillit et on lui impose un autre travail où aucun défi n’est à relever : image superbement symbolique de l’uniforme de portier trop court pour lui ! Et cette guerre n’est pas un conflit conventionnel où l’ennemi est un étranger. C’est une guerre trouble qui dresse les hommes les uns contre les autres au sein d’un même village et Champion, dans ce contexte, est aliéné au sens premier où il n’est plus lui-même, seulement un homme découragé, qui a perdu sa dignité et dit à sa femme « il n’y a rien à espérer du ciel ». Car l’implication religieuse d’un Rossellini, Haroun la reprend en partie à son compte. Musulman, il est cependant familier de la culture chrétienne découverte à l’école et il admire la force humanisante du christianisme (3). Mais -autre temps, autre mœurs - quand Manfredi et don Pietro avaient des convictions assez fortes pour donner leur vie, Adam est submergé par le doute et interroge le silence de Dieu. Son ami, David, figure attachante pour qui la cuisine est une histoire d’amour confie, lui aussi : « je suis croyant mais je désespère de Dieu ». Les critiques ont fait référence à Job et au sacrifice d’Abraham. Ces allusions ne me semblent pas pertinentes sauf à préciser que Job, au contraire d’Adam, garde à Dieu sa confiance envers et contre tout. Pour Abraham la situation est plus complexe, tant la polysémie des textes bibliques est grande ! En effet on peut comprendre qu’Abraham imagine que c’est Dieu qui lui demande son fils et l’intervention divine vient lever ce malentendu (4). Le mythe abrahamique devient alors l’illustration emblématique de la difficulté pour un père à accepter l’autonomie nécessaire de son enfant et la problématique rejoint bien la situation d’Adam. Mais la pointe biblique c’est l’affirmation que le Dieu d’Israël veut la vie et non la mort et cette perspective-là est totalement absente d’Un homme qui crie.

Une technique humble rejoint les personnages dans leur dénuement. C’est aussi, bien sûr, la modestie des moyens offerts à un réalisateur africain. Haroun utilise une métaphore culinaire pour évoquer avec humour certaines difficultés économiques « quand on a une tomate et une saucisse, on n’attend pas d’avoir le reste pour faire la cuisine ». Il tire parti au mieux de cette contrainte en développant un style ascétique explicitement référé à Bresson et à Ozu. Comme Bresson, Haroun ne va pas solliciter des vedettes mais trouver ses acteurs dans son entourage au hasard des rencontres. Comme dans les films d’Ozu, une certaine lenteur et le goût pour des plans fixes cadrant des scènes familières sont des choix esthétique assumés.

(JPEG)
"Le cas de conscience d’Adam."

« Un homme qui crie n’est pas un ours qui danse » : cette phrase figurait en exergue du film projeté à Cannes. Dans la version définitive du film distribué en salles, Haroun a préféré supprimer cette référence à Aimé Césaire, source de confusions. « Gardez-vous de vous croiser les bras dans l’attente stérile du spectateur car la vie n’est pas un spectacle » dit la citation complète(5). Invitation, pour nous qui avons la chance de jouir de la paix dans un pays riche, à entendre cet appel d’un cinéma africain qui se bat courageusement pour défendre ses valeurs.

Michèle Debidour

1 : prix spécial du jury à Venise en 2006 et prix Signis au festival de Milan en 2007.

2 : cf entretien réalisé par M. Debidour à Lyon le 20/09/2010

3 : il dit admirer aussi la capacité du christianisme à se remettre en question et à évoluer.

4 : cf Marie Balmary Le sacrifice interdit.

5 : tirée de Cahier d’un retour au pays natal

Magali Van Reeth

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