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Moritz de Hadeln rend hommage au Père Ambros Eichenberger
Berlin, 26 octobre 2006 (Moritz de Hadeln*) - Sans aucun doute, nous serons très nombreux, catholiques comme non catholiques, à être attristés par le départ du Père Ambros. C’était un homme généreux et bon, ouvert au dialogue et qui savait écouter. Il s’opposait avec douceur mais fermeté à toute intolérance, même dans sa propre église qu’il voulait ouverte et moderne. Il acceptait la projection de films sur des thèmes controversés et tabou sans protester, tels ceux sur l’homosexualité ou l’avortement, même s’il était en désaccord. Il essayait de comprendre et s’il secouait la tête, d’autres préoccupations prenaient vite la relève. Son rôle dans le milieu du cinéma laisse des traces qui ne s’effaceront pas.
Mes premiers contacts avec lui datent des années 70 où il venait régulièrement participer au festival du film documentaire de Nyon - aujourd’hui Visions du Réel - pour voir, dialoguer et conseiller. En cette époque de guerre froide il à joué un rôle important en aidant le dialogue au-delà des barrières idéologiques entre réalisateurs d’origines diverses. Lorsque nous avions accueilli un groupe de réalisateurs baltes en 1987 il s’est activement occupé d’eux, tout particulièrement de Herz Frank qui avec son aide a repris contact avec sa femme et sa fille dont il avait été séparé par le régime. Herz Frank vit maintenant en Israël.
Père Ambros a été l’un des piliers de la création du tout premier jury oecuménique au festival de Locarno en 1973, jury qui fut suivi neuf mois plus tard par un jury oecuménique au Festival de Cannes. Les arguments contre cette initiative comme les oppositions ne manquaient pas, certaines au sein même de sa propre Eglise, mais avec persuasion et insistance il réussit à en imposer l’idée comme étant une nécessité. Son rôle fut également important dans la création du jury oecuménique au Festival de Berlin ou de sérieux problèmes étaient à résoudre pour fusionner les deux jurys d’Eglises déjà existants.
A la chute du communisme, en 1990 il noua des contacts avec le patriarcat orthodoxe de Russie lors du Festival de Moscou et découvrit avec bonheur que deux des adjoints du Métropolite de Moscou avait fait leurs études au VGIK, la prestigieuse école de cinéma. Mais son vœu d’une plus intense collaboration dans le domaine du cinéma avec les Eglises orthodoxes se heurta vite à l’absence d’une structure d’accueil adéquate comme aux divisions internes entre les diverses Eglises de l’Orthodoxie. Un problème similaire se posa avec la communauté juive car seul les Eglises Evangélique et Catholique ont jusqu’ici des organismes chargés spécifiquement des médias, ce qui n’est pas le cas dans ces autres communautés. L’œcuménisme n’était pas pour lui un vain mot, mais un engagement et une nécessité. Le cinéma était pour lui un outil important pour élever l’Homme et rapprocher les cultures.
Nous lui avons rendu visite, ma femme et moi, en septembre dernier dans sa maison de retraite à Lucerne. Nous sommes restés avec lui plus d’une heure, poussant sa chaise à roulettes vers la cafétéria. Il n’avait pas changé sinon pour une grande difficulté à parler, mais l’esprit était resté aussi vif que jamais. Nous lui avons demandé s’il célébrait encore la messe, mais il nous à répondu qu’il ne pouvait plus que co-célébrer. Nous avons parlé du Saint Père et de la tempête contre lui dans le monde musulman. Il nous a répondu qu’il fallait lui laisser le temps et ne pas juger maintenant. Nous avons parlé de Signis et il était content d’avoir reçu peu avant la visite du nouveau secrétaire général. Puis, nous avons noté parmi les quelques livres qu’il avait là, une biographie du peintre Matisse. Il nous a dit beaucoup aimer l’œuvre de ce peintre. Il avait de la peine à lire, mais s’informait grâce à la télévision. Il devait partager sa chambre avec un autre pensionnaire et nous avons pensé que l’ex-président de l’OCIC méritait sans doute mieux, mais n’avons rien dit. Il voulait qu’on reste, mais nous sentions qu’il était fatigué. Il a insisté de nous embrasser tous les deux tendrement à notre départ. La dernière vision que nous gardons de lui c’est sont au revoir affectueux de la main depuis sa chaise roulante et son regard triste alors que nous sortions de sa chambre. Nous ne savions pas que c’était déjà un adieu.
Notre souhait est qu’il ne soit pas oublié et serve d’exemple à une Eglise prise entre son passé, son présent et l’avenir d’un monde complexe ou tant d’incompréhension et d’intolérance divise et rend le dialogue si difficile.
*Moritz de Hadeln a été directeur des Festivals de Berlin (1979-2001) et de Venise (2003-2004).






