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Un Vent de liberté

Un Vent de liberté

(de Behnam Behzadi, Iran, 2016, 1h40. Avec Sahar Dolatshahi, Ali Mosaffa, Ali Reza Aghakhani. Festival de Cannes 2016, sélection Un Certain Regard)   21 juillet 2017 (Magali Van Reeth) – Quand un événement extérieur vient inverser les habitudes tranquilles d'une famille et polluer l'harmonie de façade, chacun va devoir se repositionner et défendre son espace de liberté.   Au cœur du film, il y a la pollution, cette pollution atmosphérique qui envahit la ville de Téhéran et empêche une partie de ses habitants de respirer. On peut y voir une métaphore du système politique actuel de l'Iran qui "empêche ses habitants" de respirer à leur aise ou, et c'est plutôt le cas dans ce film, une dénonciation d'habitudes culturelles fortement ancrées dans l'inconscient de chacun et qui maintiennent les femmes dans un état d'infantilisation permanent. Niloufar est une jeune femme célibataire, à la tête d'un atelier de couture et qui vit avec sa mère. Cette dernière a tant souffert de la pollution qu'elle est en détresse respiratoire et doit aller vivre loin de la grande mégapole. Sans la concerter, le reste de la famille (frère, sœur et beau-frère) décide que Niloufar partira dans le nord avec leur mère. Ce que dans un premier temps Niloufar ne conteste même pas, tant elle est formatée pour être au service des autres.     Le titre iranien du film est "inversion" et fait référence au phénomène météorologique de l'inversion des couches d'air froide et chaude, à l'origine des pics de pollution les plus sévères à Téhéran. Comme le revirement de Niloufar, qui va s'accepter et se faire accepter comme une personne à part entière, en dépit de son statut de femme célibataire, quitte à ébranler fortement son entourage.   Comme souvent dans les films iraniens tournés à Téhéran, deux éléments de la vie quotidienne sont très présents : la voiture et le téléphone portable. Deux outils de communication et de très grande liberté. La voiture, et les très longs embouteillages de la capitale iranienne, donnent une véritable autonomie aux femmes, ainsi qu'un isolement salutaire. La "chambre à soi" prônée par Virginia Woolf n'est guère possible dans une société où une femme doit être constamment au service et sous le regard de sa famille. Mais l'habitacle sécurisé de la voiture permet de précieux moments à soi et, le cas échéant, des conversations vraiment privées avec un passager. Ce que permet aussi le téléphone portable avec lequel on peut s'isoler et recevoir des messages en toute discrétion.   Avec une réalisation classique et soignée et d'excellents acteurs, Un Vent de liberté est une savoureuse prise de conscience pour retrouver un peu de dignité au sein de sa propre famille.   Magali Van Reeth
Call me Thief/Noem my skollie (prix SIGNIS Zanzibar 2016)

Call me Thief/Noem my skollie (prix SIGNIS Zanzibar 2016)

(de Daryne Joshua. Afrique du sud, 2016, 2h20. Avec Dann-Jacques Mouton, Christian Bennet, Sandy Schultz. Prix SIGNIS au Festival du film de Zanzibar 2017)   18 juillet 2017 (Magali Van Reeth) – A travers le récit d'une jeunesse en Afrique du sud dans les années 1960, un beau film sans concession pour dénoncer l'engrenage de la misère et de la violence. Et le courage d'un jeune homme qui affronte son destin.   Dans un quartier où la pauvreté efface les couleurs de peaux, blancs, métis ou noirs partagent la même vie misérable. Le quotidien est souvent violent et les enfants, livrés à eux-mêmes, ont vite fait de reproduire les agissements des gangs et, pour un peu d'argent facile, de prendre leur part dans le trafic de drogue. Pour son premier long-métrage, Daryne Joshua met en scène le roman autobiographique de John W. Fredericks qui a participé au scénario. Une histoire très populaire en Afrique du sud, dénonçant la violence des années 1960, qui n'était pas raciale mais sociale.   Le film se découpe en trois parties. L'enfance d'Abraham, son amitié avec ses copains qui l’entraîne vite vers la délinquance, son envie de lire et d'écrire qui lui permet d'avoir un peu de recul et la violence omniprésente, tant dans sa propre famille qu'à l'extérieur. Puis le séjour en prison, un monde encore plus agressif où règne la loi du plus fort et la corruption du corps et de l'âme, et où Abraham doit choisir son camp et trouver en lui la force de ne pas devenir l'esclave d'un autre. Dans la dernière partie, un concours de circonstance montre la fragilité d'un parcours et le joli "miracle" qui donne au jeune homme un coup de pouce pour lui permettre de devenir définitivement un adulte libéré de l'engrenage de la délinquance.     C'est un film dur qui évoque sans complaisance ni voyeurisme la violence quotidienne subie par ces populations pauvres, la misère et la faim, le viol, la drogue et le meurtre. Mais le soin apporté à l'image, et les couleurs sépia qui ancrent chaque scène dans la fiction permettent d'adoucir les propos. Les intentions du réalisateur et du scénariste sont très claires : il ne faut pas éluder cette violence si on veut la dénoncer et mettre en avant le parcours d'un jeune homme qui se libère du cercle infernal de la misère. Parce qu'il avait goûté à un autre monde à travers les livres, parce qu'il a su saisir quelques mains tendues, Abraham, après un parcours chaotique mais formateur, peut trouver la force de devenir un autre.   Les acteurs, que ce soit Dann-Jacques Mouton dans le rôle principal ou ses acolytes, sont tous excellents. Ce soin apporté à la réalisation, tant le choix des interprètes que des décors, de la lumière ou du montage montrent la belle vitalité du cinéma en Afrique du sud, où l'excellence artistique a produit de très nombreux longs-métrages de qualité. Ils sont malheureusement absents en Europe ou dans les grands festivals internationaux.   Lors de la 20° édition du Festival international du film de Zanzibar, où il était en sélection officielle, Noem my skollie/Call me Thief a reçu le prix SIGNIS.     Magali Van Reeth