(de Michel Hazanavicius, France, 2014, 2h12. Festival de Cannes 2014, hors compétition)

Lyon, 26 novembre 2014 (Magali Van Reeth) - Un film de guerre qui raconte l'histoire terrible d'un jeune homme ordinaire qu'un entraînement militaire transforme en tueur déterminé.

C'est un film de guerre plutôt classique : des chars, des mitraillettes, des victimes civiles poussées par la peur et l'exode sur les routes, des morts et des retrouvailles émouvantes. Le réalisateur s'est inspiré du film de Fred Zimermann, The Search (1948) connu en français sous le nom de Les Anges marqués. Où un soldat américain se prenait d'affection pour un petit garçon allemand perdu dans le chaos de la fin de la deuxième guerre mondiale. Michel Hazanavicius a choisi de placer cette intrigue en 1999, dans la guerre opposant les Russes et les Tchétchènes. L'enfant s'appelle Hadji, il a 9 ou 10 ans, il est tchétchène et il a perdu sa grande sœur lorsque la famille a fui la violence des combats. C'est une Française travaillant pour une commission des droits de l'Homme qui va le recueillir. Cette partie-là du récit vaut surtout par l'attention politique qu'elle donne à ce conflit, les liens entre l'adulte et l'enfant étant traités de façon assez banales.

Mais le réalisateur a eu la bonne idée d'ajouter une autre trame narrative à son film et le spectateur, médusé autant qu'effrayé, va assister au parcours de Nicolaï. Ce jeune homme russe, qu'on découvre pour la première fois une guitare à la main et qui, par un mauvais coup du sort, se voit proposer la prison ou l'armée. Il choisit l'armée et commence alors un véritable "parcours du combattant", expression qu'on peut enfin utiliser dans son sens premier ! Sa formation de soldat est une épreuve faite d'épuisement, d'humiliation, de discours et de coups qui l'isolent de sa vie antérieure. Pour trouver du réconfort dans la violence de ces journées, il ne peut que rejoindre les autres dans leur dureté, leur ironie, leur refus de prendre du recul par rapport à leurs actes. C'est un parcours impressionnant, remarquablement mis en scène et permettant de sentir toute la complexité de cette transformation. Lorsque Nicolaï tue un homme pour la première fois la peur, la fierté et le dégoût le dévastent et le réconfortent en même temps...

Avec The Search, Michel Hazanavicius montre qu'il est un remarquable directeur d'acteurs. Que ce soit le jeune Abdul Khalim Mamatsuiev qui, dans son silence, exprime admirablement l'angoisse et la dignité, ou Maxim Emelianov, ce jeune acteur russe aussi impressionnant dans la douceur que dans l'ivresse de la violence. Il montre aussi, après le succès phénoménal de The Artist, son précédent film, qu'il sait se renouveller.

Magali Van Reeth