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Culture

Prix ​​interreligieux au festival Visions du Réel Nyon 2018

Prix ​​interreligieux au festival Visions du Réel Nyon 2018

Nyon, 23 avril 2018 (SIGNIS / INTERFILM). Au Festival International du Film de Nyon "Visions du Réel" 2018, le jury interreligieux a primé le film Almost Nothing, d'Anna de Manincor (2018). Le jury a expliqué que : « L'appartenance religieuse ou la nationalité ne semblent pas avoir d'importance au CERN ». « Néanmoins, ajoute-t-il, le film montre d'une manière très convaincante comment la recherche du sens de la vie unit les scientifiques jusque dans la plus petite particule. Le film réussit à imaginer l'être humain derrière la science de manière humoristique. En même temps, le film montre ces êtres humains dans un contexte religieux inattendu. » Le jury a également remis une mention spéciale au film Storie del Dormiveglia, de Luca Magi (Italie, 2018). Le jury explique que ce « film poétique donne une voix aux sans voix et leur redonne leur dignité ». Un jury interreligieux de SIGNIS et INTERFILM est présent au Festival Visions du Réel de Nyon (Suisse) depuis 2005. Le jury est composé d'un représentant d'INTERFILM et de SIGNIS et d'un membre de confession juive et musulmane. Le jury remet un prix à un long métrage de la compétition internationale qui met en lumière des questions existentielles, sociales ou spirituelles ainsi que des valeurs humaines. Le prix de CHF 5'000 est remis par l'Église catholique suisse et Médias-pro, le Département des médias des Églises réformées de la partie francophone de la Suisse (CER) et la Fédération suisse des communautés juives. Les membres du jury interreligieux 2018, nommés par les représentants suisses de SIGNIS et INTERFILM, sont Praxedis Bouwman (Pays-Bas), Natalie Fritz (Suisse), Majid Movasseghi (Suisse) et Daniel Zuta (Allemagne)
Mes Provinciales

Mes Provinciales

(de Jean-Paul Civeyrac. France, 2018, 2h16. Avec Andranic Manet, Gonzague Van Bervesselès, Corentin Fila, Diane Rouxel. Berlinale 2018, section Panorama)   18 avril 2018 (Magali Van Reeth) – Est-ce que le cinéma peut changer le monde ? C'est la question que se pose Etienne, en arrivant à Paris pour commencer des études de cinéma. Des rencontres et des événements vont profondément le bouleverser. Un beau manifeste de cinéma.   Il faut un certain culot pour faire aujourd'hui un film en noir et blanc, de plus de deux heures, où des jeunes gens joués par des acteurs peu connus, discutent gravement de leur avenir, de l'importance de l'art et de l'engagement, tout en mettant en exergue cette phrase : ''Chaque jour je vis de foi, de courage et meurs chaque nuit aux feux de l'extase''...   Jean-Paul Civeyrac est un réalisateur discret, dont la notoriété est plus importante dans les festivals qu'au box-office, même si son précédent film Mon Amie Victoria (2014) avait séduit de nombreux spectateurs en salle. Comme les personnages de son nouveau film, cela n'empêche pas le réalisateur de tracer sa route et d'être convaincu que le cinéma peut changer le monde.   Etienne est venu à Paris pour faire des études de cinéma. Il découvre à la fois l'immensité de la ville, le vertige de l'indépendance, avec son corollaire les difficultés financières, et l'amitié dans un nouveau groupe. Avec lui, Mathias, Jean-Noël, Lucie,Valentina ou Annabelle sont aux portes de leur vie d'adulte. Chacun se positionne en fonction de ses convictions mais aussi par rapport aux autres, entre séduction et manipulation. Il faut se dépouiller de la honte de soi et de ses origines, apprendre à apprécier une personne séduisante sans forcément adhérer à ses idées.   Parce que le réalisateur n'a pas l'âge de ses protagonistes, il trouve le ton juste pour donner à leur enthousiasme et leurs convictions la distance nécessaire permettant de passer de l'anecdote autobiographique à un véritable manifeste artistique. Le choix du noir et blanc accentuant l’intemporalité des actions et des prises de position radicales en ce qui concerne le cinéma et l'engagement politique.   C'est Annabelle, une militante activiste, qui va bousculer Etienne, autant physiquement qu'intellectuellement, l'obligeant à préciser son désir de cinéma, son envie de faire des œuvres exigeantes qui permettent au spectateur de réfléchir le monde, et non du divertissement commercial. C'est aussi sa relation physique avec cette jeune femme qui l'oblige à remettre en cause son idée de la fidélité. Comme le reste du groupe l'obligera à choisir ses amis en dehors du cercle confortable de l'habitude.   Jean-Paul Civeyrac commence son film avec un groupe de jeunes étudiants qui, en découvrant la réalité du monde hors du cocon familial, vivent pour la première fois leur vie en totale autonomie affective et intellectuelle. Dans le brouhaha émotionnel où ils se trouvent, ils vont peu à peu prendre leur place et leur avenir en main. Il y aura des discussions orageuses, un sentiment de trahison et même du drame, comme le montre le geste tragique de Jean-Noël. Grâce à une mise en scène aussi légère que lumineuse, la durée du film, loin d'être pesante, permet au spectateur de s’immerger complément dans la vie des personnages et d'avoir le temps de les suivre dans cette délicate transformation.   Mes Provinciales est le récit romanesque d'une éducation sentimentale, contemporaine et intemporelle mais c'est aussi, par sa forme et sa radicalité, un film qui montre que le cinéma peut être une quête existentielle.   Magali Van Reeth