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Culture

En quête de sens...

En quête de sens...

Montpellier, 20 janvier (SIGNIS en France) - La XXIème édition du Festival chrétien de Montpellier se déroule du 20 au 27 janvier 2018, autour du thème ''En quête de …sens''.   Nous aspirons tous au bonheur et nous cherchons à nous réaliser dans la vie. Nous savons que la nécessité d’assurer nos besoins matériels ne peut combler seule nos aspirations. Notre tradition spirituelle nous met en garde contre le mirage d’une quête de soi qui ignorerait les autres et qui négligerait la création.   ''Heureux les pauvres, les doux, les affligés, les assoiffés de justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix … ils verront Dieu.'' Cette parole d’Évangile vient croiser nos quêtes humaines et veut nous en révéler le Sens. Si les films projetés ne sont pas des films religieux et certains sont même issus d’autres cultures et d’autres systèmes de pensée, tous montrent des hommes et des femmes en prise avec la réalité de la vie, la souffrance et la joie. En repérant la quête des personnages de nos films, en débattant après chaque séance: les spectateurs pourront s'enrichir et réfléchir sur leur propre quête de sens.   Le festival ''enfants'' complète harmonieusement la proposition et offre des outils pédagogiques pour aider les jeunes à décrypter chaque film. Ce festival à tradition œcuménique est ouvert à tous, croyants ou non.   Parmi les films proposés, on pourra voir Le Havre d'Aki Kaurismaki, Jimmy P. psychothérapie d'un Indien des plaines d'Arnaud Desplechin, Une Bouteille à la mer de Thierry Binisti et beaucoup d'autres oeuvres qui permettent à chacun de questionner cette quête de sens.   Le programme détaillé est accessible dans le site du festival chrétien du cinéma de Montpellier.
                                Enquête au paradis (prix oecuménique Berlinale Panorama 2017)

Enquête au paradis (prix oecuménique Berlinale Panorama 2017)

(de Merzac Allouache. Algérie/France, 2016, 2h15. Berlinale 2017, section Panorama, prix du jury œcuménique. Documentaire avec Salima Abada.)   20 janvier 2018 (Magali Van Reeth) – Alternant les documentaires et la fiction, fidèle à son pays natal l'Algérie mais imprégné de la culture française, pays où il travaille et habite, Merzak Allouache ne cesse de lutter contre l'obscurantisme, le racisme et l’intolérance. Avec ce documentaire mené par une jeune actrice jouant le rôle d'une journaliste, il enquête sur les représentations populaires du paradis version islam et apporte un éclairage précieux sur la société algérienne aujourd'hui.   Pour Nedjma la journaliste, tout commence avec une vidéo trouvée sur internet. Un prédicateur salafiste détaille avec précision les ''72 vierges qui accueilleront le bon musulman'' lors de son arrivée au paradis, avec des détails forcément apocryphes puisqu'elles ont la peau douce sans avoir utilisé de crème Nivea ! Elle décide alors d'en savoir plus et surtout de vérifier ce qu'en pensent les autres. Avec ténacité, elle va interroger ceux qui voudront bien lui répondre. Des gens dans la rue (surtout des hommes), des religieux (beaucoup refusent de lui répondre) et des intellectuels et des artistes.       Dans la rue apparaît une culture populaire avec un regard plutôt gourmand sur cette étonnante récompense et les réponses sont souvent très drôles. Et quand Nedjam demande : ''et pour les femmes alors, il n'y a rien ?'', on se retranche derrière l'inévitable ''c'est Dieu qui décide''... Les femmes justement ne veulent pas répondre et, ce qui est plus grave, les jeunes lycéens à la sortie des cours non plus. Pourquoi cette peur du micro, cette crainte de se tromper, de parler de son ressenti ?   Les intellectuels et artistes qui vivent toujours en Algérie et sont très proches de la culture occidentale, parlent longuement, avec une grande lucidité de cette société dans laquelle ils vivent et de cette Algérie qu'ils aiment. Ils ont vécu la période terrible du terrorisme des années 1990 et assistent impuissants à cette vague de culture mortifère où la vie ne vaut pas la peine d'être vécue puisqu'on vise un paradis où on pourra faire tout ce qui est interdit ici bas (sexualité, alcool, plaisir, etc.). Hamida Ait el Hadj la dramaturge, Kamel Daoud et Boualem Sansal, écrivains, Souad Asla chanteuse, Biyouna mais aussi des militantes féministes, tous témoignent avec ferveur et intelligence, non pas contre la religion mais pour une société où elle ne servirait pas de prétexte à une privation de liberté. Deux voix de croyants, celle d'un repenti Omar Belkahla et celle d'un cheik de Timimoun au sud du pays, ramènent le débat sur la foi, une foi qui est une proximité avec le divin et qui n'attend ni récompense ni de bonus. Avec humilité, ils rappellent la miséricorde et l'amour de Dieu.   Il y a dans Enquête au paradis est une prise de parole indispensable, montrant la division de la société algérienne entre son élite intellectuelle et artistique et le peuple - division qu'on retrouve bien évidemment dans de très nombreuses sociétés. Elle est ici favorisée par un pouvoir qui maintient en état d'oppression toute la génération montante, notamment à ne lui offrant pas l'accès à une ''éducation républicaine''. Tous déplorent que le fait religieux soit uniquement dogmatique et commandité par les médias d'Arabie saoudite. Ils attisent la haine de l'autre (où les juifs et les chrétiens brûleront en enfer) et les comportements mortifères (le sacrifice de soi dans la guerre sainte). L'expression de la foi, cantonnée entre les différents interdits et d'hypothétiques récompenses sexuelles, ne donne plus d'espace à une véritable spiritualité.   A la Berlinale 2017 où son film était en compétition dans la section Panorama, Merzak Allouache a obtenu le prix du jury œcuménique.   Magali Van Reeth