(de Sherif El Bendary. Egypte/France, 2016, 1h38.)

 

7 juin 2017 (Magali Van Reeth) – Sur le ton d'un conte contemporain, un voyage burlesque en Egypte où deux hommes cherchant la guérison trouvent l'apaisement et l'amitié.

 

Pour son premier long-métrage, le réalisateur égyptien Sherif El Bendary était déterminé à montrer comment la violence d'une ville telle que Le Caire pouvait perturber les habitants, jusqu'à rendre presque fous les plus faibles, les plus vulnérables d'entre eux. Mais parce qu'il aime ses personnages, comme il aime sa ville et ceux qui la peuplent, il a opté pour une comédie tout public qui finit bien. Ali,la chèvre et Ibrahim est un film drôle et pudique, qui nous plonge au cœur d'une société fascinante mais parfois terrible.

 

Comme tous les couples de fiction, Ali et Ibrahim ont deux caractères opposés. Ali est petit, vif, débrouillard mais peureux alors qu'Ibrahim est un grand gaillard très doux et réfléchi. Par hasard, ils vont devoir partir ensemble pour un voyage aux confins de l'Egypte. Ibrahim est un ingénieur du son, attentif aux bruits de la ville, musicien virtuose il souffre d'acouphènes dont il ne comprend pas la cause et qui ont déjà anéanti sa mère et son grand-père. Ali se promène partout avec une charmante petite chèvre blanche, qu'il appelle Nada et qu'il considère comme une "vraie personne". Ils sont donc moqués dans tout le quartier et ce voyage doit leur apporter la guérison et l’apaisement. Avec beaucoup d'humour, c'est au Sinaï, lieu des pires conflits régionaux que le réalisateur les envoie chercher la "normalisation" de leur état...

 

Du second degré, il y en aura beaucoup pour montrer les failles d'une société en pleine mutation, notamment dans les personnages secondaires, comme celui qui raccommode mais ne voit pas les grandes déchirures, celui qui préfère être sourd que d'entendre l'insupportable, la jeune femme disparue près de la place Tahir (siège des manifestations politiques et des violences faites aux femmes), les policiers occupés à déchiqueter un ours en peluche qui ne voient pas passer les racailles, les femmes fascinées par les séries à la télé, la prostituée qui se voile pour un peu de réconfort et de dignité...

 

Avec beaucoup de chaleur et de gaîté, mais aussi de très bons acteurs et une grand attention apportée à la photo et aux cadrages, Sherif El Bendari nous offre un beau moment de cinéma.

 

 

Magali Van Reeth