(d'Andreï Zaytsev. Russie, 2016, 1h46. Sélection officielle Berlinale 2016. Avec Gleb Kalyuzhny, Ulyana Vaskovich, Olga Ozollapinya)

 

10 mai 2017 (Magali Van Reeth) – Il a 14 ans, il découvre l'amour : avec une infini délicatesse, le réalisateur montre le malaise de l'adolescence, la déflagration du sentiment et la violence de la société.

 

Avec son visage angélique, Alex est un adolescent très ordinaire coincé entre l'enfance et l'âge adulte. Il passe son temps à libre avec deux bons copains, assis sur le tourniquet du terrain de jeux, à faire des concours de crachats... Passe un groupe de trois filles, sans doute du même âge mais déjà plus mûres, séductrices dans leurs vêtements et leurs gestes. Pour Alex, le visage de Vika est comme une révélation et la rencontrer va devenir sa seule obsession et la trame du récit.

 

C'est un film peu loquace, comme les adolescents qu'il filme : pas de longues explications sur le bouleversement du désir amoureux ou de dialogues pour expliciter ce qui se passe. Mais de jeunes acteurs qui portent sur leur visage et dans leur gestuelle toutes les nuances de la timidité et de l'audace, de la gêne et de la joie, de la peur et de l'excitation provoquée par la découverte de l'autre. C'est à travers leurs émotions corporelles, le frissonnement de leur peau et dans leurs regards, passant sans cesse de l'épouvante au bonheur, qu'on suit la progression de cet amour naissant, entre eux mais aussi en eux.

 

A cette histoire ténue et essentielle, le réalisateur Andreï Zaytsev tient à donner un cadre précis. Elle se passe de nos jours. Les réseaux sociaux tiennent un rôle majeur dans les histoires d'amour contemporaines. C'est à travers son ordinateur et son téléphone portable qu'Alex apprend d'abord à connaître Vika, à détailler les photos idiotes ou romantiques qu'elle poste sur son compte personnel, à savoir qui elle fréquente et où. La surprise viendra de tout ce dont elle ne parle pas dans cet espace incontournable d'exposition de soi.

 

L'action se passe en Russie et le réalisateur Andreï Zaytsev dresse un portrait glacial d'une société très violente. Les jeunes lycéens se battent entre eux et entre les différents établissements scolaires, et défendent, armes blanches au poing, ce qu'ils considèrent être "leur territoires" (femmes comprises bien sûr). Alex n'étant ni du même lycée ni du même quartier que Vika, il devra affronter les caïds imbéciles qui ne règnent que sur un banc public. C'est aussi une société où les adultes consomment trop d'alcool et font preuve de lâcheté dès que les choses se compliquent. Les pères sont absents ou mutiques, les mères hystériques à la moindre contrariété.

 

Comme souvent dans les films russes, la photographie est magnifique et on ne se lasse pas d'admirer la lumière d'été qui irradie les joues des adolescents, les compositions soignées. On peut regretter quelques longueurs, notamment tout l'épisode avec la tante Katya qui semble briser le récit et prendre un ton comique que n'a pas le reste du film. Le sous-titrage en français est tout aussi maladroit que les adolescents mais on comprend bien le sens de ce qui se passe... 14 ans, premier amour est un film délicat, et jamais vulgaire, pour parler de la violence d'une société, et de la violence des sentiments lorsqu'on les éprouve pour la première fois.

 

 

Magali Van Reeth