(de Mehrdad Oskouei, 2016, 1h16. Berlinale 2016, section Panorama, prix Amnesty Interntational. Documentaire.)

 

20 septembre 2017 (Magali Van Reeth) – Quelques mois dans un centre de détention et réhabilitation pour mineures en Iran. Le regard tendre que le documentariste porte sur ces jeunes filles leur permet d'exprimer leur souffrance et leurs espérances.

 

En Iran, il y a deux mots différents pour désigner un oncle, qui précisent le côté maternel ou paternel. Pour entrer dans une relation plus familière avec les jeunes filles du centre, le réalisateur Mehrdad Oskouei s'est d'abord fait appeler Amoo (oncle paternel). Puis lorsqu'il a réalisé que la plupart des jeunes filles avaient été maltraitées ou violées par un oncle paternel, il est passé au vocable Daei (oncle maternel) et les relations se sont beaucoup améliorées... Cette anecdote à elle seule montre la terrible réalité des violences familiales qui, en Iran comme ailleurs, peuvent déchiqueter la vie d'un enfant. La famille, ici comme ailleurs, est le lieu des plus grandes violences. Mais on n'imaginait pas qu'un film iranien puisse montrer autant de failles dans la société : meurtres, viols, drogue, vols, fugues, prostitution.

 

Mehrdad Oskouei est déjà l'auteur de deux autres documentaires sur la délinquance des jeunes. Il a obtenu les autorisations de filmer en mettant en avant le devoir social et non la contestation politique et en s'engageant à ne pas diffuser son travail en Iran mais uniquement dans les festivals internationaux... Des rêves sans étoiles est un documentaire sidérant où les jeunes femmes, de leur voix douces et posées, parlent de leur souffrance, autant physique que psychologique. Venues de milieux modestes et ayant quitté l'école assez tôt, elles parlent avec intelligence de leur vie, conscientes de l'impasse dans laquelle elles se trouvent. La plupart d'entre elles aimerait changer de vie mais peu en ont les moyens.

 

 

Le film de Mehrdad Oskouei ne dénonce pas, il montre un lieu à mi-chemin entre le refuge et la prison où, pendant quelques mois, des jeunes femmes vivent ensemble et font une pause dans leur quotidien chahuté. On les voit rire, chanter, travailler, nettoyer un tapis, monter un spectacle de marionnettes (où elles retracent si facilement leur parcours), jouer dans la neige. Elles pleurent aussi, un enfant abandonné, un rêve brisé. Un imam vient régulièrement pour un temps de prière et de discussion et elles n'ont pas peur de dénoncer la suprématie de l'homme sur la femme, que les sociétés musulmanes imposent si facilement. Le bébé de l'une d'elles, qu'elle peut garder à l'intérieur du centre, devient l'objet de toutes les attentions. Le simple fait de le prendre dans les bras provoque souvent un flot de larmes, signe de cette tendresse qu'on n'a pas eu et qu'on désire si fortement. Un bébé, c'est aussi un commencement où tout peut arriver, le pire comme le meilleur. Elles, qui n'ont connu que le pire, aspirent au meilleur tout en sachant qu'il leur sera refusé.

 

Gardant volontairement sa caméra à l'intérieur du centre de détention et de réhabilitation, Mehrdad Oskouei suit quelques jeunes femmes, de leur entrée jusqu'à une éventuelle sortie. Un asile, dans le bon sens du terme, c'est-à-dire un espace protégé où on se sent en sécurité, où on peut redevenir soi-même. Comme partout où ces lieux existent, ils peuvent réellement aider ceux qu'ils accueillent. Mais que deviendront ces jeunes femmes une fois dehors ?

 

Sélectionné à la Berlinale 2016 dans la section Panorama, Des Rêves sans étoiles a obtenu le prix Amnesty International.

 

Magali Van Reeth