(de Margarethe von Trotta et Volker Schlöndorff. Allemagne, 1975, 1h46. Avec Angela Winkler, Dieter Laser, Mario Adorf, Jürgen Prochnow)

 

26 septembre 2022 - (Chantal Laroche Poupard) – Ce film des réalisateurs allemands Margarethe von Trotta et Volker Schlöndorff est l’adaptation du roman éponyme de Heinrich Böll, sous-titré : Wie Gewalt entstehen und wohin sie führen kann ou Comment peut naître la violence et où elle peut conduire. Il dénonce, sous fond d’une histoire d’amour, les dérives policières et médiatiques de l’Allemagne des années 1970, prêtes à calomnier, humilier et persécuter impunément des personnes innocentes.

 

Katharina jeune femme de 27 ans, travaille chez un avocat à Cologne ; celle qu’on appelait ''la Blum'' ou ''la nonne'' tombe follement amoureuse de Ludwig lors d’une soirée : elle passe la nuit avec lui. Le lendemain matin, en présence d’un photographe de journal à sensation sur les lieux, la maison de Katharina est cernée par la police ; celle-ci arrête Katharina qui va alors subir un interrogatoire, car Ludwig Götten, considéré comme un anarchiste, est poursuivi par la police. Mais l’homme recherché est déjà en fuite. Grâce à Katharina il trouve refuge à la campagne.

 

 

La traque intrusive de l’ignoble journaliste Tödges, issu d’un journal à sensation, commence pour Katharina. Tödges ne se refuse rien pour surveiller, humilier, harceler, traquer Katharina. Pour ''voler leur honneur aux innocents'', il va même jusqu’à interroger de façon illégale la mère de Katharina, qui malade et même mourante, fond en sanglots. Sont également interrogés l’ex-mari de Katharina, son patron et avocat Hubert, la femme de celui-ci, surnommée par son passé universitaire ''Trude la Rouge'' ; la tante de Katharina dont le compagnon, ancien nazi est épargné, subira également un interrogatoire corsé.

 

Angela Winkler (Deutscher Filmpreis / meilleure actrice) interprète superbement l’héroïque Katharina et dévoile avec subtilité et dignité une attitude blessée ; ses propos laconiques mais authentiques sont aussi saisissants que les mots limpides de Heinrich Böll.

 

Katharina est aussi une émouvante femme amoureuse ; son sourire filmé en gros plan illumine son regard plein de tendresse, chaque fois que le nom de Ludwig est évoqué et ce, pendant les longues heures d’interrogatoire. Superbe figure de courage, on ne voit Katharina craquer qu’une seule fois dans une très belle séquence, où de dos, elle pleure amèrement.

 

Tout comme la nouvelle de Heinrich Böll, le film dénonce les abus de la presse mais aussi ceux du système policier : les réalisateurs en soulignent la collaboration avec ces journaux à scandale, ''cette boue'' comme dira Katharina, incarnée par ce journaliste obséquieux Tödges qui ne la lâche pas. Celui-ci ira même jusqu’à vouloir la ''connaître mieux'' avant de la soumettre à une interview. C’est alors que Katharina l’abat froidement.

 

Mais alors que le roman de Heinrich Böll débute par l’évocation du sort d’une femme, Katharina Blum, qui vient d'abattre un journaliste, les réalisateurs transposent cette séquence à la fin du film avec l’arrestation de Katharina ; celle-ci se retrouve en prison où elle croise Ludwig dans une séquence déchirante. Dans la nouvelle de Böll, Katharina implorait d’être arrêtée afin de retrouver en prison son cher amour Ludwig.

 

L’épilogue du film montre l’enterrement de ce journaliste Tödges, avec un discours ridicule et grotesque de son patron épinglant ''ces anarchistes qui visaient la liberté de la presse et la démocratie''.

 

La musique inquiétante du compositeur allemand Hans Werner Henze contribue à créer une atmosphère de menace et d’angoisse. Il en est de même avec les images en noir et blanc des flashbacks. Quant à l’écriture du scénario, fidèle à celle de Böll, elle est précise et abonde en détails de lieux, d’horaires, de dates, de saisons et de fêtes : ''sous fond du carnaval du début de mois de février''.

 

L’Honneur perdu de Katharina Blum, l’un des quatre films de la plus grande cinéaste allemande d’après-guerre Margarethe von Trotta, se déroule en moins de quatre jours et ces quatre jours suffisent à détruire la réputation d’une femme et à lui faire perdre sa liberté et son honneur. 

 

Au Festival de San Sebastian 1975, le jury OCIC a décerné son prix au film de Maragarethe von Trotta : Pour sa présentation courageuse des conséquences auxquelles conduit le manque de respect envers la dignité de l'être humain dont sont responsables la presse à sensation et les méthodes d'une certaine police.

Les membres du jury étaient : Rafael de Andrés (Espagne), Jeanny Welter-Bernard (Luxembourg), Pierre Murat (France), Francisco Perestrello (Portugal), Cristóbal Sarrias (Espagne).

 

Chantal Laroche Poupard