(de Lauriane Escaffre et Yvo Muller, France, 2022, 1h33. Avec Karin Viard, Noée Abita, Philippe Uchan, Grégory Gadebois, Lauriane Escaffre)

 

30 septembre 2023 (Blandine Brunel) - Maria, femme de ménage discrète, change de travail et découvre les Beaux-Arts et Hubert, le gardien solitaire de l’école. C’est le début d’un nouveau regard sur la vie.

 

Le film s’ouvre avec le décès d’une dame âgée dans sa maison, dont on comprend qu’elle était l’employeur de Maria, femme de ménage à son service depuis plusieurs années. Ce décès annonce finalement une vie nouvelle pour Maria qui trouve un nouveau poste : elle fera désormais le ménage à l’académie des Beaux-Arts.

 

 

Cette incursion dans le monde de l’art est un déclencheur pour Maria qui rêve d’une vie différente au contact de ce nouvel environnement. Elle s’émerveille devant l’art contemporain et plastique, nous rappelant qu’il n’est pas nécessaire de comprendre le vocabulaire technique pour être touché et ému par l’art. Les artistes, par leurs œuvres, s’adressent à chacun sans distinction de statut. Ils sont ici représentés par le personnage de Naomie, jeune étudiante sur laquelle veille Hubert, le gardien de toujours, et Maria.

 

Au milieu de cet univers enivrant et déroutant, Maria fait donc la connaissance d’Hubert, fantasque et grand sensible. Nous assistons alors à la naissance d’une histoire d’amour : un homme et une femme qui se découvrent, tout en douceur et en tendresse, à pas de fourmis, car Maria est mariée depuis 25 ans …

De son mari, le spectateur n’aura que peu d’informations : pas totalement remis d’une dépression après que son meilleur ami se soit installé avec leur fille, il apparaît peu à l’écran. Ces brèves présences à l’écran le présentent, dans les détails et de façon inattendue, comme un mari attentionné malgré une relation conjugale esquintée : la brosse à dent avec le dentifrice, prête à l'emploi, est préparée pour Maria tous les soirs ; il complimente la tenue de Maria et s’enquiert de son confort, il lui prépare le petit-déjeuner avant son travail.

 

Cela ne suffit pas pour Maria qui s’émancipe de jour en jour et développe sa sensibilité artistique jusqu’à se dé-couvrir telle qu’elle est, au sens premier du terme. La relation qui se noue entre Maria et Hubert est portée à l’écran de manière sensuelle, sans vulgarité aucune, avec une extrême délicatesse lors de plusieurs scènes clés. C’est notamment le cas du premier baiser, dans une mise en scène numérique où les corps se donnent à voir par écran et pixels interposés ou encore l’aveu de ses sentiments par Hubert, de l’autre côté de la porte d’un placard, comme à travers la grille d’un confessionnal, où la pudeur est telle qu’il faut être caché du regard de l’autre pour se confier librement.

 

 

L’alchimie entre Karin Viard et Gregory Gadebois fonctionne à merveille dans cette romance qui pourrait être résumée à deux regards : celui d’Hubert qui épie Maria lorsqu’elle pose pour les étudiants, et celui de Maria qui se sait scrutée au travers du miroir.

 

Blandine Brunel