Bruxelles, 1 juin 2022 - (Léonard Ludovic) Une des très grandes dames du cinéma en Europe est décédée en mars cette année : EvaZaoralová. Elle avait 89 ans. Elle avait un lien très particulier avec OCIC/SIGNIS et le jury œcuménique. Pour elle la présence d’un jury œcuménique au Festival du film de Karlovy Vary était essentiel pour sortir du passé, marqué par des régimes qui pendant 50 ans a voulu effacer la spiritualité et des valeurs chrétiens dans la culture et la société. 

 

 

13 ans après sa création, le Festival de Karlovy Vary devient en 1959 bisannuel, en alternance avec le Festival du film de Moscou. C’est grâce à Eva Zaoralová comme directeur artistique et l’acteurJiří Bartoška  que le festival est devenu un des plus anciens et prestigieux au monde. Tous ceux qui ont connu Eva peuvent en témoigner de son amabilité et de son humanité qui ont été une inspiration pour tous ceux qui travaillent dans le monde du cinéma.

 

Avec la chute du mur en 1989, le festival a été privé de subventions de l'état, provoquant une crise identitaire. La programmatrice, Eva Zaoralová étant journaliste du cinéma, connaissait le président de l'OCIC, Ambros Eichenberger et le travail du jury œcuménique (composé par l’OCIC et Interfilm) au Festival de Berlin. Elle était convaincue qu'après presque cinquante ans de période soviétique, la nouvelle Tchécoslovaquie indépendante devait se tourner vers le monde par des valeurs plus positives.


 

Selon elle, un jury indépendant comme le jury œcuménique apporterait cette nouvelle perspective au festival et serait un gage de qualité, d'ouverture et de dialogue. C'est pourquoi, quelques années plus tard, elle a invité pour la première fois un jury œcuménique, pour l'édition de 1994 du festival. Cette même année, l’OCIC tenait également son congrès mondial à Prague et y a rencontré le président tchécoslovaque, Vaklav Havel. Il était très intéressé par le bien-être du festival et a soutenu la présence du jury œcuménique au festival de Karlovy Vary. En effet, il savait que le jury œcuménique remettait ses prix à des réalisateurs faisant preuve de talent et parvenant à présenter l'expérience humaine, en harmonie avec l'Évangile ou en sensibilisant les spectateurs aux questions et aux valeurs spirituelles, humaines ou sociales.


 

Le premier prix œcuménique est allé au documentaire russe Ladoni d'Artur Arstakisjan, qui suggérait une nouvelle vision de la relation entre les hommes et Jésus. Petit à petit, le festival a continué de grandir et est devenu l'un des plus prestigieux dans l'industrie du cinéma, jusqu'à ce qu'il reçoive de nouveau son statut A, qui signifie une compétition riche, avec des premières mondiales. En 2004, le jury œcuménique a remis un prix spécial à Eva Zaoralová pour sa contribution exceptionnelle au KVIFF et à la culture cinématographique en général. En 2010, elle se retirait comme directeur artistique, mais elle était encore toujours là, discrète pour soutenir la nouvelle génération. Pour Eva, la présence à la réception œcuménique était importante et si elle ne pouvait pas venir, elle envoyait un(e) de ses collaborateurs/trices pour que ceux/celles pouvaient également rencontrer le monde du jury œcuménique. Ce qui est certain c’est que sa présence, son sourire éternel et surtout sa volonté de servir resteront dans la mémoire de tous qui ont rencontré Eva Zaoralová. 

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