(de Oualid Mouaness. Liban/Etats-Unis/Norvège/Qatar. 2019, 1h38. Prix SIGNIS au FilmFest 2020 de Washington DC. Avec Nadine Labaki, Mohamad Dalli, Rodrigue Sleiman, Aliya Khalidi et Ghassan Maalouf.)

 

 

2 novembre 2020 (Magali Van Reeth) – A travers le regard et les préoccupations des enfants, une évocation de la guerre au Liban où, comme dans toutes les guerres, c'est la part la plus intime de chaque individu qui est saccagée.

 

Tout le film se déroule en une seule journée, dans une école privée où les familles aisées de Beyrouth, musulmanes ou chrétiennes, envoient leurs enfants faire leur scolarité en Anglais. Dès l'ouverture où la caméra parcourt un environnement bucolique, on entend au loin un brouhaha qui l'est beaucoup moins. Même s'il est difficile de résumer l'histoire chaotique et récente du Liban en quelques phrases, l'action se passe en juin 1982 lorsque l'armée israélienne arrive aux portes de Beyrouth et que l'armée syrienne tente de l'en empêcher. C'est la guerre et les bruits de la guerre vont scander tout le film.

 

 

Ces bruits, les enfants les entendent à peine. Les derniers jours de l'année scolaire sont ceux des examens et la concentration est aux maths et à la grammaire. Wassim a 11 ans, il est bon en maths et en dessin mais aujourd'hui, une seule chose l’intéresse : attirer l'attention de Joanna, une camarade de classe dont il est amoureux. Pas facile à une époque et un âge où on ne parle pas aux filles, surtout pour dire ses sentiments. D'autant plus que Joanna est toujours accompagnée d'une copine un peu vache.

 

Le film avance par petites touches, presque avec discrétion, baigné dans une belle et douce lumière d'un début d'été, et tout à l'intrigue autour des enfants, Wassim réussira t-il ou non à parler à Joanna avant les vacances ? Pourtant, en arrière plan, la guerre gronde et le réalisateur pose ça et là des repères et des signes, montrant la situation politique et émotionnelle inextricable du Liban.

 

Joseph et Yasmine, enseignants et sans doute eux aussi amoureux, sont en froid à cause d'une discussion politique les opposant et Yasmine, même si elle pense que Joseph a raison, se sent obligée de soutenir son propre frère. Le directeur de l'établissement est un étranger et, aux bruit des premiers bombardements, hésite entre la lâcheté et la terreur. Dans les bus scolaires bloqués par les voitures individuelles des parents inquiets, un incident banal entre les enfants tourne vite à la bagarre générale et le discours du chauffeur devient un plaidoyer exaspéré pour le vivre ensemble. La guerre est une maladie diffuse et elle intoxique sournoisement tout le monde.

 

Pour son premier long-métrage, Oualid Mouaness trouve le ton juste pour parler des conflits armés – guerres civiles ou pas – à travers le regard des enfants. A la fois préoccupés par des histoires de billes, les premiers sentiments amoureux, une nouvelle cassette de chansons et effrayés l'instant d'après en voyant les avions de chasse déchirer le ciel. Le groupe des enfants-acteurs est attachant, Nadine Labaki est Yasmine, l'institutrice déchirée entre sa famille et ses opinions. On aime particulièrement le rôle et le jeu d'Aliya Khalidi, secrétaire débordée et bienveillante avec les enfants et leurs parents.

 

Quand enfin les tensions de Wassim s'apaisent, celles des combats envahissent l'espace. Le bruit de la guerre se rapproche dangereusement mais lui n'a plus peur. Non seulement il est assis à la meilleure place du monde mais il possède un talisman secret : Trigon, le super héros qu'il aime tant dessiner, va dévoiler ses super pouvoirs de protecteur, grâce à la magie du cinéma. Alors un peu d'espérance et de joie peut jaillir au milieu de l'enfer de la guerre.

 

Au FilmFest 2020 de Washington DC (Etats-Unis d'Amérique), le film de Oualid Mouaness a obtenu le prix SIGNIS.

 

 

Magali Van Reeth