(de Ben Sharrock, Royaume-Uni,2019, 1h 43min.Avec Amir El-Masry, Sidse Babett Knudsen, Kenneth Collard, Vikash. Label Festival de Cannes 2020 )

 

 

4 mai 2022 (Chantal Laroche Poupard) - Ce film britannique poignant, avec des notes d’un humour bien particulier, qui traite d’un drame social et un sujet politique très actuel, nous met en immersion dansle quotidien de demandeurs d’asile qui, en attendant leurs papiers,séjournent sur une île isolée du nord de l’Écosse.

 

Le film commence par un cours de sensibilisation, d’éveil culturel, mené par un couple caricatural et grotesque ; Helga (Sidse Babett Knudsen) et Boris (Kenneth Collard) enseignent à un groupe de sans-papiers comment se porter candidat à un emploi. Ils parodient par là même toute une société méprisante. S’ajoute au drame des sans-papiers le racisme des habitants de cette petite île écossaise comme des jeunes de l’île qui se moquent du nom de l’un d’entre eux, Omar. 

 

Omar (Amir El-Masry)est un jeune musicien syrien accablé par son exil forcé ; il a quitté son pays natal tandis que sa famille est réfugiée Turquie et son frère enrôlé dans l’armée syrienne. Brisé, malheureux et perdu, Omar n’arrive même plus à jouer de son instrument, son oude depuis qu’il est parti d’autant plus qu’il s’est blessé à la main en fuyant son pays. 

 

On va suivre alors Omar dans son quotidien et sa vie monotone ; inlassablement, on parcourt avec lui le même long chemin pour aller à la seule cabine téléphonique dont il peut disposer pour garder le contact avec sa famille restée en Turquie.

 

Habité par un désert presqu’infini, Omar est vidé de tout espoir ; il erre sur cette île, balayée par le vent et les embruns et ne perçoit pas la sublime beauté de cette île. Il erre sans but, sans âme, sans ressort, sans désir, avec ses doutes, ses découragements, son manque de confiance en lui.

 

D’un geste symbolique il enferme son oude dans son écrin comme s’il ''enfermait son âme dans un cercueil'' ; c’est ce que lui dit un de ses colocataires, un autre sans-papiers, Farhad (Vikash Bhai), qui en revanche a la ''pêche'', des joies et des désirs et rêve de travailler dans un bureau, de porter un jour un costume, d’avoir un téléphone portable et un ordinateur…

 

Tel ''le fils prodigue'' prostré dans le fond de son désespoir, Omar va se relever ; il décide d’écouter son père et accepte de reprendre contact avec son frère si différent de lui avec lequel il est fâché. Avec une grande pudeur de sentiments le réalisateur imagine cette séquence de réconciliation par une fiction presque féérique, tandis qu’un pseudo sms se transforme en un superbe dialogue entre les deux frères qui se retrouvent dans une petite cabane perdue au fin fond de cette île d’Ecosse. Omar qui était auparavant dans les limbes, dans cet état intermédiaire et même ''tombé dans l’oubli'' - cf le sens de in limbo-, accède à une sorte de rédemption et retrouve courage, goût à la vie, goût à la musique. 

 

Ben Sharrock est premier cinéaste à avoir réalisé un film sur cette île isolée du Nord de l’Ecosse dans des prises de vue de grand angle imposant. Il nous invite à prendre conscience d’attitudes contemporaines racistes ou méprisantes, le tout sur fond d’histoire d’une âme égarée où l’affection de la famille même éloignée et l’amitié fraternelle s’avèrent salvatrices.


Ben Sharrock dont le talent se déploie tantôt dans le drame, tantôt dans la satire n’oublie jamais de rester empathique et humain ce qui le hisse par ce deuxième film au rang des grands cinéastes pour ne citer que Naomi Kawase ou Ken Loach. Limbo de Ben Sharrock a remporté au Festival du film britannique de Dinard, l’Hitchcock d'Or 2021 et le Prix du Public.

 

 

Chantal Laroche Poupard