(de Park Chan Wook. Corée du sud, 2022, 2h18. Avec Tang Wei, Park Hae-il, Go Kyung-pyo, Park Yong-Woo, Lee Jung-Hyun (II). Compétition officielle Festival de Cannes 2022, prix de la mise en scène)

 

 

29 juin 2022 (Anne Le Cor) - Le réalisateur sud-coréen Park Chan-Wook ne cache pas sa fascination pour Alfred Hitchcock. Il dit même que c’est le visionnage de Sueurs froides au cinéma quand il était enfant qui décida de sa destinée. Son nouveau film, Decision to leave , offre une trame toute hitchcockienne en mêlant habilement intrigue policière et histoire d’amour. 

 

 

Au départ c’est un polar classique : un policier soupçonne une femme d’avoir assassiné son mari. S’ensuit un jeu du chat et de la souris entre les deux personnages. Ils planquent chacun devant chez l’autre, se suivent, s’épient. Le jeu des reflets dans les miroirs et les écrans laisse entrevoir un amour naissant mais caché et interdit. L’histoire se déroule en deux temps et deux lieux différents, avec deux ambiances et deux points de vue tout aussi distincts, comme pour mieux complexifier l’intrigue. C’est d’abord lui qui tombe amoureux. Puis c’est à son tour à elle de chavirer en entendant de sa bouche un mot qu’elle ne comprend pas dans un premier temps. Mais elle réalise qu’il s’agit d’une déclaration d’amour. Elle est désormais prête à tout pour lui, même aux pires manigances. 

 

 

 

 

Hae-jun, le policier, est interprété par Park Hai-il. Son personnage passe par tous les sentiments, qu’il se refuse à admettre, comme lorsqu’il se met des gouttes dans les yeux qui ruissellent comme des larmes. La femme est incarnée par l’actrice chinoise Tang Wei. Son personnage, Seo-rae, aussi est chinois dans le film et maîtrise mal le coréen. C’est ainsi qu’elle ne comprend pas lorsque Hae-jun lui dit que son amour pour elle, alors qu’il la sait coupable de meurtre, l’a laissé ''brisé''. C’est en cherchant le sens du mot qu’elle en comprend la signification profonde et que son cœur bascule. C’est une femme intelligente et manipulatrice à la compréhension fine des situations et des êtres. Elle repère les photos des cas non élucidés sur le mur du salon de Hae-jun et trouve ainsi son angle d’attaque. 

 


Decision to leave est subtilement bien mené avec une belle maîtrise esthétique dans l’utilisation des plans et des cadrages. Il est aussi truffé de symboles récurrents et de mots à forte charge dramatique. Les couleurs dominantes sont le bleu et le vert. Elles unissent les deux protagonistes qui sont des êtres d’eau. La mer, qui vient clore leur histoire, s’oppose à la montagne du début du film qui est le lieu du crime. Les gros plans sur les mains et les doigts sont chargés de symbolique, tout comme les yeux globuleux grands ouverts qui reflètent la mort, celle du premier mari de Seo-rae comme celle des poissons sur l’étale du marché. 

 

 

Le mélange des genres entre thriller et romance sied parfaitement au film de Park Chan-Wook qui reçut le Prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes. Il est vrai que le scénario écrit par le réalisateur conte avec brio l’histoire d’un amour complexe et absolu dont la fin reste ouverte à l’imagination du spectateur.

 

 

Anne Le Cor