(de Murielle Magellan. France 2022, 1h40. Avec Sara Giraudeau, Pierre Deladonchamps, Grégoire Ludig, Sara Suco)

 

 

9 septembre 2022 (Chantal Laroche Poupard) - En apparence, une comédie légère qui ne manque pas de charme, ce premier long-métrage de Murielle Magellan La Page blanche  nous invite en réalité à une réflexion plus profonde sur le sens à donner à notre vie. 

 

 

Eloïse se réveille seule sur un banc d’une petite place de Paris et ne sait plus du tout où elle est, qui elle est. Complètement perdue, égarée, en proie à une amnésie totale, elle erre sans repère et sans portable. 

 

 

Elle se lance alors dans une enquête, ou plutôt une quête identitaire qui la conduit, grâce à une ordonnance retrouvée, de médecin en spécialiste. Cette dernière lui précise qu’elle souffre d’amnésie d’identité provoquée sans doute par un choc émotionnel. Ne sachant pas du tout quel choc a pu provoquer ce traumatisme, elle essaie de remonter le temps, le temps de sa propre vie. Le scénario nous tient alors en haleine, telle une enquête où chaque pièce du puzzle vient trouver sa place pour reconstruire la quête de soi. Cette perte de mémoire d’un moment permet à Eloise de changer de vieet de trouver sa véritable nature. 

 

Dans le rôle d’Eloise, Sara Giraudeau nous offre une interprétation fine et perspicace : son visage exprime une palette de sentiments, sa voix douce nous berce comme si, nous aussi, étions un ''nouveau-né''. Les autres personnages sont eux aussi hauts en couleur : Fred (Grégoire Ludig) semble infernal et insupportable dans sa quête immédiate du plaisir et de la jouissance ; Moby Dick (Pierre Deladonchamps), charmant, amoureux, rêveur n’a rien de la démesure du drame shakespearien, ni la monstruosité du Moby Dick de Herman Melville. 

 

Sur le plan esthétique, plusieurs clins d’œil au dessin animé, à la bande dessinée s’insèrent dans l’image lorsque l’irréel, la fiction envahissent la protagoniste. De superbes prises de vues de Paris, de jour comme de nuit, des gros plans sur le visage expressif de Sarah Giraudeau, tantôt clown triste et égaré, tantôt féministe rebelle qui finit par vouloir vivre comme elle l’entend. On retrouve dans ce long métrage la tendance actuelle du cinéma français qui fait allusion à la bande dessinée. Dans ce film, Murielle Magellan qui n’a du reste pas rendu page blanche, s’est inspirée de la bande dessinée éponyme de Boulet et Pénélope Bagieu, auteure parmi d’autres de l'album Les Culottées. 

 

 

Chantal Laroche Poupard