(d'Ayumu Watanabe. Japon, 2018, 1h51. Festival international du film d'animation Annecy 2019. Film d'animation, à partir de 10 ans.)

 

11 juillet (Magali Van Reeth) – Inspiré d'un célèbre manga japonais de Daisuke Igarashi, ce film d'animation au graphisme superbe, est aussi une belle illustration du shintoïsme qui marque encore profondément la culture japonaise.

 

Au premier jour des vacances scolaires, Ruka, lycéenne dans une ville balnéaire, se fait sortir d'un match de hand, sanction qu'elle trouve profondément injuste. Triste et dépitée, elle pense aux souvenirs heureux de sa petite enfance et va voir son père, directeur d'un grand aquarium. Où elle découvre Umi, enfant élevé par des dugons et que les scientifiques étudient avec minutie. Commence alors pour eux une aventure à la frontière entre science-fiction et théorie cosmique : ciels flamboyants, paysages sous-marins enchanteurs, météorites scintillantes et décors hallucinants où naissent les planètes, le film est une véritable féerie visuelle.

 

 

Ce compagnonnage avec les enfants sirènes, la découverte des fonds sous-marins, l'écho entre les étoiles et le chant des baleines, la musique et les paroles d'une vieille femme toute noire et ridée, le scintillement des micro-organismes aquatiques et l'envol gracieux des insectes, est pour Ruka une expérience fondatrice. Devant à la fois ''être avalée'' et ''avaler'' par la Nature et le Vivant, elle devient physiquement partie prenante de ce Grand Tout divin et cosmique. Dans cet été particulier, elle découvre que tout est lié, que tout l'englobe et qu'elle participe à cette immensité. Dans le scintillement fluorescent du minuscule plancton, comme dans les étoiles filantes, c’est le sacré qui est à l’œuvre.

 

Ce mysticisme panthéiste peut expliquer la fascination des adolescents occidentaux pour les mangas et les films japonais d'animation, qui déroutent tant leurs aînés. Comme Ruka, ils peuvent relier à cette explication du Grand Tout et du caractère sacré de toute chose vivante ou présente à eux, leur aspiration à un monde plus cohérent. Quand on vit éloigné de la Nature et sans repère religieux, à un âge où paradoxalement l'écologie et les questions existentielles sont très présentes, un récit aussi merveilleux visuellement et porteur de sens ne peut qu'apporter de l’apaisement et de l'espérance à ceux qui, comme Ruka, cherchent autant leur place dans leur famille que dans l'univers.

 

 

Au bout du récit, Ruka, forte de ces nouvelles certitudes et consciente de l'ordre divin des événements et de tout ce qui l'entoure, peut retourner avec confiance et une légèreté retrouvée, vers le ballon de hand, une famille réunie et les copines perdues. Les Enfants de la mer est un récit initiatique où la puissance de la mise en scène, entre un graphisme splendide - véritable feu d'artifice pour les yeux - et une musique appelant au sacré, est un véritable envoûtement qui pourra dérouter les plus cartésiens des spectateurs !

 

 

 

Magali Van Reeth

 

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