(de Farid Bentoumi. France/Belgique, 2020, 1h28. Avec Zita Hanrot, Sami Bouajila, Céline Sallette, Olivier Gourmet, Thierry Rousset. Label Festival de Cannes 2020)

 

11 août 2021 (Magali Van Reeth) – Au cœur du débat complexe entre traitement des déchets industriels et maintien des emplois locaux, un père et sa fille s'affrontent dans un récit aux accents de tragédie antique.

 

Nour est infirmière dans un hôpital où le manque de personnel met en danger les patients et les soignants. Après une enquête administrative suite à un incident, elle décide de retourner dans sa famille et de trouver un travail plus serein. Son père Slimane est délégué du personnel dans une usine de traitement de la bauxite, où il est connu et apprécié de tous, ouvriers, intérimaires et cadres. Elle est embauchée comme infirmière. Père et fille sont ravis de se rapprocher à nouveau.

 

 

C'est une usine de ''boues rouges'', résidus du traitement de la bauxite (importé de Guinée) pour la transformer en oxyde d’aluminium dont notre société de consommation contemporaine est très friande. L'usine fait vivre tout le bassin de population limitrophe, elle est défendue par les élus locaux de toutes tendances politiques et ses salariés y sont fortement attachés. Malgré les protestations récurrentes des écologistes qui demandent plus de transparence dans la gestion des déchets et des rejets en pleine nature.

 

La mise en scène de Farid Bentoumi resserre le récit sur la dégradation des relations père-fille, subtile illustration des tensions sociales lorsqu'il s'agit d'écologie et de sauvegarde de l'environnement face à ceux qui veulent préserver coûte que coûte leur emploi, au mépris de leur santé et de l'avenir commun. Dans le décor spectaculaire de cette gigantesque usine rouge et des machines monstrueuses, c'est une peu une tragédie antique qui se noue. Dont les enjeux sont, hélas, très contemporains.

 

 

 

Magali Van Reeth