(de Pier Paolo Pasolini. Italie, 1962, 1h54. Avec Anna Magnani, Ettore Garofolo, Franco Citti, Silvana Corsini, Luisa Loian. Festival de Venise 1962)

 

 

12 août 2022 (Magali Van Reeth) – Deuxième film de Pier Paolo Pasolini, devenu un classique du cinéma international, il est encore dans la mouvance du néo-réalisme italien des années 1950. 60 ans après sa première sortie en salle, et alors qu'on célèbre les 100 ans de la naissance du réalisateur, retour sur cette œuvre toujours aussi fascinante et poignante. 

 

 

Comme souvent dans les films anciens, où les nouvelles techniques ont permis aux cinéastes de quitter les studios, le spectateur est frappé par la dimension ''archives'', quasi historique de ces images. Quand Pasolini filme Rome, ses quartiers en pleine mutation, les marchés populaires et les passants dans la rue, on sait que ce sont des instantanés de la vie en Italie au début des années 1960. A l'époque, le droit à l'image n'existe pas encore et il n'est pas rare de croiser le regard curieux d'un passant au second plan.

 

 

 

Bien sûr, Mamma Roma vaut bien plus que sa dimension documentaire. C'est le surnom d'une prostituée (Anna Magnani) espérant, lorsque son souteneur se marie, retrouver une vie plus ordinaire et surtout prendre avec elle, Ettore son fils de 16 ans qu'elle n'a pas vu grandir. Elle est pleine de bonnes résolutions : habiter un quartier neuf où vivent des gens honnêtes (et riches), trouver un travail pour donner un bel avenir à son fils, pour qu'il ne vive pas de misères et petites combines comme elle. Comme le montre implacablement le scénario, les espoirs des petites gens sont difficiles à concrétiser.

 

 

On est vite sous le charme du personnage principal, Mamma Roma dont l'énergie est communicative et son rire est tonitruant, on est vite fasciné par la mise en scène de Pasolini. La nouvelle cité d'immeubles modernes, qui doit favoriser la nouvelle vie et l'ascension sociale d'Ettore, est un gigantesque ensemble construit autour de la coupole massive d'une église. Mais dans les terrains en friches qui la bordent, les ruines d'un aqueduc romain sont les vestiges d'un passé dont on ne peut pas se défaire. Si Ettore offre à sa petite amie une médaille de la Vierge à l'enfant, il trouve vite des compagnons de chapardages, de combines et de mauvais coups.

 

 

Malgré quelques moments de complicité heureuse entre la mère et son fils, quelques pas de danse, un tour en moto, Mamma Roma sait que ses projets sont fragiles. Le soir, lorsqu'elle arpente les trottoirs de la grande ville à la recherche de clients, c'est à la nuit - ou à ces hommes de passage - qu'elle confie ses doute et ses espoirs, son inutile sacrifice de mère, sa vie misère et son gros rire.

 

 

Après quelques mois tourmentés, on retrouve Ettore incarcéré et malade. Il est à l'infirmerie de la prison où ses compagnons de chambrée écoutent l'un d'eux réciter des pages de L'Enfer de Dante. L'enfer, chez Pasolini, c'est ici et maintenant pour Mamma Roma et son fils. Pleurant et appelant à l'aide, attaché les bras en croix, Ettore meurt à la manière du Christ, lui aussi dans un sentiment d'abandon.

 

 

 

A regarder Mamma Roma au début du 21° siècle, on se rend bien compte de la dimension novatrice de ce cinéma, il a marqué des générations de cinéphiles et de réalisateurs. Malheureusement, le cercle vicieux de la misère est toujours actuel et il est difficile, aux plus pauvres, aux plus démunis, de trouver une place dans la société capitaliste. Deux ans plus tard, Pier Paolo Pasolini réalise L'Evangile selon saint Matthieu. Présenté à Venise en 1964, il reçoit le Lion d'or et le Grand prix de l'OCIC.

 

 

 

 

Magali Van Reeth