(de Justin Kurzel. Australie, 2021, 1h50. Avec Caleb Landry jones, Essie Davis, Judy Davis, anthony Lapaglia, Phoebe Taylor. Sélection officielle Festival de Cannes 2021. interdit aux moins de 12 ans)

 

 

13 mai 2022 (Anne Le Cor) - Nitram  est l’histoire d’une tuerie de masse survenue à Port Arthur en Tasmanie en 1996. Le cinquième long-métrage du réalisateur australien Justin Kurzel, en compétition officielle au Festival de Cannes en 2021, est difficile, violent et brut. Si le massacre en lui-même n’est pas montré, nous en suivons toute la genèse.

 

 

En Australie dans le milieu des années 1990, Nitram vit chez ses parents, des gens aimants et compréhensifs mais aussi assez froids et distants. Le jeune homme se sent seul et isolé. Alors qu’il propose ses services comme jardinier, il rencontre Helen, une héritière marginale qui vit seule avec ses animaux. Ensemble, ils se construisent une vie à part et pour la première fois Nitram se sent en osmose avec quelqu’un. Quand Helen disparaît tragiquement, la colère et la solitude de Nitram ressurgissent. Commence alors une longue descente qui va le mener au pire.

 


Nitram est le surnom moqueur donné depuis l’enfance au personnage principal, un jeune homme différent qui aime jouer avec le feu. Jamais son vrai nom n’est prononcé et le film déroule son parcours avec une tension qui va crescendo. Le spectateur voit l’évolution du personnage et a du mal à se positionner face à cet individu ambigu et dérangeant. Inoffensif dans un premier temps, on le sent malgré tout prêt à l’explosion, mais ce n’est qu’avec l’apparition du fusil qu’on commence à en envisager toute l’ampleur. Quand Helen le voit avec sa carabine à air comprimé à la main elle se sent mal à l’aise avec Nitram pour la première fois. Le spectateur aussi prend conscience du danger à venir. Une arme à feu n’est jamais quelque chose d’anodin. Ce sera l’élément déclencheur. 

 

 

Nitram est puissamment interprété par Caleb Landry Jones. L’acteur américain – qui a obtenu le prix d’interprétation masculine à Cannes pour le rôle – porte le film de bout en bout car il est présent quasiment à chaque scène. Helen est campée par l’actrice australienne Essie Davis qui est aussi l’épouse du réalisateur. Le père et la mère de Nitram sont incarnés respectivement par Anthony LaPaglia et Judy Davis, des visages familiers du cinéma australien.

 

 

Le film dénonce l’accès facile aux armes à feu et pose la question de l’origine du mal. Est-il en soi ou se développe-t-il selon les circonstances et les frustrations ? Nitram accumule les contrariétés, des moqueries de son ami surfeur au suicide de son père. Considéré comme retardé, il va pourtant minutieusement planifier ses actes. 

 

 

Justin Kurzel est friand des histoires d’assassins et il leur a consacré plusieurs de ses films. Nitram  distille une forte violence physique et psychologique et un sentiment de malaise mais délivre un vrai message. C’est un film choc qui donne à réfléchir et qu’il faut oser regarder jusqu’au bout.

 

 

Anne Le Cor