(de Dominik Moll. France, 2022, 1h54 . Avec Bastien Bouillon, Bouli Lanners, Théo Cholbi, Johann Dionnet, Thibaut Evrard. Festival de Cannes 2022, Cannes première)

 

13 juillet 2022 (Pierre-Auguste Henry) - La Nuit du 12est une nouvelle belle surprise française. Le nouveau film de Dominik Moll est un polar aux accents remarqués de Zodiac ou Memories of Murder qui, sur son enquête, construit une méditation sur un mal invisible et universel.

 

Le film s’ouvre sur un carton annonçant une enquête non résolue : chaque année, environ 800 meurtres sont commis en France. Parmi ceux-ci, 20% ne sont jamais élucidés. La Nuit du 12 est l’un d’entre eux, fictif mais librement inspiré des derniers chapitres du livre de Pauline Guéna, Une Année à la P.J. Clara Royer, jeune fille de la région grenobloise, est assassinée en rentrant chez elle à pied après une soirée entre copines. Aspergée d’essence et brûlée vive par un homme qui connaissait son prénom. 

 

 

Le film n’évite rien des événements qu’il enveloppe dans une représentation de cinéma, ce qu’il poursuit avec minutie dans le quotidien de la police judiciaire. Le capitaine Vives (Bastien Bouillon) et son collègue Marceau (Bouli Lanners) s’emparent de la sordide affaire dès le lendemain.

 

Clara était une fille sans histoires apparentes, joyeuse, jolie surtout, entourée d’amies mais aussi de garçons comme les enquêteurs le découvrent petit à petit. A mesure que ces amants et prétendants apparaissent dans le dossier monte aussi la petite musique de la ''fille facile'' qui a couché avec trop de monde pour ne pas avoir suscité de jalousies vengeresses. L’enquête se tourne évidemment vers le meurtre passionnel. Il faut admettre que tous sont des hommes pour le moins dire singuliers, dont les caractères ou les histoires avec Clara laissent toujours Vives et Marceau soupçonneux.

 

La Nuit Du 12  joue intelligemment sur ses personnages pour éviter toute binarité et rendre compte de l’existant quant à la question de la liberté sexuelle et son acceptation pratique, une interrogation contemporaine qui est ici présentée avec autant de justesse qu’il n’y a de rôles secondaires.

 

Malgré de nombreux suspects, l’enquête piétine et aucun ne pourra être inculpé. Ces impasses successives conjuguées à l’horreur du crime rongent les policiers. Chacun entretient une relation particulière avec l’affaire, par leurs vies personnelles ou le sens de leur engagement professionnel, comme ces deux personnages féminins relançant le film dans sa seconde partie : une jeune recrue ayant voulu donner un nouveau sens à sa vie ainsi qu’une nouvelle juge très volontaire voulant rouvrir ce ''cold case''.

 

Une Année à la P.J. racontait que chaque enquêteur a ''son'' dossier, celui qui le hante toute sa carrière. Pour le capitaine Yohann Vives, c’est Clara Royer. Cette plongée dans la police judiciaire écrite avec attention et interprétée avec brio est une des très belles réussites d’un cinéma français ''grand public'' et exigeant. Bastien Bouillon, en particulier, trouve une tonalité juste de sobriété dans son rôle qui se conjugue avec les échos thématiques du script. ''Tous auraient pu le faire'', rumine-t-il pendant l’enquête en repensant à ces hommes, comme une conclusion au film lui-même.

 

 

Pierre-Auguste Henry