(d'Ilze Burkovska Jacobsen. Lettonie/Norvège, 2020, 1h17. Festival d'Annecy 2020. Film d'animation documentaire pour adolescents et adultes)

 

 

19 juin 2020 (Magali Van Reeth) – Utilisant des techniques variées pour faire du cinéma, la réalisatrice propose un très beau documentaire sur son enfance en Lettonie, lorsque cette nation européenne était encore sous l'emprise de l'Union soviétique et du communisme.

 

 

On découvre la protagoniste lorsqu'elle a 5 ans. Ilze vit une existence quasi idyllique (comme le sont souvent les souvenirs d'enfance) à la campagne, entre des parents aimants et un grand-père ''qui ne parle pas souvent mais quand il parle, ça vient du cœur''. Cette partie, en dessin animé, est baignée de soleil, de douceur et de lumière. Grands changements lorsque Ilze et ses parents arrivent en ville : tout devient sombre, gris, triste et les certitudes se craquellent peu à peu.

 

 

En utilisant des images d'archives, des incrustation d'émissions télé, des prises de vues réelles, des parties en dessin animé et des photos de peintures, Ilze Burkovska Jacobsen mélange avec talent toutes ces images et formes graphiques et tisse le récit de son enfance et de sa jeunesse sous l'ère communiste et soviétique. Les images d'archives confirmant les scènes en animation, les incrustations télé survenant ça et là pour une touche d'humour, et le dessin permettant de mettre à distance la violence de certaines scènes.

 

La voix off de la réalisatrice accompagne le spectateur à travers ce spectacle-souvenir. Sa guerre préférée est la Seconde guerre mondiale. En Lettonie en 1945, la poche de Courlande a été le siège d'un carnage entre l’armée russe et les derniers combattants nazis. Témoin des conversations entre son grand-père et de ses amis, Ilze a été marqué par leurs souvenirs de cette période mais aussi par le culte soviétique rendu aux anciens combattants, ces héros qui se sont sacrifiés pour le peuple. Culte omniprésent et transmis à l'école dès le plus jeune âge en URSS.

 

Ma Guerre préférée est un film très original, par sa liberté face aux différentes techniques de cinéma mais aussi parce que cette liberté d'expression fait écho à la lente prise de conscience d'Ilze face à l'emprise du discours soviétique et communiste. A la maison, on lui dit de se méfier, de ne pas parler de tout. A l'école, la petite fille veut être comme les autres et embrasse avec bonheur le mouvement des pionniers, fière du foulard rouge, des chants patriotiques et des responsabilités.

 

 

Mais peu à peu, avec l'adolescence, des questions sans réponse, des doutes apparaissent. Il y a des ossements découverts dans le bac à sable, une vieille femme qui refuse du savon parfumé à la fraise, un entraînement militaire pour s'opposer à un ennemi qui viendrait prendre nos richesses. Mais quelles richesses peut-on convoiter dans ce pays où on manque de tout, de beurre, de pain, de lessive ? Après les tourments de la Guerre froide, l'adolescence d'Ilze arrive sous l'ère Gorbatchev et peu à peu, l'Histoire peut se comprendre autrement, une nation retrouver son indépendance, une famille sa dignité.

 

 

Au-delà de son récit personnel - et par moments très émouvant - la narratrice et réalisatrice, à travers un œuvre foisonnante, montre le lent processus par lequel on peut s'extraire d'un endoctrinement, qu'il soit politique, religieux ou social. Une salutaire et universelle prise de conscience, intelligemment mis en scène.

 

 

 

Magali Van Reeth