(de Gad Elmaleh. France, 2022, 1h47. Avec Gad Elmaleh, sa mère, sa sœur, son père... Sœur Catherine Thiercelin, père Nicolas Port et les rabbins William Azoulay et Delphine Horvilleur)

 

 

20 novembre 2022 (Magali Van Reeth) – A cinquante ans, Gad Elmaleh, juif séfarade, provoque un séisme dans sa famille et chez ses amis en annonçant qu'il veut changer de religion. Une savoureuse comédie avec un réflexion très actuelle sur la foi et les différentes pratiques religieuses.

 

 

Parce que depuis son enfance au Maroc, le comédien a été touché par la figure de la vierge Marie, il a cheminé en silence, et au plus profond de lui-même, sous sa protection. L'avouer haut et fort et demander le baptême est une étape très bouleversante, pour lui et pour son entourage. Il n'y aucune dérision dans sa démarche ni dans le film. C'est sans doute pourquoi il fait jouer toute sa famille, de vrais rabbins, un vrai prêtre et une vraie religieuse.

 

Dans un de ses sketches, l'humoriste Gad Elmaleh se moque des catholiques dont le rapport à la foi est assez ambiguë, surtout comparé aux juifs et aux musulmans. Comme s'ils avaient honte de leur religion... Et c'est donc un juif séfarade, acteur, comédien et humoriste qui réalise un film grand public pour parler de sa dévotion à la vierge Marie et questionner sa foi. Entre discussions théologiques assez profondes, piques d'humour envers les traditions juives ou les pratiques catholiques, Gad Elmaleh, par cette sincérité presque naïve, nous touche profondément.

 

 

 

Avec une fine pudeur, aperçue au détour de quelques situations très amusantes, il interroge la valeur de notre héritage, celui qu'on ne choisit pas et qui ne se monnaye pas : les traditions culturelles, familiales et la religion (ou son absence). La consternation de ses parents, juifs traditionalistes et d'autant plus attachés à leurs croyances qu'ils ont dû quitter le pays de leurs ancêtres, est aussi drôle que poignante.

 

Les scènes en famille sont entrecoupées par des discussions très sérieuses avec des théologiens, chrétiens ou juifs, sur l'idée même de la conversion et de la foi. Jusqu'au peut-on renier ses origines ? Est-il possible de croire en Dieu en solitaire ? A quoi servent les rituels religieux ? Les scènes de messe sont de vraies messe, le prêtre joue son propre rôle et il est sans doute permis d'être encore dans la confusion après l'intervention des rabbins...

 

 

Avec beaucoup de respect pour chacun des personnages, et chacune des religions, Reste un peuest une belle réflexion sur ce Dieu commun aux trois religions monothéistes qui, plus que d'unir leurs pratiquants, les opposent souvent. Il est un beau pied de nez à ces catholiques français qui osent à peine se dire croyants et à ces Français tout court qui respectent plus les pratiques juives ou musulmanes que les expressions de la foi catholique. Une chaleureuse incitation au mieux vivre et au mieux croire ensemble !

 

 

 

 

Magali Van Reeth