(de Robert Guédiguian. France, 2017, 1h47. Biennale Venise 2017, prix SIGNIS. Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Daroussin, Gérard Meylan, Anaïs Demoustier)

 

29 novembre 2017 (Magali Van Reeth) - Posé au cœur d'une des plus belles calanques de la Provence, le dernier film de Guédiguian oppose aux tourments de la vieillesse, les paysages somptueux de la Méditerranée, où la lumière éclatante du soleil se reflète dans une eau turquoise.

 

Réunis dans la maison de leur père grabataire, deux frères et une sœur se retrouvent pour quelques jours. Ils ont l'âge de la retraite mais ont encore à régler des ressentis familiaux. Parce que le lieu même les ramène au passé, entre bons et mauvais souvenirs, ils retissent peu à peu une complicité évanouie.

 

Autour de la villa familiale, il y a Armand (Gérard Meylan) resté sur place et qui s'occupe de son père, Joseph (Jean-Pierre Daroussin) qui vient de prendre sa retraite après une carrière universitaire et Angèle (Ariane Ascaride), comédienne célèbre, qui n'était pas venu depuis des années, suite à un drame qui a divisé la famille. Il y a aussi un couple de voisins et d'amis, inquiets après la vente du logement qu'ils louaient depuis toujours. Il faut maintenant prendre une décision pour le père, le restaurant et la maison de famille. Situation devenue très banale depuis l'allongement de la durée de vie dans les sociétés occidentales : quand on commence à se sentir vieux, il faut gérer ses parents.

 

Un flash-back montre la fratrie au temps lumineux de sa jeunesse. Mais au lieu de ''rajeunir'' artificiellement et avec du maquillage les acteurs d'aujourd'hui, les images proviennent d'un des premiers films du réalisateur, Ki Lo Sa ?, tourné en 1985, avec les mêmes acteurs mais dans d'autres rôles. C'est avec beaucoup d'émotion qu'on retrouve ces visages qu'on n'a pas vu vieillir, comme un groupe d'amis perdus de vue depuis 20 ans et qu'on croise à un enterrement. Ce délicieux, et poignant, retour dans le passé n'est possible que parce que Guédiguian tourne depuis toujours avec les mêmes acteurs et presque constamment dans les mêmes lieux. Une fidélité amicale et politique qui permet à son cinéma d'être unique. Un cinéma conscient de son époque et fidèle à ses racines, non pas dans une tentation de repli sur soi mais, au contraire, pour mais rendre hommage à ces valeurs de solidarité et de tolérance qui l'ont porté et qui le portent encore.

 

Loin d'être un constat démoralisant de la vieillesse, il est un hommage à ceux qui ne baissent pas les bras, ceux qui prennent soin de la terre communale pour éviter les incendies, ceux qui permettent à des migrants de souffler quelques jours au calme, ceux qui ne veulent pas transformer la guinguette familiale en restaurant gourmet pour touristes pressés, ceux qui récitent du Claudel en allant à la pêche. La nostalgie d'une époque plus douce et plus solidaire se confond avec les souvenirs radieux de l'enfance et se heurte à l'insolente énergie des nouvelles générations. Avec humour, le réalisateur refait les liens inter-générationnels, mêlant habilement la fiction et le réel.

 

Un film doux-amer où les protagonistes et les acteurs acceptent ensemble le temps qui a passé et où presque tous acceptent celui qu'il reste à vivre. Au Festival de Venise 2017, La Villa a obtenu le prix SIGNIS.

 

 

Magali Van Reeth