(de Kristina Buozyté et Bruno Samper. Lituanie/France/Belgique, 2021, 1h52. Avec Raffiella Chapman, Eddie Marsan, Rosy McEwen, Richard Brake, Mélanie Gaydos) 

 

 

27 août 2022 (Magali Van Reeth) – Venu de Lituanie, ce film dépasse le genre de la science-fiction grâce à une ambiance envoûtante et des décors d'une grande beauté. Une chronique vespérale d'un monde en perdition, où des graines de bonté et d'espoir existent encore.

 

 

Tout à fait en phase avec l'actualité et les désordres climatiques, l'action se situe dans un futur incertain où l'humanité, à force d'interventions génétiques sur la Nature, ne peut plus se nourrir. Comme souvent dans ce genre de films, les puissants sont protégés dans un espace appelé ''la citadelle'' et les humbles grouillent dans ce qu'il reste du monde sauvage, des marécages où il est difficile de trouver une racine comestible. Certains petits groupes sont réfugiés autour d'un chef dont l'activité principale est de faire des enfants afin de vendre leur sang à la citadelle. Il y a aussi les pèlerins, sombres et silencieuses créatures qui récoltent les vestiges d'une civilisation disparue.

 

 

Vesper est une jeune fille diaphane et déterminée. Elle habite à l'écart des autres groupes avec son père tétraplégique dans une cabane. Indépendante et téméraire, elle fait des expériences dans un laboratoire artisanal. Pour produire de l’énergie, pour nourrir son père, pour trouver la manipulation qui permettra aux graines stériles de se reproduire à nouveau. Elle espère que ses découvertes et son savoir lui ouvriront les portes de la citadelle et la sécurité pour elle et son père.

 

Ce qui est particulier dans ce film et le différencie de la plupart des films de science-fiction, c’est le soin apporté à l'image, à la musique et au décor. Grâce au travail de Feliksas Abrukauskas, le chef opérateur, la gamme chromatique du film est superbe : des bruns et des verts soyeux donnent à l'ensemble un côté intemporel où on retrouve à la fois l'élégante lumière de la peinture classique européenne et le côté sombre et collant de la boue des sols stériles. Les inventions de laboratoire de Vesper sont d'une incroyable beauté et très originales. Les fleurs qu'elle cultive scintillent de couleurs et de formes, chacune étant un poème végétal.

 

C'est un film avec très peu de violence visuelle mais où la tension d'une société déchirée et à la recherche de sa survie est bien palpable. Quand des soldats anonymes traquent Vesper et sa protégée, des herbes brûlantes viennent à leur secours. Les effets numériques sont discrets et permettent de renforcer l'aspect poétique du récit et de le placer du côté du conte, plutôt que de vouloir secouer le spectateur par de la démesure.

 

Sa rencontre avec Camelia, une fugitive de la citadelle, va obliger Vesper à quitter le monde des rêves et de l'innocence et trouver, dans ces renoncements, une mission bien plus grande et féconde. Sans être adepte de la science-fiction, on se laisse vite séduire par l'atmosphère presque magique de cesVesper Chronicles et sa très belle photo.

 

 

 

Magali Van Reeth